
Dans Air Actualités, le magazine de l'armée de l'Air et de l'Espace, le capitaine Thibault, personnel navigant du KC-135, revient sur son parcours au moment où ce ravitailleur vient de quitter le service. Entré en 2007 comme navigateur de chasse, passé sur KC-135 en 2012 comme navigateur de ravitaillement en vol puis commandant de bord, il a obtenu de devenir pilote, un changement de spécialité inédit depuis au moins trente ans. Il parle de vocation, d'échecs surmontés, de dissuasion nucléaire et termine par un portrait chinois.
Passer de l’autre côté de la barrière
Interrogé dans la soute du KC-135, l’avion qui a été son lieu de travail pendant des années, le capitaine Thibault retrace dans cet épisode d’Air Actualités dix-sept ans de carrière dans l’armée de l’Air et de l’Espace et explique ce qui sépare le métier de navigateur de celui de pilote. Enfant, il découvre l’aviation dans les meetings où l’emmènent ses parents : la Patrouille de France lui fait vouloir devenir pilote. Il passe par le lycée militaire d’Autun, dont il garde le souvenir d’un sergent-chef qui l’encourageait à s’accrocher, puis par une classe préparatoire. Il échoue au concours de l’École de l’air mais réussit la sélection d’élève officier du personnel navigant (EOPN) et entre en 2007 comme navigateur opérateur système d’armes dans la chasse. Il décrit le rôle du navigateur, popularisé par le personnage de Goose dans Top Gun : le pilote gère la trajectoire à court terme, le navigateur prend en charge le moyen et le long terme, la navigation et les systèmes de l’avion, « un peu un chef d’orchestre ». Il détaille la formation : bases théoriques communes avec les pilotes à Salon-de-Provence, puis spécialisation, aujourd’hui sur PC-21 à Cognac pour la chasse, à son époque sur Alpha Jet à Tours avant le Mirage 2000 à Nancy. Viennent ensuite les qualifications en unité, jusqu’à celle de commandant de bord. Arrivé en 2012 sur KC-135 comme navigateur de ravitaillement en vol, devenu commandant de bord, il veut alors piloter. Ce n’est prévu dans aucun cursus : il passe ses qualifications de pilote sur son temps personnel et à ses frais, puis propose un plan à l’armée de l’Air. Pendant des années, rappelle-t-il, on proposait au contraire aux pilotes en échec de devenir navigateurs ; son passage dans l’autre sens est, selon lui, une première depuis au moins trente ans. Revenu sur KC-135 comme pilote, il parle d’un « avion de cœur » de soixante ans d’histoire, d’ancienne génération et toujours exigeant, engagé dans les grandes opérations de l’armée de l’Air, récemment encore contre l’État islamique au Levant, et surtout dans la dissuasion nucléaire, sa mission principale, assurée en alerte permanente « depuis 1964 » sans interruption. Il devrait faire partie des trois pilotes appelés à rejoindre l’A330.
Aux jeunes, il conseille de s’accrocher, son parcours étant « semé d’échecs », de garder un équilibre personnel et de ne pas négliger le facteur humain, de la fatigue en opération extérieure à la cohésion des équipages. Au portrait chinois, il se voit en épée, en Napoléon, en KC-135, en râleur assumé, et choisit pour devise : « Les limites les plus strictes sont celles que l’on s’impose ».
Les références de l’épisode
- KC-135 : avion ravitailleur de l’armée de l’Air et de l’Espace, qui vient de quitter le service, et dont la dissuasion nucléaire est la mission principale
- Lycée militaire d’Autun : établissement où l’invité a fait sa classe préparatoire
- Élève officier du personnel navigant (EOPN) : voie de recrutement par laquelle il est entré dans l’armée de l’Air en 2007
- Mirage 2000 : avion de chasse sur lequel il a été navigateur à Nancy
- Top Gun : film cité pour illustrer le rôle du navigateur, à travers le personnage de Goose
- Patrouille de France : vue dans les meetings de son enfance, à l’origine de sa vocation
Au fil de l’épisode
- 00:00:08 : dans la soute de l’avion, dix-sept ans de carrière
- 00:00:55 : les meetings aériens et la naissance d’une vocation
- 00:01:51 : l’échec au concours et l’entrée comme élève officier du personnel navigant
- 00:02:39 : ce qu’apporte le lycée militaire
- 00:03:06 : pilote ou navigateur, deux métiers complémentaires
- 00:04:24 : la formation des navigateurs, de Salon-de-Provence à Cognac
- 00:05:38 : première affectation, de l’Alpha Jet au Mirage 2000
- 00:06:31 : les qualifications jusqu’au commandant de bord
- 00:08:11 : devenir pilote sur son temps personnel
- 00:09:03 : un parcours inédit depuis trente ans
- 00:09:53 : retrouver le KC-135 aux commandes
- 00:10:39 : opérations et dissuasion nucléaire
- 00:12:24 : la suite après le retrait de l’avion
- 00:12:48 : conseils aux jeunes et équilibre personnel
- 00:14:31 : le facteur humain
- 00:15:25 : le portrait chinois
FAQ
Quelle est la différence entre un pilote et un navigateur dans l’armée de l’Air ?
Selon le capitaine Thibault, le pilote gère la trajectoire de l’avion à court terme, tandis que le navigateur prend en charge le moyen et le long terme : la navigation, les systèmes de l’avion et les imprévus de la mission. Il compare le navigateur à un capitaine de bateau ou à un chef d’orchestre, qui peut lui aussi devenir commandant de bord.
Un navigateur peut-il devenir pilote dans l’armée de l’Air et de l’Espace ?
Ce n’est prévu dans aucun cursus, explique le capitaine Thibault. Lui a passé ses qualifications de pilote sur son temps personnel et à ses frais, puis a proposé un plan à l’armée de l’Air, qui a accepté son changement de spécialité. Il estime que c’est une première depuis au moins trente ans.
Comment se forme un navigateur de l’armée de l’Air ?
D’après l’invité, la formation théorique commence à Salon-de-Provence, avec des cours militaires, d’anglais et d’aéronautique proches de ceux des pilotes. Le navigateur suit ensuite une formation propre à son métier, aujourd’hui surtout sur PC-21 à Cognac pour la chasse, avant d’acquérir en unité les qualifications jusqu’au commandant de bord.
Quel rôle le KC-135 jouait-il dans la dissuasion nucléaire ?
La dissuasion nucléaire était la mission principale de ce ravitailleur, rappelle le capitaine Thibault, avec une alerte permanente tenue sans interruption depuis 1964. Au quotidien, l’avion volait surtout pour entraîner les équipages et ravitailler les chasseurs, et il a participé aux grandes opérations extérieures de l’armée de l’Air.
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