
Le critique de cinéma Simon Riaux rejoint Alexandre Jubelin dans Le Collimateur pour analyser le sergent instructeur Hartman, figure centrale de « Full Metal Jacket » de Stanley Kubrick. Les deux interlocuteurs expliquent pourquoi ce personnage reste la pire image du militaire à l'écran, reviennent sur son interprète, ancien instructeur des Marines, sur la mise en scène de Kubrick et sur le pacte de la haine qui se rompt, puis le comparent aux sergents des « Douze Salopards » et du « Maître de guerre » de Clint Eastwood.
Le sergent qui ne parle jamais en son nom
Dans ce deuxième épisode de la série « Super-soldats » du Collimateur, consacrée aux figures de militaires marquantes au cinéma, Alexandre Jubelin reçoit le critique de cinéma Simon Riaux (Réalisé sans trucage) pour analyser le sergent instructeur Hartman de « Full Metal Jacket », le film de Stanley Kubrick sorti en 1987. Le personnage, qui forme de jeunes recrues des Marines avant leur départ pour le Vietnam, est décrit comme « la pire image qu’on puisse avoir d’un militaire à l’écran » et de l’institution. Ce qui le rend terrifiant, expliquent-ils, c’est qu’on ne devine jamais l’homme derrière l’instructeur : il ne s’exprime à aucun moment « avec sa propre voix ». Ils rappellent que l’acteur, R. Lee Ermey, était lui-même sergent instructeur des Marines, d’abord conseiller de la production, et que ses scènes auraient demandé très peu de prises à un réalisateur réputé pour les multiplier. Simon Riaux s’attarde sur son corps de « danseur », discipliné, qui fait corps avec la caméra, notamment dans le long travelling de la confrontation finale avec sa recrue souffre-douleur, surnommée Baleine en version française.
Les deux interlocuteurs décrivent un contrat posé dès la première scène (« plus vous me haïrez, mieux vous apprendrez ») que Hartman pousse trop loin : il réussit trop bien et le pacte se rompt, jusqu’à sa mort, qu’il semble encore jouer.
Du cliché truculent au réquisitoire
L’épisode replace Hartman dans une lignée. Avant lui, disent-ils, le sergent instructeur de cinéma était surtout truculent, avec une connivence immédiate entre le spectateur et lui : Lee Marvin dans « Les Douze Salopards » de Robert Aldrich fait « traiter le mal par le mal » avec des repris de justice envoyés en mission suicide contre les nazis, et la caméra reste de son côté. Chez Kubrick, au contraire, les recrues sont de jeunes gens immatures et la brutalité n’a pas de justification évidente : la machine militaire s’emballe, sans que la fin soit claire. Ils analysent la scène du beignet dans le casier, où toute la section est punie pour la faute d’un seul, comme un mécanisme de groupe que l’on soude contre quelqu’un, et saluent la justesse des codes des Marines restitués grâce à l’acteur. À l’inverse, « Le Maître de guerre » (Heartbreak Ridge), réalisé par Clint Eastwood un an plus tôt, raconte un sergent tout aussi dur mais filmé de son point de vue et présenté comme ayant raison, une figure que l’on retrouverait selon eux dans « Gran Torino » ou « Million Dollar Baby ».
L’épisode se termine sur un appel aux auditeurs pour leurs sergents instructeurs préférés, de « Jarhead » à « Starship Troopers », film qu’ils décrivent comme une mosaïque assumée de clichés du cinéma militaire.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- « Full Metal Jacket » : film de Stanley Kubrick sorti en 1987, sujet de l’épisode.
- R. Lee Ermey : ancien sergent instructeur des Marines, interprète de Hartman, qu’il rejoue dans « Fantômes contre fantômes ».
- « Fantômes contre fantômes » : film de Peter Jackson (1996).
- « Le Maître de guerre » (Heartbreak Ridge) : film de Clint Eastwood (1986), contrepoint du personnage de Hartman.
- « Les Douze Salopards » (Dirty Dozen) : film de Robert Aldrich (1967), avec Lee Marvin.
- « Gran Torino » (2008) et « Million Dollar Baby » (2004) : films de Clint Eastwood cités pour la figure du vieil homme dur.
- « Starship Troopers » : film de Paul Verhoeven (1997), cité pour ses clichés assumés.
- Les Simpson, « Bombinette Bob » : épisode de la saison 7 réalisé par Mark Kirkland (1995), cité dans la description.
- Nicolas Aubin : invité d’une précédente émission du podcast sur la culture des Marines.
Au fil de l’épisode
- 00:01:20 : présentation de la série sur les militaires marquants du cinéma
- 00:02:27 : le sergent Hartman, pire image du militaire à l’écran
- 00:03:28 : un personnage qui ne parle jamais avec sa propre voix
- 00:04:40 : un vrai sergent instructeur des Marines devant la caméra
- 00:05:19 : un corps de danseur et le long travelling de la confrontation
- 00:06:33 : un cliché repris par les films de guerre suivants
- 00:08:54 : faire des recrues « la guerre » : la désignation d’un souffre-douleur
- 00:10:10 : vrai ou faux méchant, le contrat de la haine
- 00:11:03 : souder un groupe contre quelqu’un, un jeu de rôle qui va trop loin
- 00:13:51 : la bascule du souffre-douleur et la mort de Hartman
- 00:15:08 : la justesse des codes des Marines, la scène du beignet
- 00:17:52 : avant Hartman, le sergent instructeur truculent
- 00:18:55 : « Les Douze Salopards » et Lee Marvin
- 00:20:14 : une violence sans finalité claire avant le Vietnam
- 00:22:15 : « Le Maître de guerre », le point de vue de l’instructeur
- 00:27:28 : la figure du vieil homme dur chez Clint Eastwood
- 00:29:27 : appel aux auditeurs, « Jarhead » et « Starship Troopers »
FAQ
Qui est le sergent Hartman dans « Full Metal Jacket » ?
C’est le sergent instructeur qui forme de jeunes recrues des Marines avant leur départ pour le Vietnam dans le film de Stanley Kubrick (1987). Pour Alexandre Jubelin et Simon Riaux, il incarne la pire image du militaire et de l’institution à l’écran, parce qu’on ne devine jamais d’humain derrière ses insultes.
Qui joue le sergent Hartman ?
Le rôle est tenu par R. Lee Ermey, lui-même sergent instructeur des Marines, d’abord conseiller de la production avant que Stanley Kubrick ne le choisisse. Selon l’épisode, ses scènes auraient demandé très peu de prises, et il a ensuite rejoué ce type de rôle, notamment dans « Fantômes contre fantômes » de Peter Jackson.
Quelle différence entre Hartman et le sergent du « Maître de guerre » ?
Les deux sergents sont très durs, mais « Le Maître de guerre » de Clint Eastwood est filmé du point de vue de l’instructeur, dont les excès sont présentés comme utiles et presque drôles. Chez Kubrick, la brutalité de Hartman paraît sans finalité claire et finit par se retourner contre lui.
Pourquoi la scène du beignet est-elle jugée si juste ?
Dans cette scène, toute la section fait des pompes parce qu’une recrue cachait un beignet dans son casier. Pour les deux interlocuteurs, elle montre avec précision comment l’instruction soude un groupe contre l’un des siens, un code des Marines que seul un conseiller issu de l’institution pouvait restituer aussi finement.
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