
Dans Les Lundis de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de défense nationale donne la parole à cinq spécialistes de la désinformation : responsables de VIGINUM et de l'Agence de l'innovation de défense, chercheur en psychologie politique, consultante et journaliste. À l'approche d'échéances électorales et avec l'essor de l'intelligence artificielle, les attaques informationnelles visant la France se multiplient. Comment les reconnaître, qui les mène, et comment une société et chaque citoyen peuvent-ils y résister ? Dix minutes pour comprendre les outils de l'État et les réflexes d'hygiène informationnelle.
Une menace permanente, massive et protéiforme
Cet épisode des Lundis de l’IHEDN, version audio d’un article de l’Institut des hautes études de défense nationale, réunit cinq experts autour d’une question : comment affronter la désinformation, de l’échelle individuelle à l’échelle nationale ? La France compte, selon l’épisode, parmi les pays les plus ciblés. Sur toute l’année 2025, VIGINUM, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), avait détecté 432 opérations d’ingérence numérique étrangère ; à la mi-juillet 2026, il en comptait déjà 430. Anne-Sophie Divet, cheffe de service adjointe, décrit l’émergence d’une « économie de la manipulation de l’information », où des opérateurs privés, notamment en Asie du Sud-Est ou en Afrique de l’Ouest, produisent des contenus pour les audiences françaises afin de générer des revenus publicitaires. Elle détaille les quatre critères d’une ingérence (acteur étranger, diffusion artificielle ou automatisée, contenus inexacts ou trompeurs, atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation) et rappelle que VIGINUM n’est pas une entreprise de fact-checking : « Notre travail porte sur les procédés de manipulation, pas sur les opinions exprimées. » Du côté de l’Agence de l’innovation de défense (AID), le responsable du domaine sciences humaines et sociales présente l’appel à projets Résistance lancé en juillet 2025, dont huit projets viennent de démarrer, et décrit l’esprit humain comme « la dernière infrastructure critique qui ne soit pas encore protégée ». Une consultante, ancienne chargée de l’influence et de la lutte informationnelle au Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations de l’état-major des armées, prône une hygiène informationnelle en trois mots : le temps, la nuance, la confiance.
Le chercheur Antoine Marie, psychologue politique au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), explique qu’une information accroche lorsqu’elle est intuitive et que les campagnes étrangères appuient sur des défiances déjà installées. Chine Labbé, rédactrice en chef de NewsGuard, alerte enfin sur l’usurpation de marques de médias par des campagnes russes, capable de tromper les chatbots d’intelligence artificielle.
Les références de l’épisode
- VIGINUM : service technique et opérationnel de l’État créé en 2021, chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères.
- Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) : autorité de rattachement de VIGINUM.
- Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information 2026-2030 : dévoilée en février, portée par le SGDSN.
- Agence de l’innovation de défense (AID) : a lancé en 2022, avec l’Agence nationale de la recherche (ANR), un appel à projets sur la guerre cognitive, puis l’appel Résistance en juillet 2025.
- NewsGuard : start-up américaine d’évaluation de la fiabilité des sources, auteure d’un rapport publié le 28 septembre sur l’usurpation de marques de médias par des campagnes russes.
Au fil de l’épisode
- 00:00:27 : la France parmi les pays les plus ciblés, les chiffres de VIGINUM et de NewsGuard
- 00:01:23 : l’émergence d’une économie de la manipulation de l’information
- 00:01:52 : les quatre critères d’une ingérence numérique étrangère
- 00:02:58 : l’Agence de l’innovation de défense et l’appel à projets Résistance
- 00:04:24 : l’esprit humain, dernière infrastructure critique à protéger
- 00:04:54 : l’asymétrie temporelle face aux manipulations de l’information
- 00:05:59 : le temps, la nuance et la confiance, trois mots pour une hygiène informationnelle
- 00:06:26 : pourquoi une fausse information accroche le cerveau, selon Antoine Marie
- 00:08:18 : NewsGuard et l’usurpation de marques de médias par la Russie
- 00:09:19 : le risque de voir les chatbots reprendre de fausses informations
FAQ
Qu’est-ce qu’une ingérence numérique étrangère selon VIGINUM ?
Selon Anne-Sophie Divet, cheffe de service adjointe de VIGINUM, quatre critères doivent être réunis : l’implication d’un acteur étranger, une diffusion artificielle ou automatisée, massive et délibérée, des contenus manifestement inexacts ou trompeurs, et une activité susceptible de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Une opinion virulente n’en est pas une.
Combien d’opérations d’ingérence numérique VIGINUM a-t-il détectées ?
D’après l’épisode, VIGINUM avait détecté 432 opérations d’ingérence numérique étrangère sur l’ensemble de l’année 2025. À la mi-juillet 2026, le service en avait déjà détecté 430, signe d’une menace que ses responsables décrivent comme permanente, massive et protéiforme.
Comment se protéger de la désinformation au quotidien ?
Une consultante spécialiste des enjeux informationnels propose trois réflexes : prendre le temps pour sortir de l’instantanéité, garder la nuance face à une information trop belle, trop choquante ou trop simple pour être vraie, et conserver des repères de confiance tout en exerçant son esprit critique.
Pourquoi la Russie usurpe-t-elle des marques de médias ?
Pour Chine Labbé, de NewsGuard, imiter des médias jugés crédibles rend les fausses informations plus convaincantes et permet de tromper davantage de personnes, mais aussi les chatbots d’intelligence artificielle. Le rapport cite un faux article du Point repris par l’aperçu IA de Google.
La Hongrie : Entre continuités stratégiques et changement politique
22 Oct
La Roumanie : État pivot du flanc sud-est de l’OTAN
22 Oct
De la manette au treillis : la grande alliance du jeu vidéo et de la défense
19 Oct
Ces Français qui ont libéré l’Amérique
28 Sep
La pédagogie de l’IHEDN, une exigence d’excellence au service de la cohésion nationale
24 Sep
Sandra Chenu Godefroy : « La photographie documentaire conserve une valeur particulière »
24 Sep
1826 – 2026 : Quand la photographie raconte la guerre
24 Sep
Pierre Lévy : « La Russie est toujours forte de nos faiblesses, divisions, errements »
7 Sep
La « guerre de la langouste » vue par deux chercheurs brésilien et français
23 Juil
La « guerre de la langouste » : quand la souveraineté se joue sur le plateau continental
23 Juil
« Ce qui tirait les États-Unis vers l’ouverture les pousse désormais vers la fermeture »
17 Juil
Diplomatie coercitive, souveraineté industrielle, dissuasion nucléaire avancée…
22 Juin
#49 – La musique militaire : transmettre, rassembler, faire vivre l’histoire
15 Oct
Retours d’Ukraine #3 : une armée qui change, un arrière qui souffre
13 Oct
Comment cartographier la guerre en Ukraine
6 Oct
#48 – Patrice Franceschi : aventurier, écrivain et soldat
1 Oct
Comment est né le régiment de cyberdéfense ?
22 Sep
#47 – Drones et hélicoptères de combat : le nouveau visage de l’ALAT
15 Sep
IA militaire : rupture et conséquences
14 Sep
Golden dome : le bouclier en toc
8 Sep
#46 – Frapper fort, disparaître vite : la mobilité ultra légère au service du combat décentralisé
1 Sep
Les drones : une nouvelle industrie
21 Août
#45 – Essais, précision, fiabilité : un métier méconnu derrière les armes du combattant
1 Août
#44 – Le groupement commandos parachutistes de la 11e BP
1 Juil
