
Photographe indépendante et lauréate du prix Vermeil de l'Armée de terre, Sandra Chenu Godefroy suit depuis plus de quinze ans des unités militaires, de secours et de sécurité. Dans cet entretien des Lundis de l'IHEDN, elle explique ce que son statut de civile change à son regard, comment elle construit un récit à partir de milliers d'images, pourquoi les moments du quotidien comptent pour la mémoire des armées, et ce qui distingue une photographie signée d'une image générée par l'intelligence artificielle.
Un regard civil au sein des armées
Photographe indépendante depuis 2009, originaire de Grenoble, Sandra Chenu Godefroy répond dans ce numéro des Lundis de l’IHEDN aux questions de l’Institut sur la place de la photographie dans les armées. Elle réalise des reportages en immersion auprès d’unités de la défense, de la sécurité, du secours et de la santé, et a reçu en 2023 le prix Vermeil de l’Armée de terre, créé en hommage au sergent Sébastien Vermeil, soldat de l’image mort pour la France en Afghanistan en 2011, pour sa photographie Selva. Son statut de civile, explique-t-elle, ne change ni le matériel ni la culture de l’image, mais la place d’où elle regarde : sans grade ni chaîne hiérarchique, elle circule du chef de corps au plus jeune soldat, en passant par le cuisinier, pour montrer que l’action des armées ne tient pas au seul combattant. Elle insiste pourtant : « être extérieur ne signifie pas pour autant être objectif ». Elle décrit sa méthode de récit, plus d’un millier d’images par jour en reportage, réduites ensuite à une quinzaine, et cite son reportage auprès des légionnaires engagés dans l’opération Harpie en Guyane, confrontés à un environnement hostile et soudés par la fraternité. Pour la mémoire des armées, elle défend les « moments faibles » : le café sur le lit de camp, la lessive, le repas partagé.
Face à l’intelligence artificielle, elle retourne la question : non pas ce que l’IA fait que le photographe ne fait pas, mais ce que le photographe fait que l’IA ne peut pas faire. Sa réponse tient dans la signature : « J’ai réalisé cette image, j’étais là et voici ce que j’ai vu. »
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Prix Vermeil de l’Armée de terre : reçu par Sandra Chenu Godefroy en 2023 pour sa photographie Selva.
- Sergent Sébastien Vermeil : soldat de l’image mort pour la France en Afghanistan en 2011, à qui le prix rend hommage.
- Margaret Bourke-White : photojournaliste américaine (1904-1971), première femme correspondante de guerre accréditée de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale.
- Don McCullin : photographe britannique né en 1935, qui a couvert de nombreux conflits, dont le Vietnam.
- Opération Harpie : mission de lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane, où elle a suivi des légionnaires.
- Journées européennes du patrimoine : consacrées cette année au bicentenaire de la photographie.
Au fil de l’épisode
- 00:00:30 : le parcours de Sandra Chenu Godefroy et le prix Vermeil
- 00:01:02 : les photographes qui l’ont inspirée
- 00:02:05 : photographier pour sortir de sa zone de confort
- 00:02:35 : photographe civile ou militaire, ce qui change
- 00:04:25 : extériorité n’est pas objectivité
- 00:05:22 : construire un récit, le travail d’editing
- 00:07:49 : les légionnaires de l’opération Harpie en Guyane
- 00:08:17 : ce qu’une photographie dit mieux que les mots
- 00:09:47 : la photographie et la transmission de la mémoire des armées
- 00:11:10 : transmettre à l’ère des smartphones
- 00:12:37 : image fixe et image animée
- 00:13:05 : la photographie documentaire face à l’intelligence artificielle
- 00:14:36 : signer son image, une responsabilité
FAQ
Qui est Sandra Chenu Godefroy ?
Originaire de Grenoble, Sandra Chenu Godefroy est photographe indépendante depuis 2009. Elle réalise des reportages en immersion auprès d’unités de la défense, de la sécurité, du secours et de la santé, publiés en expositions et en livres. Elle a reçu en 2023 le prix Vermeil de l’Armée de terre pour sa photographie Selva.
Quelle différence entre un photographe civil et un photographe militaire ?
Selon Sandra Chenu Godefroy, rien ne les distingue dans l’absolu : mêmes appareils, formations proches, même culture de l’image. Ce qui change, c’est la position. N’ayant ni grade ni place dans la chaîne hiérarchique, elle circule plus librement entre les spécialités, et certaines institutions la sollicitent précisément pour ce regard extérieur.
Pourquoi la photographie documentaire garde-t-elle de la valeur face à l’IA ?
Pour Sandra Chenu Godefroy, une photo documentaire témoigne d’une scène qui a réellement eu lieu, et son auteur la signe et en répond. Une image générée peut être convaincante sans prouver aucun détail ; elle mélange aussi les références, comme un soldat français doté d’attributs d’uniforme américains, faute de culture.
Comment un photographe construit-il un reportage ?
Elle explique réaliser parfois plus d’un millier d’images par jour, puis les sélectionner avec du recul, en les montrant à des personnes de confiance. Pour un public non averti, elle réduit souvent un reportage à 15 images ; une exposition ou un livre permet d’aller jusqu’à des centaines, selon le format.
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