
Horizons Marines, le podcast du Centre d'études stratégiques de la Marine, s'est rendu à Larissa, en Grèce, au quartier général de l'opération européenne ASPIDES. Le contre-amiral Vasileios Gryparis, son commandant grec, et le contre-amiral Pierre-Yves Grente, commandant adjoint français, expliquent comment l'Union européenne protège depuis février 2024 les navires marchands visés par les Houthis en mer Rouge. Premier volet d'un reportage en deux parties, enregistré le 24 juillet 2026, consacré au commandement de la mission et à sa dimension politique.
Un bouclier européen piloté depuis la Grèce
Dans ce reportage d’Horizons Marines, le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM) emmène l’auditeur à Larissa, à plus de 300 kilomètres au nord d’Athènes, où se trouve le quartier général d’ASPIDES, mot qui signifie « boucliers » en grec. Lancée le 19 février 2024 sous commandement grec, cette opération de sécurité maritime de l’Union européenne protège la liberté de navigation entre le canal de Suez et le détroit d’Ormuz depuis que les rebelles houthis attaquent le trafic en mer Rouge, à l’automne 2023. Le contre-amiral Vasileios Gryparis, qui la commande depuis son lancement, rappelle l’enjeu : en évitant la mer Rouge, par où transitent selon lui plus de 20 % des marchandises mondiales, les navires doivent contourner le cap de Bonne-Espérance, soit 10 à 14 jours de trajet en plus. Au-delà de sa mission exécutive, l’escorte, l’opération s’est vu confier le suivi de la flotte fantôme russe, la formation des forces maritimes djiboutiennes, la coopération avec les garde-côtes yéménites et la surveillance des infrastructures sous-marines, sur une zone qui représente plus de deux fois la superficie de l’Europe. Le commandant décrit aussi ses limites : 21 pays fournissent du personnel, mais les navires viennent surtout de France, d’Italie et de Grèce ; la moyenne ne dépasse pas trois bâtiments quand il en a demandé plus de dix, et l’action est interdite au-delà du nord de Mascate pour ne pas accroître les tensions avec l’Iran. Il explique la chaîne de commandement, du Comité politique et de sécurité (COPS) à Bruxelles jusqu’au commandant de la force en mer, et voit dans ASPIDES une traduction concrète de la boussole stratégique adoptée en 2022. Son bilan : plus de 2 200 navires accompagnés, plus de 680 en protection rapprochée, 19 drones aériens et 2 drones de surface abattus, 4 missiles balistiques antinavires interceptés, sans aucune perte. Le trafic, tombé de 73 navires par jour à moins de 30 pendant les attaques, est remonté à 43 ou 44.
Il souligne que les Houthis, acteur non étatique aux moyens limités, ont produit des effets stratégiques, et que le détroit d’Ormuz, face à un État fortement armé, poserait des problèmes d’une autre nature. Le mandat court désormais jusqu’en février 2027.
Escorter, conseiller, refuser : le métier du commandant adjoint
Le contre-amiral Pierre-Yves Grente, commandant adjoint, poste qui revient alternativement à la France et à l’Italie, détaille la conduite quotidienne de l’opération, alors que de nouvelles attaques viennent de toucher des navires deux jours avant l’enregistrement. Il décrit l’image de la situation maritime bâtie à partir des données des moyens militaires, des attachés de défense et des partenaires locaux, les effets de la coupure des transpondeurs AIS (le système d’identification automatique des navires) par de nombreux capitaines, et la hiérarchie des risques : un supertanker de 600 000 barils ou un méthanier n’expose pas aux mêmes conséquences qu’un petit bateau chargé de sable. Ce sont les compagnies qui demandent la protection, qui va de la protection rapprochée par une frégate au suivi à distance, le « monitoring » ; un navire inscrit sur une liste de sanctions européennes ou de l’ONU est refusé. Pour lui, ASPIDES est « une mission bouclier » qui réaffirme la liberté de navigation et le droit de la mer.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Opération ASPIDES : opération de sécurité maritime de l’Union européenne lancée le 19 février 2024, sous commandement grec.
