
Le colonel Rémy Hémez dirige le Bureau Synthèse-Retex du Commandement du combat futur. Dans Combats futurs, il décrit la boucle du retour d'expérience, qui part des comptes rendus de fin de mission pour aboutir à des décisions sur la doctrine, l'organisation des unités ou l'intégration des drones. Il parle aussi franchement des limites du RETEX : masse de données, lenteur, risque de refaire la guerre précédente.
La boucle du RETEX, de l’observation à la décision
Le colonel Rémy Hémez, chef du Bureau Synthèse-Retex du Commandement du combat futur (CCF), explique comment l’armée de Terre tire les leçons de ses opérations, de ses entraînements et des conflits en cours. Le retour d’expérience (RETEX) est ancien, rappelle-t-il, mais il a été formalisé à partir de la Première Guerre mondiale, et le processus de l’OTAN aujourd’hui utilisé par l’armée française date du début des années 2000. Ce qui le distingue du retour d’expérience des entreprises : l’enjeu, qui est la victoire militaire et la vie des soldats, « avec en idée sous-jacente le fait d’avoir moins de pertes au combat ». Le CCF travaille surtout au niveau tactique, le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE) aux niveaux opératif et stratégique. Le colonel détaille les étapes de la boucle : orientation donnée par l’état-major de l’armée de Terre, observation, étude, décision, concrétisation puis diffusion. Les comptes rendus de fin de mission rédigés par les chefs sont « notre trésor », complétés par les analyses des alliés, le Centre du renseignement Terre, les travaux universitaires et des entretiens au retour de mission. Les enseignements circulent sous forme de notes thématiques (récemment sur l’emploi des robots terrestres), de fiches, de cahiers du RETEX comme celui consacré à l’opération Barkhane, de podcasts internes et de lettres de veille. La dronisation de l’armée de Terre est aujourd’hui le premier sujet : le RETEX nourrit des recommandations sur le format et l’organisation des unités, jusqu’à la doctrine, aux ressources humaines, à l’entraînement et au soutien.
Le colonel aborde aussi les limites : 5 000 pages de sources pour le cahier sur Barkhane, d’où un projet d’intelligence artificielle dédié ; le risque de « refaire la guerre précédente » en copiant l’Ukraine ; des décisions parfois trop lentes ; des comptes rendus écrits qui adoucissent les échecs. Pour lui, la rapidité de la boucle donne la supériorité, notamment en guerre électromagnétique, sans qu’il faille courir après la doctrine.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Commandement du combat futur (CCF) : le grand commandement de l’innovation et de la pensée militaire de l’armée de Terre, dont le bureau RETEX travaille surtout au niveau tactique.
- Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE) : chargé du RETEX interarmées de niveau opératif et stratégique.
- Centre du renseignement Terre : l’une des sources qui alimentent le retour d’expérience.
- Opération Barkhane : objet d’un cahier du RETEX rédigé après sa clôture, à partir d’environ 5 000 pages de sources.
- Guerre en Ukraine : principal conflit observé, dont les enseignements doivent être recontextualisés selon le colonel.
Au fil de l’épisode
- 00:00:15 : présentation du colonel Rémy Hémez et du thème
- 00:00:40 : un RETEX aussi ancien que la guerre, formalisé au XXe siècle
- 00:01:47 : ce qui distingue le RETEX militaire du retour d’expérience en entreprise
- 00:02:45 : niveaux tactique, opératif et stratégique
- 00:03:14 : les étapes de la boucle, de l’orientation à l’observation
- 00:04:46 : les capteurs, à commencer par les comptes rendus de fin de mission
- 00:06:15 : l’étude et la décision
- 00:07:38 : concrétiser et vérifier qu’une leçon est apprise
- 00:08:31 : notes thématiques, fiches et cahiers du RETEX
- 00:10:03 : la dronisation de l’armée de Terre
- 00:11:09 : trop de données, et un projet d’intelligence artificielle
- 00:12:44 : éviter de refaire la guerre précédente
- 00:14:19 : quand Russes et Ukrainiens tirent des conclusions différentes
- 00:15:47 : les freins, lenteur et diffusion
- 00:17:27 : peut-on tout dire dans un RETEX
- 00:19:09 : qui arbitre ce qu’est une bonne leçon
- 00:20:40 : la rapidité de la boucle donne-t-elle la supériorité
FAQ
Qu’est-ce que le RETEX dans l’armée de Terre ?
Le RETEX, ou retour d’expérience, est un processus qui analyse opérations, exercices et conflits pour améliorer l’efficacité militaire. Selon le colonel Rémy Hémez, ce n’est pas une simple réflexion mais une boucle qui aboutit à une décision, avec l’idée de limiter les pertes au combat et de rechercher la victoire.
Quelles sont les étapes de la boucle du RETEX ?
Le colonel décrit l’orientation fixée par l’état-major de l’armée de Terre, l’observation des faits sur le terrain, l’étude avec des experts, la décision, la concrétisation vérifiée par le bureau RETEX, puis la diffusion. Une leçon n’est considérée comme apprise qu’une fois la mesure réellement mise en œuvre.
Comment le RETEX tient-il compte de la guerre en Ukraine ?
Pour le colonel Rémy Hémez, la guerre en Ukraine fournit de nombreux enseignements, mais la prochaine guerre de l’armée de Terre ne sera pas celle-là. Il faut recontextualiser les observations et distinguer les tendances lourdes des enseignements conjoncturels, ce qu’il présente comme la tâche la plus difficile du bureau.
Pourquoi l’armée de Terre développe-t-elle une intelligence artificielle pour le RETEX ?
La masse de données est un défi : le cahier du RETEX sur l’opération Barkhane reposait sur environ 5 000 pages de sources, difficiles à traiter pour une seule personne. Le CCF mène donc un projet d’intelligence artificielle spécialisé dans le retour d’expérience pour l’aider à traiter ces sources massives.
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