
Simon Riaux, critique cinéma et voix du podcast Réalisé sans trucage, ouvre avec Alexandre Jubelin un nouveau format du Collimateur consacré aux militaires de cinéma. Premier personnage choisi : le général Jack D. Ripper, dans Docteur Folamour de Stanley Kubrick (1964). Pour le critique, ce général qui lance seul l'escalade nucléaire est la matrice d'un cliché tenace, celui du haut gradé qui n'a qu'une réponse à toute crise. Les deux hommes suivent ce motif jusqu'aux films récents et le confrontent à l'actualité de la guerre entre les États-Unis et l'Iran.
Jack D. Ripper, la racine du général va-t-en-guerre
Dans ce premier épisode d’un nouveau format du Collimateur, Alexandre Jubelin reçoit le critique cinéma Simon Riaux, du podcast Réalisé sans trucage, pour parler d’un militaire de cinéma : le général Jack D. Ripper de Docteur Folamour (1964). Simon Riaux y voit l’incarnation première de ce qu’il appelle le « général va-t-en-guerre », ce haut gradé que l’on retrouve dans quantité de films et de séries, assis dans la Situation Room, et qui n’a qu’une solution à toute crise : frapper le plus fort possible. S’il l’a préféré à l’autre général du film, celui qui mâche sans cesse son chewing-gum et qui a été bien plus imité, c’est pour une tirade : face au capitaine Mandrake, Ripper renverse l’adage selon lequel la guerre serait une affaire trop importante pour être laissée aux généraux. À l’en croire, si les militaires lancent les premières ogives, le pouvoir politique ne pourra plus faire machine arrière. Simon Riaux relie ce discours au contexte de 1964, trois ans après la baie des Cochons, quand on reprochait à Kennedy d’avoir lâché les troupes engagées. Le critique suit ensuite la descendance de la figure, presque inchangée selon lui, de Starship Troopers à Couvre-feu et Mars Attacks!, où seuls la mise en scène et la musique en font une satire. Alexandre Jubelin s’arrête sur le préjugé qui la nourrit, l’idée que les militaires aiment la guerre, alors que, rappelle-t-il, quand un militaire fait la guerre, c’est lui qui meurt le premier.
La discussion rejoint l’actualité : Simon Riaux dit avoir vu ressurgir ce personnage dans le conflit entre les États-Unis et l’Iran, quand Alexandre Jubelin rappelle que, selon l’enquête du New York Times, ce sont plutôt les chefs militaires qui avaient mis en garde le pouvoir politique. Ils terminent sur le général d’A House of Dynamite de Kathryn Bigelow, version plus nuancée et plus stratégique du même personnage, et sur la sortie annoncée de Jupiter.
Pour aller plus loin
- Le podcast Réalisé sans trucage
- L’épisode du Collimateur sur Démineurs, avec Simon Riaux
- La grande draft des films de guerre
- La grande re-draft des films de guerre, épisode 2
- L’enquête du New York Times sur la décision de la guerre contre l’Iran
- Le site du Collimateur
Les références de l’épisode
- Docteur Folamour, Stanley Kubrick, 1964 : le film du général Jack D. Ripper, au centre de l’épisode.
- Starship Troopers, Paul Verhoeven, 1997 : une satire qui reprend le même type de général sans le modifier.
- Couvre-feu, Edward Zwick, 1998 : un militaire prêt à tout face à la menace d’attentats.
- Mars Attacks!, Tim Burton, 1996 : un général qui finit les armes à la main dans la Situation Room.
- A House of Dynamite, Kathryn Bigelow, 2025 : une version plus nuancée du général partisan de la riposte nucléaire immédiate.
- Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow, 2012 : cité par Simon Riaux comme le chef-d’œuvre possible de la réalisatrice.
- Jupiter, Alexandre Smia, 2026 : film annoncé sur l’apocalypse nucléaire vue de France, avec un président de la République face à ses généraux.
- Le New York Times : son enquête sur la décision américaine d’entrer en guerre contre l’Iran.
- Réalisé sans trucage : le podcast de cinéma de Simon Riaux.
