
Dans Les Lundis de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de défense nationale consacre une fiche d'actualité à la Roumanie, devenue depuis l'invasion de l'Ukraine un point d'appui central de l'OTAN sur son flanc sud-est. Position sur la mer Noire, présence de 1 400 soldats français, contraintes de la Convention de Montreux, coopération avec la Turquie, mais aussi présidentielle annulée en 2024 et campagnes d'influence attribuées à la Russie : la fiche fait le point sur les atouts et les fragilités du pays.
Un État de première ligne sur la mer Noire
Cette fiche d’actualité de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), lue dans Les Lundis de l’IHEDN, explique pourquoi la Roumanie est devenue un pivot du flanc sud-est de l’OTAN. Frontalière de l’Ukraine et de la Moldavie, dotée d’une façade de près de 250 km sur la mer Noire, elle se situe à l’interface de l’Europe centrale, des Balkans et de l’espace post-soviétique. Membre de l’OTAN depuis 2004 et de l’Union européenne depuis 2007, elle a fait de cet ancrage euro-atlantique le pilier de sa politique étrangère. La fiche rappelle son histoire commune avec la Moldavie, unie au royaume de Roumanie en 1918, séparée en 1940 par l’annexion de la Bessarabie par l’Union soviétique, indépendante en 1991. Bucarest a été parmi les premiers alliés à consacrer au moins 2 % de son PIB à la défense, porté à 2,5 % à partir de 2023, accueille un site de défense antimissile installé en 2013 et des forces américaines, et développe une grande base aérienne appelée à devenir l’une des principales plateformes de l’OTAN en Europe. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, le pays est un point d’appui majeur des alliés et un port roumain de la mer Noire sert de plateforme logistique aux exportations ukrainiennes. Le groupement tactique multinational de l’OTAN placé sous commandement français, créé le 1er mai 2022, rassemble environ 1 200 militaires, dont près de 800 Français, et porte la présence française en Roumanie à plus de 1 400 soldats ; il doit monter progressivement vers un format de brigade. En mer, la Convention de Montreux de 1936 limite la présence des navires militaires des États non riverains, 21 jours au plus : l’Alliance mise donc sur les marines riveraines, la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie. La marine roumaine, environ 6 800 personnels et une quarantaine de bâtiments, lutte contre les mines dérivantes, plus de 120 détectées en trois ans, et la Turquie lui livre en 2026 un patrouilleur, première exportation navale turque vers un pays de l’Union européenne et de l’OTAN.
La dernière partie porte sur les vulnérabilités internes : l’annulation inédite de la présidentielle de 2024 par la Cour constitutionnelle, après la percée d’un candidat d’extrême droite prorusse porté par une campagne massive sur TikTok, les campagnes d’influence attribuées à la Russie et la progression de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR).
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Convention de Montreux : signée en 1936, elle encadre le passage des détroits du Bosphore et des Dardanelles et limite la présence des navires militaires non riverains en mer Noire.
- Groupement tactique multinational de l’OTAN en Roumanie : placé sous commandement français, créé le 1er mai 2022, environ 1 200 militaires.
- Alliance pour l’unité des Roumains (AUR) : parti souverainiste dont la fiche décrit la progression.
- Annexion de la Crimée en 2014 : point de départ, selon la fiche, du renforcement militaire russe en mer Noire et de la demande roumaine d’une posture alliée renforcée.
Au fil de l’épisode
- 00:00:28 : la position géostratégique de la Roumanie, entre Europe centrale, Balkans et mer Noire
- 00:01:28 : l’ancrage dans l’OTAN et l’Union européenne, et les liens avec la Moldavie
- 00:02:59 : le partenariat avec les États-Unis et la modernisation militaire
- 00:04:21 : l’invasion russe de l’Ukraine comme accélérateur
- 00:04:50 : le groupement tactique de l’OTAN sous commandement français
- 00:05:49 : la posture alliée en mer Noire et les mines dérivantes
- 00:07:18 : pourquoi l’OTAN ne peut pas rester en permanence en mer Noire : la Convention de Montreux
- 00:08:46 : la marine roumaine et la coopération avec la Turquie et la Bulgarie
- 00:10:06 : les limites de l’architecture régionale et la stratégie russe de déni d’accès
- 00:12:25 : la présidentielle de 2024 annulée et les menaces hybrides
- 00:13:59 : la progression des forces souverainistes et l’instabilité gouvernementale
FAQ
Pourquoi la Roumanie est-elle un pivot du flanc sud-est de l’OTAN ?
Selon la fiche de l’IHEDN, la Roumanie est frontalière de l’Ukraine et de la Moldavie, possède près de 250 km de côtes sur la mer Noire, accueille des forces américaines et un groupement tactique de l’OTAN sous commandement français, et développe une base aérienne appelée à devenir l’une des principales plateformes de l’Alliance en Europe.
Pourquoi l’OTAN ne peut-elle pas maintenir une flotte permanente en mer Noire ?
La Convention de Montreux, signée en 1936, encadre le passage des détroits du Bosphore et des Dardanelles. Elle limite le tonnage, les catégories et la durée de présence, 21 jours au plus, des navires militaires des États non riverains. L’Alliance s’appuie donc sur les marines de la Roumanie, de la Bulgarie et de la Turquie.
Combien de soldats français sont déployés en Roumanie ?
D’après la fiche, le groupement tactique multinational de l’OTAN placé sous commandement français rassemble environ 1 200 militaires de plusieurs pays alliés, dont près de 800 Français. Avec les éléments de soutien et de commandement, la présence française en Roumanie dépasse 1 400 soldats.
Pourquoi l’élection présidentielle roumaine de 2024 a-t-elle été annulée ?
La Cour constitutionnelle roumaine a annulé le scrutin après l’arrivée en tête, avec environ 23 % des voix, d’un candidat d’extrême droite critique de l’OTAN, porté par une campagne numérique massive, notamment sur TikTok, dans un contexte de forte suspicion d’ingérence russe. La fiche y voit une illustration des menaces hybrides visant le pays.
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