
Hubert Raymond, responsable de l'innovation et de l'accélérateur GENERATE au GICAT, est l'invité de Combats futurs, le podcast du Commandement du combat futur de l'armée de Terre. Il explique comment ce groupement représente la filière industrielle de défense terrestre et aéroterrestre. Juriste passé par la DGA, ancien entrepreneur et officier de réserve, il détaille la sélection des start-up de GENERATE, la porosité entre technologies civiles et militaires et sa vision d'un champ de bataille plus robotisé.
Le GICAT, voix de la filière terrestre
Hubert Raymond, responsable de l’innovation et de l’accélérateur GENERATE au GICAT, le Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres, explique dans Combats futurs, le podcast du Commandement du combat futur de l’armée de Terre, comment cette association fédère une filière et accompagne des start-up vers les besoins des forces. Créé en 1978, le GICAT réunit selon lui environ 470 membres : les grands maîtres d’œuvre industriels (il cite Thales, KNDS France ou Arquus), des entreprises de taille intermédiaire comme Exail, et surtout des PME, qui représentent 80 % des membres et forment « l’épine dorsale » de la base industrielle et technologique de défense (BITD) terrestre, ce « village gaulois » où de petits acteurs traitent parfois directement avec la Direction générale de l’armement (DGA). Le groupement a deux jambes, la défense et la sécurité, et travaille à la fois avec le ministère des Armées et le ministère de l’Intérieur. Hubert Raymond détaille ses missions : faciliter les réseaux, représenter les industriels en France et à l’étranger, notamment devant le Parlement, et diffuser les bonnes pratiques, par exemple sur la directive européenne NIS2 et ses exigences en cybersécurité. Il décrit des commissions bientôt au nombre de dix, dont une nouvelle commission sur la responsabilité sociale des entreprises, une commission ressources humaines face aux difficultés de recrutement de l’industrie, une commission recherche, technologie et innovation, une commission sécurité dirigée par le préfet Gérard Lacroix et une commission internationale.
Pour lui, l’export n’est pas un supplément : les seules commandes nationales ne suffisent pas à faire vivre le modèle industriel, alors que la quasi-totalité des adhérents autofinancent leur recherche et développement.
GENERATE, un accélérateur pas comme les autres
Lancé en mars 2017, dans le sillage de la vague des start-up et du discours sur la « start-up nation », GENERATE est né pour accueillir des entreprises qui frappaient à la porte du GICAT sans avoir encore de chiffre d’affaires ni de maturité suffisante pour adhérer. D’abord label d’innovation, il est devenu un accélérateur qui compte aujourd’hui environ 69 start-up, réunies tous les trois mois en « bootcamps » pour rencontrer ceux qui expriment les besoins opérationnels, achètent ou exportent. Les critères sont stricts : moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires, moins de 30 salariés, moins de trois ans de chiffre d’affaires dans la défense et la sécurité, dix ans d’existence au plus, et un niveau de maturité technologique d’au moins TRL 7, l’échelle de 1 à 9 qui va de l’idée au produit. Quatre jurys par an examinent chacun dix candidatures devant une vingtaine de personnes : section technique de l’armée de Terre, Battle Lab Terre, Agence de l’innovation de défense, DGSE, DGSI, BRI, préfecture de police de Paris, INPI, Direction générale de la gendarmerie nationale, DGA et industriels. GENERATE n’intervient pas dans la gestion des entreprises : la start-up doit, selon sa formule, infuser dans l’écosystème « comme un sachet de thé ». Juriste en droit public des affaires, passé par la DGA comme acheteur-négociateur, Hubert Raymond a lui-même cofondé une start-up d’équipement individuel du fantassin labellisée GENERATE, et il est devenu officier de réserve après sa formation à Saint-Cyr en 2019, avant de se spécialiser en état-major.
Il cite parmi les réussites Elika Team et sa solution d’apprentissage des langues pour les forces, Preligens, devenue Safran.AI, et Aerix Systems, lauréate du prix innovation du GICAT pour ses moteurs de drones omnidirectionnels.
Un champ de bataille plus létal et robotisé
Interrogé sur les conflits futurs, Hubert Raymond constate une létalité accrue du champ de bataille, observée notamment en Ukraine, et une robotisation qui obligera à la fois à maîtriser le combat de tranchées et à savoir brouiller un drone piloté en immersion (FPV). Il a été marqué par ce qu’il appelle le premier combat de robots : une mission téléopérée ukrainienne frappant une mule robotisée russe qui ravitaillait les premières lignes. Il évoque l’autonomie des systèmes, le besoin d’énergie et de batteries, et une mobilisation totale, du fantassin jusqu’à la chaîne de production. D’où le message adressé aux entrepreneurs : « penser souverain par essence », c’est-à-dire concevoir dès le départ une technologie capable de passer d’un usage civil à un usage militaire.