Au fil de l’épisode
- 00:01:16 : lancement d’un nouveau format sur les militaires de cinéma, avec Simon Riaux comme invité récurrent
- 00:03:23 : le « général va-t-en-guerre », un cliché du cinéma de guerre
- 00:04:09 : le général Jack D. Ripper et son interprète dans Docteur Folamour
- 00:05:30 : la tirade sur la guerre trop sérieuse pour être laissée aux politiques
- 00:07:43 : l’arrière-plan de la baie des Cochons et la rancœur envers le pouvoir politique
- 00:09:47 : une figure qui circule de film en film sans évoluer
- 00:10:33 : de Starship Troopers à Couvre-feu et Mars Attacks!
- 00:11:23 : le préjugé selon lequel les militaires aiment la guerre
- 00:13:15 : la guerre entre les États-Unis et l’Iran vue à travers ce personnage
- 00:14:25 : l’enquête du New York Times et les relations entre civils et militaires
- 00:16:29 : le général d’A House of Dynamite, une version plus stratégique
- 00:17:43 : Kathryn Bigelow, entre Zero Dark Thirty et A House of Dynamite
- 00:19:58 : la sortie annoncée de Jupiter et la dissuasion vue de France
FAQ
Qui est le général Jack D. Ripper dans Docteur Folamour ?
C’est le général qui, dans le film de Stanley Kubrick sorti en 1964, déclenche seul l’escalade vers la guerre nucléaire. Pour Simon Riaux, il est la première incarnation réussie du général va-t-en-guerre, persuadé que si les militaires lancent les ogives, le pouvoir politique sera obligé de les suivre jusqu’au bout.
Pourquoi Simon Riaux choisit-il Ripper plutôt que l’autre général du film ?
L’autre général de Docteur Folamour, celui qui mâche son chewing-gum, a été beaucoup plus imité, mais Simon Riaux le juge trop ridicule pour avoir marqué durablement. Il retient Ripper pour sa tirade sur la guerre devenue trop sérieuse pour être laissée aux politiques, qui contient selon lui toute la mécanique mentale du cliché.
Quels films reprennent la figure du général va-t-en-guerre ?
Simon Riaux cite Starship Troopers de Paul Verhoeven, Couvre-feu d’Edward Zwick et Mars Attacks! de Tim Burton, où le personnage change très peu et ne devient satirique que par la mise en scène et la musique. Il voit dans A House of Dynamite de Kathryn Bigelow une version plus nuancée.
Les militaires sont-ils responsables de la guerre contre l’Iran selon l’épisode ?
Simon Riaux dit avoir pensé à ce personnage en suivant la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Alexandre Jubelin répond que, d’après l’enquête du New York Times, ce sont plutôt les chefs d’état-major qui avaient déconseillé l’opération, et que le politique a pris la main sur le militaire.
Anatomie de la violence de masse [Le Fil de l’épée #62]
23 Oct
MGCS, SCAF… L’heure des autopsies [Le Casque et la plume #22]
20 Oct
Super-soldats #3 : John Rambo et James Braddock dans « First Blood » (1982) et « Portés disparus » (1984)
18 Oct
Qu’est-ce qu’un centre de gravité ? [Penser la guerre #2]
16 Oct
Retours d’Ukraine #3 : une armée qui change, un arrière qui souffre
13 Oct
Penser le maintien de l’ordre en France aujourd’hui
9 Oct
Comment cartographier la guerre en Ukraine
6 Oct
Super-soldats #2 : le Sergent instructeur Hartman dans « Full Metal Jacket » (1987)
4 Oct
Un débarquement Kinmen à rien. Aux origines du conflit Chine/Taïwan [Le Fil de l’épée #61]
2 Oct
Yémen/mer Rouge : aux racines de la machine houthie
29 Sep
Opération Vivaldi : que s’est-il passé au nord de Lyman ? [Zone d’opérations #24]
25 Sep
Ce que le Jaguar a dans le ventre
22 Sep
Inde-Pakistan : quels équilibres stratégiques après l’opération Sindoor ?
23 Oct
La Hongrie : