
Les Lundis de l'IHEDN, le podcast de l'Institut des hautes études de défense nationale, profitent du bicentenaire de la photographie pour raconter comment l'image a accompagné les conflits. De Roger Fenton à Sébastopol en 1855 aux clichés de la Grande Guerre, puis aux images publiées en quelques minutes depuis l'Ukraine, le texte suit l'évolution d'un outil d'information, de propagande, de renseignement et de mémoire. Il éclaire aussi le métier des soldats de l'image de l'ECPAD et la nécessité, à l'ère des deepfakes, de vérifier chaque photographie.
Deux siècles d’images au front
Ce numéro des Lundis de l’IHEDN, version audio d’un article de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), retrace l’histoire de la photographie de guerre, publié à l’occasion des 43es Journées européennes du patrimoine consacrées au « Patrimoine de la photographie » pour le bicentenaire du médium. Le texte suit trois moments. La guerre de Crimée d’abord, où le Britannique Roger Fenton réalise, à la demande de la reine Victoria, le premier grand reportage photographique de guerre : arrivé à Sébastopol en mars 1855, il prend environ 360 clichés, avec des plaques au collodion humide et des temps de pose qui interdisent de saisir le mouvement. Côté français, Léon-Eugène Méhédin accompagne le colonel en retraite et peintre Jean-Charles Langlois, qui se sert des photographies pour préparer son panorama de Sébastopol. La Grande Guerre ensuite, où la photographie change d’échelle : des centaines de milliers de clichés, des journaux comme Le Miroir qui lance en 1915 un concours de la photographie de guerre la plus saisissante, une censure qui écarte les morts français identifiables, et la création en 1915 de la section photographique de l’armée (SPA), ancêtre de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD). La reconnaissance aérienne fait alors de l’image une source de renseignement, tandis que les soldats photographient leur quotidien entre les assauts. Les conflits contemporains enfin, où photo, vidéo, images satellites, drones et smartphones se répondent, comme dans le documentaire 20 jours à Marioupol de l’agence Associated Press.
Le texte insiste sur les soldats de l’image : photographes et vidéastes militaires formés à l’école des métiers de l’image (EMI) de l’ECPAD, 75 en 2025, honorés chaque 4 février, jour de la Sainte-Véronique. Face aux images sorties de leur contexte et aux deepfakes, il pose les questions qu’il faut adresser à toute photographie : qui l’a produite, quand, où, et a-t-elle été modifiée ?
Les références de l’épisode
- Guerre de Crimée : premier conflit documenté à grande échelle par des photographes envoyés sur le terrain.
- Roger Fenton : photographe britannique, auteur d’environ 360 clichés à Sébastopol en 1855.
- Léon-Eugène Méhédin : photographe français de la guerre de Crimée.
- Jean-Charles Langlois : colonel en retraite et peintre, auteur d’un panorama de Sébastopol préparé à partir de photographies.
- Le Miroir : journal illustré de la Grande Guerre, qui organise en 1915 un concours de photographie de guerre.
- Section photographique de l’armée (SPA) : créée en 1915 pour encadrer les photographes militaires.
- ECPAD : Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, héritier des sections photographiques et cinématographiques de 1915.
- École des métiers de l’image (EMI) : école de l’ECPAD qui a formé 75 opérateurs militaires en 2025.
- 20 jours à Marioupol : documentaire de journalistes de l’agence Associated Press sur le siège de la ville, mêlant photo et vidéo.
- Magnum Photos : agence fondée en 1947 par Robert Capa, David Seymour et Henri Cartier-Bresson.
- Photographes cités : Gerda Taro, Robert Capa et David Seymour pour la guerre d’Espagne ; Henri Cartier-Bresson, Lee Miller et Joe Rosenthal pour la Seconde Guerre mondiale ; Eddie Adams, Gilles Caron, Henri Huet, Raymond Depardon, Patrick Chauvel et Camille Lepage pour les conflits suivants.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : le bicentenaire de la photographie et les Journées européennes du patrimoine
- 00:01:01 : les soldats de l’image, de 1915 à l’ECPAD
- 00:02:31 : images manipulées, intelligence artificielle et rôle stratégique des photographes militaires
- 00:03:00 : la formation à l’école des métiers de l’image et la Sainte-Véronique
- 00:03:54 : la guerre de Crimée, quand la photographie entre dans la guerre
- 00:04:30 : Roger Fenton à Sébastopol et les contraintes du collodion humide
- 00:05:05 : Léon-Eugène Méhédin et le panorama de Jean-Charles Langlois
- 00:06:32 : la Grande Guerre, la photographie change d’échelle
- 00:07:33 : censure et création de la section photographique de l’armée
- 00:08:36 : la reconnaissance aérienne et la photo-interprétation
- 00:09:07 : les photographies privées des soldats dans les tranchées
- 00:10:24 : la photographie dans les guerres contemporaines
- 00:11:21 : 20 jours à Marioupol et les images de la guerre en Ukraine
- 00:12:17 : vérifier une image à l’heure des deepfakes
- 00:13:53 : les grands photographes de guerre du XXe siècle
FAQ
Qui a réalisé le premier grand reportage photographique de guerre ?
Selon l’IHEDN, c’est le Britannique Roger Fenton, pendant la guerre de Crimée. Envoyé à la demande de la reine Victoria alors que la presse britannique critiquait les conditions de vie des soldats, il arrive à Sébastopol en mars 1855 et réalise environ 360 clichés. Les contraintes techniques ne lui permettent pas de saisir les combats en mouvement.
Qu’est-ce que l’ECPAD ?
L’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense est l’héritier des sections photographiques et cinématographiques de l’armée nées en 1915. Ses photographes et vidéastes militaires produisent les images officielles des armées, et ses archives couvrent les engagements français de la Première Guerre mondiale aux opérations extérieures contemporaines.
Qui sont les soldats de l’image ?
Ce sont les photographes et vidéastes militaires qui accompagnent les forces armées françaises en entraînement et en opération. En 2025, 75 opérateurs ont été formés à l’école des métiers de l’image de l’ECPAD, puis répartis entre l’ECPAD, les SIRPA, la gendarmerie, la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et la Légion étrangère.
Comment vérifier une photographie de guerre ?
L’épisode explique qu’une photo n’est pas une preuve en soi : elle peut être ancienne, sortie de son contexte, recadrée ou générée par intelligence artificielle. Des équipes spécialisées recourent à la géolocalisation, à la chronolocalisation, à l’analyse d’images satellites et au croisement des sources pour savoir qui l’a produite, quand et où.
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