
Le général d'armée aérienne Manuel Alvarez, premier officier issu du corps des officiers mécaniciens à atteindre ce rang, revient pour l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) sur 45 années de service. Arrivé d'Espagne à 7 ans sans parler un mot de français, entré à 15 ans comme apprenti mécanicien à l'école de Saintes, il a terminé inspecteur général des armées. Il explique ce qu'il appelle l'« escalier social », la formation militaire et la politique qu'il a menée comme directeur des ressources humaines de l'armée de l'Air et de l'Espace.
Du soldat de deuxième classe aux cinq étoiles
Dans cet épisode des Lundis de l’IHEDN, version audio d’un article de l’Institut des hautes études de défense nationale, le général d’armée aérienne Manuel Alvarez retrace sa carrière, de son engagement à 15 ans dans l’armée de l’Air comme soldat de deuxième classe jusqu’à son adieu aux armes, le 1er juillet, dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides. Né dans la région la plus pauvre de l’Espagne franquiste, orphelin de père à deux ans, il arrive dans le sud-ouest de la France à 7 ans sans parler français. Il raconte les institutrices qui lui ont bâti un programme individualisé : la classe de CP le matin pour apprendre à lire, puis retour en CE1 après la récréation. « Pour remercier la France, j’ai décidé de m’engager le plus tôt possible dans les armées », dit-il. Apprenti mécanicien à l’école d’enseignement technique de l’armée de l’air de Saintes, il fait partie des 15 élèves, sur 600 apprentis par an, admis par concours en section d’instruction promotionnelle (SIP). Il passe ensuite son bac à l’école des pupilles de l’air de Grenoble, suit une classe préparatoire avec le grade de caporal, puis intègre à 20 ans l’école de l’air de Salon-de-Provence, dont il sort major. Il décrit une formation militaire à plusieurs dimensions : des valeurs résumées par l’acronyme RISE (respect, intégrité, sens du service, excellence), une formation académique (il est ingénieur de Télécom Paris) et une formation de citoyen. Directeur des ressources humaines de l’armée de l’Air et de l’Espace de septembre 2020 à août 2024, il dit avoir fait passer de 200 à 250 à 450 à 500 par an le nombre de militaires du rang devenus sous-officiers, et créé une passerelle permettant à un caporal-chef de passer sergent après 23 ans de service. Il explique enfin pourquoi un mécanicien a pu devenir cinq étoiles, dans une armée historiquement commandée par des pilotes : depuis qu’un ancien chef d’état-major de l’armée de l’air a fait évaluer les colonels tous ensemble, « on ne regarde plus seulement le métier, mais surtout la valeur intrinsèque de l’individu ».
Aux jeunes qui hésitent à s’engager, il conseille trois principes : l’humilité, la confiance et l’enthousiasme. Sa dernière activité l’a ramené à l’école de Saintes, là où tout avait commencé.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- L’école d’enseignement technique de l’armée de l’air de Saintes : où Manuel Alvarez entre à 15 ans comme apprenti mécanicien.
- La section d’instruction promotionnelle (SIP) : le dispositif qui permettait chaque année à 15 apprentis de Saintes de poursuivre en seconde scientifique.
- L’école de l’air de Salon-de-Provence : qu’il intègre à 20 ans et dont il sort major.
- Télécom Paris : l’école d’ingénieurs dont il est diplômé.
- L’IHEDN : il est auditeur de sa session nationale 2013-2014.
- L’Hôtel des Invalides : lieu de sa cérémonie d’adieu aux armes, présidée par le ministre des Armées.
Au fil de l’épisode
- 00:00:25 : une enfance dans l’Espagne franquiste et l’arrivée dans le sud-ouest de la France
- 00:00:56 : l’adieu aux armes dans la cour d’honneur des Invalides
- 00:02:18 : l’école de la République et l’apprentissage du français
- 00:03:23 : l’engagement à 15 ans comme apprenti mécanicien à Saintes
- 00:04:14 : de Grenoble à l’école de l’air de Salon-de-Provence
- 00:04:43 : la spécificité de la formation militaire et les valeurs RISE
- 00:06:16 : l’escalier social, pilier de sa politique de ressources humaines
- 00:07:46 : pourquoi un mécanicien a pu devenir général cinq étoiles
- 00:08:40 : ses conseils à un jeune qui hésite à s’engager
- 00:09:38 : le retour à l’école de Saintes, 45 ans après
FAQ
Qui est le général Manuel Alvarez ?
Manuel Alvarez est un général d’armée aérienne, né en Espagne et arrivé en France à 7 ans. Entré à 15 ans dans l’armée de l’Air comme apprenti mécanicien, il a été directeur des ressources humaines de l’armée de l’Air et de l’Espace, puis inspecteur général des armées. Il a quitté le service après 45 ans, premier général cinq étoiles issu du corps des officiers mécaniciens.
Qu’est-ce que l’escalier social dans l’armée de l’Air ?
C’est l’expression qu’emploie Manuel Alvarez pour désigner les possibilités de promotion interne offertes par l’armée : passer de militaire du rang à sous-officier, puis de sous-officier à officier, par concours et au mérite. Comme directeur des ressources humaines, il dit avoir presque doublé le nombre annuel de militaires du rang devenus sous-officiers.
Comment un mécanicien peut-il devenir général cinq étoiles ?
Selon Manuel Alvarez, les chefs de l’armée de l’air étaient historiquement des pilotes. Depuis que les colonels sont évalués tous ensemble et non plus par corps, la valeur de l’individu compte davantage que son métier, et des mécaniciens ont commandé des bases aériennes. Déjà quatre étoiles comme DRH, il a été choisi par le ministre comme inspecteur général des armées.
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