
Arnaud Attia, ingénieur et docteur en sociologie, est chargé chez Thales de la stratégie des solutions de protection des infrastructures critiques. Son passage à la session nationale de l'IHEDN lui a inspiré un essai, « Hautes tensions », sur les fractures du monde qui vient. Dans Les Lundis de l'IHEDN, il explique comment l'Europe peut se protéger dans un contexte de conflits hybrides, quels atouts la France peut faire valoir seule, et pourquoi il refuse que le continent soit « éternellement voué à subir ».
L’Europe entre Washington et Pékin
Dans Les Lundis de l’IHEDN, Arnaud Attia, chargé chez Thales de la stratégie de protection des infrastructures critiques (ports, aéroports, centrales nucléaires, data centers, villes) et professeur à l’ESCP, présente son essai « Hautes tensions », né de sa session nationale à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) en 2023 et 2024, dans la majeure « Défense et sécurité économique ». Face aux menaces hybrides, il plaide d’abord pour la défense des actifs stratégiques : sur les 5 % du PIB que l’OTAN demande de consacrer à la défense, 1,5 % concerne selon lui les infrastructures de sécurité et de protection, une part encore mal définie que les programmes européens comme EDIP devraient compléter. Il juge aussi nécessaire de renforcer la contre-ingérence. Pour la France, il cite deux atouts à « arsenaliser » : la maîtrise quasi complète du cycle du combustible nucléaire et sa zone économique exclusive, la deuxième du monde, avec les richesses des Outre-mer, qu’il dit avoir mesurées en Guyane avec l’IHEDN. Il regrette les rapprochements industriels refusés par la Commission, comme Alstom-Siemens, et le retard européen en intelligence artificielle, rappelle que 15 à 20 % des préconisations du rapport Draghi ont été appliquées selon les estimations, et propose d’avancer à trois, quatre ou cinq pays. Parmi ses scénarios, il retient une Europe qui devient une vraie entité géopolitique, en s’alliant avec les puissances moyennes comme le suggère le Premier ministre canadien Mark Carney, ou au contraire une « vente par appartement » qui conduirait au délitement de l’idée européenne.
L’essai, préfacé par Geoffroy Roux de Bézieux, est « totalement le fruit » de son année à l’IHEDN, dont il retient la proximité avec le monde militaire et une méthode prospective qui a structuré ses réflexions.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- « Hautes tensions » : essai d’Arnaud Attia, préfacé par Geoffroy Roux de Bézieux.
- IHEDN : institut dont Arnaud Attia a suivi la session nationale en 2023 et 2024.
- Thales : groupe où il est chargé de la stratégie de protection des infrastructures critiques.
- OTAN : alliance qui demande à ses membres de consacrer 5 % de leur PIB à la défense.
- EDIP : programme européen pour l’industrie de défense, qu’il voudrait voir complété par la protection des actifs stratégiques.
- Rapport Draghi : rapport sur la compétitivité européenne dont il juge l’application trop faible.
- Mark Carney : Premier ministre canadien dont il cite le discours sur l’alliance des puissances moyennes.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : l’essai « Hautes tensions » et son origine
- 00:00:26 : le parcours d’Arnaud Attia, de Thales à l’IHEDN
- 00:00:57 : se protéger dans un contexte de conflits hybrides
- 00:02:18 : les 5 % de l’OTAN et les infrastructures de protection
- 00:02:48 : la contre-ingérence et l’atout nucléaire français
- 00:03:46 : la zone économique exclusive et les Outre-mer
- 00:04:13 : marché des capitaux et champions industriels européens
- 00:05:10 : le retard en intelligence artificielle et le marché intérieur
- 00:06:12 : le rapport Draghi et l’Europe à quelques pays
- 00:06:43 : le scénario d’une vraie entité géopolitique
- 00:08:12 : le scénario de la « vente par appartement »
- 00:09:09 : Machiavel, Richelieu, Clausewitz et les leaders à venir
- 00:10:31 : ce que l’essai doit à l’IHEDN
- 00:11:29 : la méthode prospective et l’esprit de défense
FAQ
Qui est Arnaud Attia ?
Arnaud Attia est ingénieur et docteur en sociologie, professeur à l’ESCP et chargé chez Thales de la stratégie des solutions de protection des infrastructures critiques. Auditeur de la session nationale de l’IHEDN en 2023 et 2024, dans la majeure « Défense et sécurité économique », il en a tiré l’essai « Hautes tensions », préfacé par Geoffroy Roux de Bézieux.
Que propose l’essai « Hautes tensions » ?
L’essai analyse les lignes de fracture du monde à venir et place l’idée européenne au centre des réponses. Arnaud Attia y défend la protection des infrastructures stratégiques, la contre-ingérence, l’émergence de champions industriels européens, un marché des capitaux intégré et des avancées entre quelques pays volontaires plutôt qu’à vingt-sept.
Quels atouts la France peut-elle faire valoir seule selon Arnaud Attia ?
Il en cite deux : la maîtrise quasi complète du cycle du combustible nucléaire, qui place la France en position de leader en Europe, et sa zone économique exclusive, la deuxième du monde. Il estime que les richesses terrestres, marines et sous-marines des Outre-mer sont sous-exploitées.
Quels scénarios Arnaud Attia envisage-t-il pour l’Europe ?
Il retient deux scénarios probables face à une rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine. Le premier voit l’Europe devenir une vraie entité géopolitique, alliée aux puissances moyennes. Le second, une « vente par appartement », laisse les États divisés face aux Américains et aux Chinois et mène au délitement de l’idée européenne.
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