- Opération Atalanta : opération européenne de lutte contre la piraterie, présentée comme opération sœur, avec qui ASPIDES partage des soutiens à Djibouti.
- Opération Irini : autre opération européenne citée comme exemple de mandat volontairement limité.
- Prosperity Guardian : opération sous contrôle américain lancée dans la zone au même moment, retirée depuis selon le commandant.
- Boussole stratégique : plan d’action adopté en 2022 sous présidence française du Conseil de l’Union européenne pour renforcer la défense européenne d’ici 2030.
- Comité politique et de sécurité (COPS) : l’instance de Bruxelles qui exerce le contrôle politique de l’opération.
- Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM) : le producteur du podcast Horizons Marines.
Au fil de l’épisode
- 00:00:15 : arrivée au quartier général de Larissa et présentation d’ASPIDES
- 00:03:26 : entretien avec le contre-amiral Vasileios Gryparis, la naissance de l’opération
- 00:05:13 : le coût du contournement par le cap de Bonne-Espérance
- 00:06:56 : flotte fantôme russe, garde-côtes et nouvelles missions
- 00:07:55 : la zone d’opération et la limite de Mascate
- 00:09:27 : 21 pays, trois navires en moyenne
- 00:12:04 : la chaîne de commandement, de Bruxelles à la mer
- 00:14:18 : Prosperity Guardian, Atalanta et l’idée d’une fusion
- 00:18:03 : ASPIDES et la boussole stratégique
- 00:20:14 : Bab-el-Mandeb et Ormuz, deux menaces différentes
- 00:22:59 : le bilan des escortes et des interceptions
- 00:25:36 : un mandat défensif face à une menace offensive
- 00:27:46 : la prolongation jusqu’en février 2027
- 00:31:59 : entretien avec le contre-amiral Pierre-Yves Grente
- 00:33:45 : réagir à la reprise des attaques
- 00:38:47 : construire l’image de la situation maritime
- 00:40:50 : les navires qui coupent leur AIS
- 00:45:53 : protection rapprochée et monitoring
- 00:47:23 : qui demande la protection, et quand elle est refusée
- 00:49:05 : une mission bouclier pour la liberté de navigation
FAQ
Qu’est-ce que l’opération ASPIDES ?
ASPIDES est l’opération de sécurité maritime de l’Union européenne lancée le 19 février 2024, sous commandement grec, depuis un quartier général situé à Larissa. Elle escorte les navires civils entre le canal de Suez et le détroit d’Ormuz, menacés depuis l’automne 2023 par les attaques des Houthis en mer Rouge. Son nom signifie « boucliers » en grec.
Combien de navires l’opération ASPIDES a-t-elle protégés ?
Selon le contre-amiral Vasileios Gryparis, plus de 2 200 navires ont traversé la mer Rouge en sécurité grâce à l’opération, dont plus de 680 en protection rapprochée. Ses bâtiments ont abattu 19 drones aériens et 2 drones de surface et intercepté 4 missiles balistiques antinavires, sans subir de perte.
Pourquoi ASPIDES ne protège-t-elle pas les navires dans le golfe Persique ?
Le contre-amiral Vasileios Gryparis explique que les États membres ont interdit à l’opération d’exercer sa mission d’escorte au-delà du nord de Mascate, pour éviter d’accroître les tensions avec l’Iran. Pour intervenir dans le golfe Persique, il faudrait une nouvelle décision du Conseil de l’Union européenne.
Comment un navire marchand obtient-il la protection d’ASPIDES ?
D’après le contre-amiral Pierre-Yves Grente, ce sont les compagnies maritimes qui la demandent, plusieurs jours avant le passage. L’opération choisit selon la vulnérabilité du navire et son lien avec les intérêts européens, entre protection rapprochée et suivi à distance. Un navire inscrit sur une liste de sanctions européennes ou de l’ONU est refusé.
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