
Le général Jean Salvan a été blessé deux fois au combat : lieutenant en Algérie en 1958, où il perd le nez et l'œil droit, puis colonel au Liban en 1978. Entre les deux, il découvre les Gueules Cassées, dont il deviendra président de 1996 à 2002. Dans cet épisode du podcast des Gueules Cassées, il revient sur sa façon de commander après la blessure, sur les combats menés pour faire reconnaître les droits des blessés, sur le regroupement des moyens de l'association et sur le soutien à la recherche en reconstruction faciale.
Deux blessures, une même fidélité
Le général Jean Salvan, ancien président des Gueules Cassées, retrace dans cet entretien un parcours d’officier marqué par deux blessures au combat et par un engagement de plusieurs décennies auprès des blessés de la face et de la tête. Reçu à Saint-Cyr en 1950, il rejoint les parachutistes coloniaux en 1953 puis sert en Afrique du Nord. Lieutenant en Algérie en 1958, il perd le nez et l’œil droit. Vingt ans plus tard, colonel à la tête du 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (3e RPIMa) de Carcassonne, il est envoyé en mission de l’ONU au Liban et y est de nouveau blessé, cette fois aux membres inférieurs. Il raconte que ses blessures l’ont obligé à réfléchir à la manière d’engager ses subordonnés : il se dit « économe de la vie de mes soldats », tout en reconnaissant qu’on lui reprochait en 1978 de prendre trop de risques personnels. Il évoque aussi une préoccupation concrète de chef de corps : faire en sorte que les épouses sachent conduire et disposent d’un accès au compte du couple avant un départ au Liban.
Il inscrit son parcours dans une tradition familiale : un grand-père combattant de 1914-1918, un père engagé dans la Seconde Guerre mondiale, de la Tunisie à l’Italie. « La vie militaire n’est pas un long fleuve tranquille », résume-t-il.
Présider les Gueules Cassées
Le général Salvan découvre les Gueules Cassées en Algérie, par un camarade de chambre lui aussi blessé, et y adhère en 1958-1959. Il y trouve une solidarité qu’il ne soupçonnait pas : des anciens qui rendent visite aux blessés à l’hôpital, des aides financières et un appui pour faire reconnaître leurs droits face à une administration qu’il décrit comme pointilleuse. Entré au conseil d’administration dans les années 1960, il préside l’association de 1996 à 2002, au moment où les blessés d’Indochine et d’Afrique du Nord ont pris le relais des générations de 1914-1918 et de 1939-1945. Sa première décision, explique-t-il, est de regrouper les moyens : le domaine de Moussy accueillait moins de 100 personnes quand le domaine du Coudon en recevait 300 à 400, et il voulait y créer un établissement pour les camarades âgés qui partaient dans des EHPAD dispersés. Il revient aussi sur l’arrivée du syndrome post-traumatique, longtemps peu pris en compte en France selon lui, et sur le soutien à la recherche scientifique sur la reconstruction faciale, lancé sous sa présidence avec l’appui du conseil d’administration.
Son message aux jeunes blessés tient en une ligne : ne pas se croire mis sur la touche, et ne jamais cesser de vouloir reprendre sa place dans la société.
Pour aller plus loin
- Le site des Gueules Cassées
- La chaîne YouTube des Gueules Cassées
- Une biographie du général Jean Salvan
Les références de l’épisode
- Les Gueules Cassées (Union des Blessés de la Face et de la Tête) : association de blessés de guerre que le général Salvan a présidée de 1996 à 2002.
- Saint-Cyr : école d’officiers où il est reçu en 1950.
- 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (3e RPIMa), Carcassonne : régiment qu’il commande lors de sa mission au Liban.
- Loterie nationale et loto : sources de l’autonomie financière des Gueules Cassées, selon lui.
- Domaine du Coudon et domaine de Moussy : les deux sites de l’association, regroupés sous sa présidence.
Au fil de l’épisode
- 00:00:44 : Saint-Cyr, les parachutistes coloniaux et la première blessure en Afrique du Nord
- 00:01:50 : la seconde blessure au Liban et le sens du mot servir pour un jeune officier
- 00:03:43 : comment la blessure a changé sa façon de commander
- 00:05:54 : préparer les hommes et leurs épouses à l’éventualité d’une blessure
- 00:07:12 : une tradition familiale de l’engagement depuis 1914
- 00:09:26 : la découverte des Gueules Cassées en Algérie
- 00:12:47 : le conseil d’administration et la reconnaissance des droits des blessés
- 00:14:27 : pourquoi il accepte la présidence
- 00:16:02 : le regroupement des domaines de Moussy et du Coudon
- 00:17:50 : l’évolution des générations de blessés et le syndrome post-traumatique
- 00:21:19 : la place particulière des Gueules Cassées et leur autonomie financière
- 00:23:31 : le soutien à la recherche sur la reconstruction faciale
- 00:25:23 : son message à un jeune blessé
FAQ
Qui est le général Jean Salvan ?
Le général Jean Salvan est un officier parachutiste, saint-cyrien de 1950, deux fois blessé au combat : en Algérie en 1958, où il perd le nez et l’œil droit, puis au Liban en 1978 alors qu’il commande le 3e RPIMa. Il a présidé l’association des Gueules Cassées de 1996 à 2002.
Quelles décisions a-t-il prises à la présidence des Gueules Cassées ?
Selon lui, l’essentiel de sa présidence a consisté à regrouper les moyens de l’association en quittant le domaine de Moussy, peu fréquenté, pour tout concentrer au domaine du Coudon. Il a aussi lancé, avec l’appui du conseil d’administration, un soutien à la recherche scientifique sur la reconstruction faciale.
Pourquoi les Gueules Cassées financent-elles la recherche sur la chirurgie de la face ?
Le général Salvan explique que la recherche sur les blessés de la face n’est pas une priorité des pouvoirs publics, et qu’une chirurgie réparatrice de haut niveau exige des investissements. Il rappelle que ces travaux profitent aussi aux personnes défigurées dans des accidents de la route ou des incendies.
Que conseille-t-il à un jeune blessé qui hésite à contacter les Gueules Cassées ?
Il veut qu’un jeune blessé comprenne d’emblée que l’association l’aidera à reprendre une vie normale, avec un métier et une famille. Son conseil : ne pas se croire mis sur la touche, continuer d’avancer et ne jamais renoncer à reprendre sa place dans la société.
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