
Le commandant Benoît Valadier, chef du groupement de commandos parachutistes de la 11e brigade parachutiste, raconte l'histoire et les missions de cette unité discrète, à l'occasion de la sortie de son livre « Entre ciel et feu ». Chute opérationnelle, sélection, dix ans d'engagement au Mali, appropriation des drones et nouveaux parachutes : il explique comment le groupement se prépare aux combats de demain, et pourquoi il place la confiance et la qualité des hommes avant la technologie.
Le couteau suisse de la brigade parachutiste
Le commandant Benoît Valadier, chef du groupement de commandos parachutistes (GCP) de la 11e brigade parachutiste, présente dans Combats futurs, le podcast du Commandement du combat futur de l’armée de Terre, l’unité à laquelle il consacre son livre « Entre ciel et feu », paru aux Éditions Mareuil. Il dit avoir voulu l’écrire après ses missions à partir de 2013, lors des premiers mandats des opérations Serval puis Barkhane, des missions qu’il juge exceptionnelles et très éloignées de ce qui était prévu pour le GCP, et parce qu’aucune histoire de ce groupement créé au début des années 1970 n’existait. Il raconte sa naissance : le besoin d’éclaireurs capables de reconnaître et sécuriser une zone de saut quelques jours avant le largage de masse de la brigade. La chute opérationnelle, explique-t-il, consiste à sauter jusqu’à 3600 mètres avec armes et sac de plusieurs dizaines de kilos, à ouvrir aussitôt la voile et à suivre un cap pour se poser loin de l’ennemi. Une fois au sol, les commandos font du renseignement, de la reconnaissance, la destruction de cibles de haute valeur comme un poste de commandement ennemi, des embuscades ou le guidage des appuis feux. Le groupement est interarmes : ses membres sont sélectionnés dans les sept régiments de combat de la brigade et sa compagnie de transmissions, avec des équipes d’infanterie, de génie pour le déminage, d’artillerie pour le guidage aérien, et des médecins et infirmiers chuteurs. Les plus jeunes ont environ 23 ans, et l’unité arme en permanence une alerte de 37 commandos à 12 heures.
Selon lui, la sélection cherche moins des athlètes que des soldats autonomes, capables de juger seuls en petits détachements, parfois en trinôme. Il cite deux moments fondateurs : les morts du groupement en Afghanistan en 2011, puis dix ans d’engagement au Mali.
Drones, voiles et confiance
Le commandant Valadier décrit une unité qui s’est approprié très vite les drones : la quasi-totalité du groupement est formée au pilotage, et la brigade a développé, avec un ancien du GCP, le drone Fronde, qui emporte un obus de mortier de 81 mm pour détruire un blindé à distance. Il évoque les patrouilles légères d’appui électronique du 54e régiment de transmissions, qui localisaient l’ennemi au Mali, la nécessité d’espacer les communications radio sur un champ de bataille de plus en plus transparent, et la dilution en très petits groupes pour survivre face aux drones. Le grand changement, dit-il, vient des voiles : le parachute G9, utilisé pendant dix ans au Mali, portait 160 kg avec une finesse de 2,9, quand le nouveau système de mise à terre des chuteurs opérationnels monte à 200 kg avec une finesse de 4,5, ce qui porte les infiltrations sous voile d’une trentaine à près de 50 kilomètres depuis 3600 mètres, en attendant des sauts vers 5500 mètres. Il se montre ouvert à la wingsuit ou aux propulseurs, à condition d’un intérêt opérationnel. Il ne croit pas que le conflit en Ukraine condamne les parachutistes, qui restent selon lui une force de projection et des troupes d’assaut légères. Il termine sur une mission menée au Mali par des commandos du 8e RPIMa, appuyés par une section du 126e régiment d’infanterie, où, raconte-t-il, un groupe armé repéré par drone a été neutralisé de nuit et son chef capturé.
Pour 2040, il espère que le soldat restera le même : « ce qui reste vraiment important, c’est l’homme ».