Le défi, conclut-il, sera de financer à la fois des savoir-faire perdus, de nouvelles technologies et une armée de Terre au modèle complet, dans le cadre de la loi de programmation militaire qui court jusqu’en 2030.
Les références de l’épisode
- GICAT : Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres, association créée en 1978.
- GENERATE : label d’innovation puis accélérateur de start-up du GICAT, lancé en mars 2017.
- Commandement du combat futur : grand commandement de l’innovation et de la pensée militaire de l’armée de Terre, qui produit le podcast.
- Direction générale de l’armement (DGA) : agence qui conduit les programmes d’armement, où l’invité a travaillé comme acheteur-négociateur.
- Directive NIS2 : directive européenne qui fixe des exigences de cybersécurité que la filière doit s’approprier.
- Eurosatory : salon international de défense et de sécurité terrestres, co-organisé tous les deux ans par la filiale événementielle du GICAT.
- Milipol Paris : salon de la sécurité où GENERATE a tenu un pavillon de start-up.
- Elika Team : start-up de GENERATE qui a conçu une solution d’apprentissage des langues pour les forces.
- Preligens : l’une des premières start-up accélérées par GENERATE, devenue Safran.AI.
- Aerix Systems : start-up lauréate du prix innovation du GICAT pour ses moteurs de drones omnidirectionnels.
- TRL (Technology Readiness Level) : échelle de maturité technologique de 1 à 9, créée selon l’invité par la NASA.
Au fil de l’épisode
- 00:00:31 : présentation d’Hubert Raymond et de l’acronyme GICAT
- 00:01:32 : un groupement créé en 1978 et ses quelque 470 membres
- 00:02:34 : les missions du GICAT, entre défense et sécurité
- 00:04:03 : grands maîtres d’œuvre, ETI et PME, le « village gaulois » de la filière
- 00:06:59 : les commissions du GICAT
- 00:09:51 : pourquoi l’export est vital pour la BITD
- 00:11:40 : la naissance de GENERATE en 2017
- 00:15:29 : le parcours d’Hubert Raymond, de la DGA à l’entrepreneuriat
- 00:19:46 : ce que lui apporte la réserve opérationnelle
- 00:22:46 : les critères de sélection et le jury de GENERATE
- 00:28:06 : un accélérateur qui n’intervient pas dans les entreprises
- 00:29:32 : salons, pavillons et présence internationale
- 00:32:29 : des start-up qui passent à l’échelle
- 00:35:04 : le champ de bataille de demain
- 00:38:16 : penser souverain par essence et l’échelle TRL
- 00:40:01 : le défi du financement
FAQ
Qu’est-ce que le GICAT ?
Le GICAT est le Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres. Créé en 1978, il réunit selon Hubert Raymond environ 470 membres, des grands groupes aux PME, qui en représentent 80 %. Il représente la filière auprès du ministère des Armées, du ministère de l’Intérieur et du Parlement, et diffuse les bonnes pratiques.
Qu’est-ce que l’accélérateur GENERATE ?
GENERATE est le programme du GICAT lancé en mars 2017 pour accompagner des start-up de la défense et de la sécurité. Il en compte environ 69, accueillies pour trois ans au plus. Il ne forme pas les dirigeants à la gestion mais leur ouvre l’écosystème : besoins opérationnels, achat public, export, propriété intellectuelle.
Comment une start-up peut-elle entrer dans GENERATE ?
Elle doit réaliser moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires, compter moins de 30 salariés, avoir moins de trois ans de chiffre d’affaires dans la défense et la sécurité, dix ans d’existence au plus et une technologie au moins au niveau TRL 7. Après un entretien, elle présente son projet devant un jury d’une vingtaine de personnes, réuni quatre fois par an.
Que veut dire « penser souverain par essence » ?
Pour Hubert Raymond, c’est inviter les entrepreneurs à concevoir dès le départ une technologie qui peut servir la défense et la sécurité, en identifiant le niveau de maturité à partir duquel elle peut passer d’un usage civil à un usage militaire. Cette rapidité d’adaptation doit nourrir, selon lui, la supériorité opérationnelle.
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