
Dans Les Lundis de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de défense nationale lit son analyse du travail mené par le Service de santé des armées pour préparer la France à un engagement majeur à l'est de l'Europe. Charte signée avec la Direction générale de la santé, exercice Orion 26, plan d'action médical de l'OTAN, logistique médicale pilotée par la France : dix minutes pour comprendre pourquoi la santé est devenue un attribut de puissance et de dissuasion.
La santé, attribut de puissance face à l’engagement majeur
Cet épisode des Lundis de l’IHEDN est la version audio d’un article de l’Institut des hautes études de défense nationale consacré à la manière dont le Service de santé des armées (SSA) se prépare à « l’hypothèse d’engagement majeur » (HEM), c’est-à-dire le scénario où l’engagement opérationnel des forces armées serait maximal. Le texte part d’une déclaration faite en janvier 2026 par le général norvégien qui préside le comité des chefs des services de santé militaires de l’OTAN (COMEDS) : une population européenne résiliente, dotée de capacités médicales et préparée à soutenir un conflit armé potentiel avec la Russie, constitue en elle-même un moyen de dissuasion. L’article en tire une idée centrale : la santé est un attribut de puissance et de crédibilité stratégique. Un engagement majeur à l’est de l’Europe, explique le chef de la division opérations du SSA, déstabiliserait les systèmes de santé militaires comme civils : forte sollicitation des hôpitaux, perturbation des flux de produits de santé, chaîne d’évacuation de blessés et de malades à travers l’Europe. Il faudrait aussi soigner des patients étrangers dans le cadre du soutien de la nation hôte, et faire face à un possible afflux de réfugiés. Le SSA, créé en 1708 et appuyé sur un maillage d’hôpitaux d’instruction des armées et de structures de rééducation et de psychiatrie, ne représente qu’environ 1 % du paysage de la santé publique en France : d’où la nécessité d’une préparation interministérielle. L’article retrace le protocole signé dès 2017 entre les ministères des Armées, de la Santé et du Budget, renouvelé en 2022 après la crise du Covid-19, puis la charte de préparation à l’HEM signée en octobre 2025 par le SSA et la Direction générale de la santé (DGS). Il évoque aussi l’exercice Orion 26, qui intègre une phase de planification interministérielle.
Le dernier temps de l’épisode passe à l’échelle de l’Alliance et de l’Union européenne : le Joint Health Group et le COMEDS de l’OTAN, qui réunissent les experts civils et militaires de 32 nations, l’adoption en 2025 d’un plan d’action médical de l’OTAN, un groupe de travail européen sur la coopération civilo-militaire en santé, et l’initiative de logistique médicale CMI Medlog, pilotée par la France depuis le début de 2026 pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en produits de santé.
Les références de l’épisode
- Service de santé des armées (SSA) : structure interarmées placée sous l’autorité directe du chef d’état-major des armées, créée en 1708.
- Direction générale de la santé (DGS) : signataire avec le SSA, en octobre 2025, d’une charte de préparation à l’engagement majeur.
- COMEDS : comité des chefs des services de santé militaires de l’OTAN.
- Joint Health Group : groupe mixte santé de l’OTAN, coauteur avec le COMEDS du plan d’action médical adopté en 2025.
- Orion 26 : exercice qui comprend une phase de planification interministérielle pour protéger le territoire tout en soutenant les forces françaises et alliées.
- CMI Medlog : initiative de l’OTAN sur la logistique médicale, pilotée par la France depuis le début de 2026.
- Crise du Covid-19 : citée comme la preuve qu’une crise d’origine sanitaire déborde sur l’économie et la vie sociale et impose une action interministérielle.
Au fil de l’épisode
- 00:00:26 : la déclaration du président du COMEDS sur la résilience sanitaire comme moyen de dissuasion
- 00:00:56 : la santé, attribut de puissance, et la définition de l’hypothèse d’engagement majeur
- 00:01:56 : les conséquences d’un conflit à l’est de l’Europe sur les systèmes de santé militaires et civils
- 00:02:51 : le soutien de la nation hôte et l’afflux possible de réfugiés
- 00:03:23 : les leçons interministérielles de la crise du Covid-19
- 00:03:56 : du protocole de 2017 à la charte SSA et DGS d’octobre 2025
- 00:05:04 : les missions et le maillage territorial du SSA, 1 % de la santé publique en France
- 00:06:29 : l’exercice Orion 26 et la coopération civilo-militaire à l’OTAN et dans l’Union européenne
- 00:07:30 : le Joint Health Group, le COMEDS et le plan d’action médical de l’OTAN
- 00:08:26 : l’initiative CMI Medlog pilotée par la France pour la logistique médicale
- 00:09:20 : évacuation de patients, gestion de victimes en grand nombre et conclusion
FAQ
Qu’est-ce que l’hypothèse d’engagement majeur ?
L’hypothèse d’engagement majeur (HEM) désigne, selon l’IHEDN, le scénario où l’engagement opérationnel des forces armées serait maximal. Elle implique de prévoir la projection d’une force à l’étranger au sein d’une coalition multinationale, mais aussi la gestion des conséquences sur le territoire national, où les fonctions vitales du pays, dont la santé, seraient mises en tension.
Pourquoi le Service de santé des armées a-t-il besoin des hôpitaux civils ?
D’après l’article, le SSA ne représente qu’environ 1 % du paysage de la santé publique en France. En cas de conflit à l’est de l’Europe, il faudrait soigner, évacuer et suivre les militaires blessés et malades jusqu’aux hôpitaux français, prendre en charge des patients alliés et des réfugiés : seul l’ensemble du système de santé national peut absorber une telle charge.
Que prévoit la charte signée en octobre 2025 par le SSA et la DGS ?
Cette charte de préparation à l’engagement majeur entérine un objectif commun : assurer la résilience de l’offre de soins nationale afin de pouvoir soutenir l’effort militaire dans un tel scénario. Elle prolonge le protocole pluriannuel signé en 2017 par les ministères des Armées, de la Santé et du Budget, renouvelé en 2022.
Qu’est-ce que l’initiative CMI Medlog ?
CMI Medlog est une initiative de l’OTAN consacrée à la logistique médicale, pilotée par la France depuis le début de 2026 et conduite conjointement par le SSA et la DGS. Elle vise à coordonner les ministères de la santé des pays alliés pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en produits de santé et développer l’interopérabilité civilo-militaire.
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