
Le commandant Nicolas, qui commande l'escadron de soutien technique aéronautique « Pilat » sur la base aérienne 120 de Cazaux, revient sur 27 ans dans l'armée de l'Air et de l'Espace. Entré comme sous-officier en 2001, devenu officier mécanicien, il a servi sur C-135, sur Mirage 2000N et à la Patrouille de France. Face à une collègue qui le connaît bien, il parle de sa manière de commander, de la perte d'aviateurs, d'un rêve de pilote manqué et d'un tempérament qui le pousse à tout tenter.
Du C-135 à la Patrouille de France
Dans ce numéro d’Air Actualités, le commandant Nicolas, chef de l’escadron de soutien technique aéronautique (ESTA) « Pilat » sur la base aérienne 120 de Cazaux, retrace ses 27 ans dans l’armée de l’Air et de l’Espace face à une capitaine chargée de communication qui travaille avec lui depuis cinq ans. Entré en 2001 comme sous-officier spécialiste équipement bord, il commence sur Boeing C-135 à Istres, un avion avec lequel il fait « le tour du monde » et plusieurs opérations extérieures. Après plusieurs tentatives, il réussit le concours de l’École militaire de l’air et devient officier mécanicien. Il passe sept ans à l’escadron de chasse La Fayette, sur Mirage 2000N, à la tête d’une équipe de mécaniciens qu’il décrit comme « incroyablement soudée », entre dissuasion nucléaire et missions conventionnelles. Muté à Cazaux, il dirige pendant trois ans une division de l’ESTA, qui assure la maintenance de tous les Alpha Jet de France, ceux de la Patrouille de France comme ceux des écoles. Il rejoint ensuite la Patrouille de France en 2021, comme directeur technique des équipes de présentation, avant de revenir à Cazaux pour commander l’escadron où il avait servi. Sa conception du commandement tient en une idée : être proche de ses hommes pour les connaître et adapter son action. « Moi je ne sais pas dépanner un Alpha Jet. C’est mes gars qui le savent », dit-il. Le week-end, il saute avec l’équipe des ambassadeurs parachutistes Phénix, où il obéit à un adjudant, capitaine de l’équipe et fort de plus de 3 000 sauts, et déploie un drapeau de 200 mètres carrés.
Ce fonctionnement par fonction et non par grade, explique-t-il, lui permet de « déposer un peu le cerveau » après des semaines de commandement chargées.
Le deuil, les regrets et l’audace
La seconde partie de l’entretien aborde les épreuves. Le commandant Nicolas évoque la perte d’aviateurs de son unité : c’est dans ces moments, dit-il, que le rôle de chef « prend tout son sens », pour soutenir les familles et les camarades jusqu’aux obsèques, en mettant de côté ses propres émotions. Il parle aussi des mutations et des départs à la retraite, et de la cohésion de la communauté militaire, qu’il mesure à son mariage : une dizaine de membres de sa famille et 80 militaires. Il revient sur son plus grand regret : sorti major des sélections en vol de Cognac sur Epsilon pour devenir pilote, il a échoué au concours à cause des mathématiques, puis s’est retrouvé trop âgé pour se représenter comme personnel navigant. Il assume un tempérament qui le pousse à « tout tenter », quitte à aller parfois trop loin, et raconte comment il a obtenu que le président de la République remette lui-même la médaille militaire à son ancien chef de piste. D’origine belge, petit-fils d’un loadmaster de C-130 de l’armée belge, il a choisi la nationalité française à 16 ans pour s’engager.
Il se dit confiant dans la nouvelle génération d’aviateurs, tout en estimant que l’armée de l’Air et de l’Espace n’a pas à s’adapter entièrement à elle, et résume sa carrière par « une incroyable richesse ».
Les références de l’épisode
- Escadron de soutien technique aéronautique « Pilat » : unité de la base aérienne 120 de Cazaux chargée de la maintenance des Alpha Jet, que commande l’invité.
- Base aérienne 120 de Cazaux : base où l’épisode est enregistré.
- Escadron de chasse La Fayette : unité sur Mirage 2000N où il a passé sept ans comme officier mécanicien.
- Patrouille de France : équipe de présentation qu’il a rejointe en 2021 comme directeur technique.
- Équipe des ambassadeurs parachutistes Phénix : équipe de parachutistes de l’armée de l’Air et de l’Espace avec laquelle il saute lors des meetings.
- Patrouille Ramex Delta : patrouille de deux Mirage 2000N avec laquelle il a découvert les meetings aériens.
Au fil de l’épisode
- 00:00:44 : l’entrée dans l’armée de l’Air en 2001 et les années C-135
- 00:01:12 : officier mécanicien à l’escadron de chasse La Fayette
- 00:02:18 : l’arrivée à Cazaux
- 00:02:45 : l’escadron de soutien technique aéronautique Pilat et l’arrivée à la Patrouille de France
- 00:03:40 : la Patrouille de France, un train à grande vitesse
- 00:05:05 : sa vision du commandement
- 00:07:29 : le retour à Cazaux comme commandant d’unité
- 00:08:28 : des meetings aériens aux parachutistes Phénix
- 00:10:21 : commander la semaine, obéir à un adjudant le week-end
- 00:12:50 : traverser le deuil et soutenir les familles
- 00:15:11 : mutations, départs et cohésion de la communauté
- 00:18:33 : les regrets, de la sélection de pilote au concours
- 00:21:13 : tout tenter, quitte à aller trop loin
- 00:22:26 : la médaille militaire remise par le président de la République
- 00:24:40 : les raisons de l’engagement et le choix d’être français
- 00:26:11 : le regard sur la nouvelle génération d’aviateurs
- 00:30:19 : le bilan de 27 ans de carrière
FAQ
Que fait l’escadron de soutien technique aéronautique Pilat de Cazaux ?
Selon le commandant Nicolas, qui le commande, l’escadron de soutien technique aéronautique Pilat assure la maintenance de tous les Alpha Jet de France : ceux de la Patrouille de France et ceux des écoles basés à Cazaux. L’unité est installée sur la base aérienne 120, où il a d’abord servi trois ans comme chef de division.
Comment le commandant Nicolas conçoit-il le commandement ?
Pour lui, il faut être proche de ses hommes pour qu’ils aient confiance et pour connaître leurs difficultés, au travail comme dans leur vie personnelle. Il rappelle que l’armée de l’Air et de l’Espace est une armée de techniciens : ce sont ses mécaniciens qui savent dépanner un Alpha Jet, et lui doit pouvoir s’appuyer sur eux.
Pourquoi le commandant Nicolas n’est-il pas devenu pilote ?
Il était sorti major des sélections en vol de Cognac sur Epsilon, avec 17,86 de moyenne, mais ses notes en mathématiques au concours de l’École militaire de l’air étaient trop faibles. Reçu l’année suivante, il était alors trop âgé pour postuler comme personnel navigant. Il en parle comme d’un regret sur ce qu’il a donné, pas sur ce qui lui est arrivé.
Comment fonctionne l’équipe de parachutistes Phénix ?
L’équipe s’organise par fonction et non par grade. Le commandant Nicolas, qui compte un peu plus de 400 sauts, y est un simple équipier sous les ordres d’un adjudant, capitaine de l’équipe avec plus de 3 000 sauts. Lors des meetings, l’équipe déploie notamment un drapeau français de 200 mètres carrés.
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