Pour aller plus loin
- Le livre « Entre ciel et feu » du commandant Benoît Valadier aux Éditions Mareuil
- Les autres podcasts du Commandement du combat futur
- Le site du Commandement du combat futur
Les références de l’épisode
- « Entre ciel et feu », histoire du groupement de commandos parachutistes : livre du commandant Benoît Valadier, aux Éditions Mareuil
- Groupement de commandos parachutistes (GCP) : unité de la 11e brigade parachutiste créée au début des années 1970
- 11e brigade parachutiste : brigade dont les régiments fournissent les commandos du GCP
- Opérations Serval et Barkhane : engagements au Mali sur lesquels le GCP a été en autorelève pendant dix ans
- École des troupes aéroportées : école où a eu lieu le premier stage de chuteur opérationnel en 1965
- 1er régiment de hussards parachutistes, 17e régiment de génie parachutiste, 35e régiment d’artillerie parachutiste : régiments qui apportent leurs capacités au groupement
- 54e régiment de transmissions : régiment dont les patrouilles d’appui électronique ont renforcé le GCP au Mali
- Drone Fronde : drone porteur d’un obus de mortier de 81 mm développé par la brigade
- 8e RPIMa et 126e régiment d’infanterie : unités de la mission racontée en fin d’épisode
Au fil de l’épisode
- 00:00:09 : présentation du commandant Benoît Valadier et de son livre
- 00:00:39 : pourquoi écrire l’histoire du GCP
- 00:02:04 : la naissance de l’unité et la chute opérationnelle
- 00:04:00 : le cœur des missions, du renseignement à l’embuscade
- 00:04:57 : une unité interarmes et ses composantes
- 00:06:29 : recrutement dans les régiments et formation commune
- 00:07:53 : les qualités attendues lors de la sélection
- 00:08:50 : culture parachutiste et culture commando
- 00:10:27 : l’Afghanistan et le Mali, deux périodes fondatrices
- 00:11:38 : détecter l’ennemi, drones et appui électronique
- 00:12:41 : communiquer sans être détecté
- 00:15:20 : technologie et formation du soldat
- 00:15:59 : âge des commandos et alerte permanente
- 00:17:33 : l’appropriation des drones et le drone Fronde
- 00:19:49 : faire face à la menace des drones
- 00:21:28 : ce qui a changé dans le saut, du G9 au nouveau parachute
- 00:24:57 : sauter plus haut
- 00:25:30 : wingsuit et propulseurs
- 00:28:35 : l’avenir des parachutistes au regard de l’Ukraine
- 00:29:55 : les innovations qui comptent pour le GCP
- 00:31:42 : le GCP en 2040
- 00:32:49 : la confiance dans les petites unités
- 00:33:59 : une mission au Mali qui résume l’esprit GCP
FAQ
Qu’est-ce que le groupement de commandos parachutistes ?
Le GCP est une unité de la 11e brigade parachutiste, créée au début des années 1970, dont les commandos sont sélectionnés dans les régiments de la brigade. Selon son chef, le commandant Benoît Valadier, ils préparent le largage de la brigade, font du renseignement et des actions de combat, ce qui leur vaut le surnom de couteau suisse de la brigade.
Qu’est-ce que la chute opérationnelle ?
D’après le commandant Valadier, c’est un saut à haute altitude, jusqu’à 3600 mètres, avec armes et sac de plusieurs dizaines de kilos. Le parachutiste ouvre sa voile dès la sortie de l’avion et suit un cap pour se poser loin de l’ennemi, ce qui garantit sa discrétion. Des sauts vers 5500 mètres sont en préparation.
Le GCP fait-il partie des forces spéciales ?
Non. Le commandant Valadier insiste sur cette différence : les commandos du GCP sont issus des régiments parachutistes de la 11e brigade, qui les sélectionnent et les forment, puis les confient au groupement. Il décrit leur culture comme la culture parachutiste poussée à l’extrême, notamment en matière d’autonomie.
Comment le nouveau parachute change-t-il les infiltrations ?
Selon le commandant Valadier, le nouveau système de mise à terre des chuteurs opérationnels porte 200 kg contre 160 kg pour l’ancien G9, avec une finesse de 4,5 au lieu de 2,9. Depuis 3600 mètres, les infiltrations sous voile passent d’une trentaine à près de 50 kilomètres.
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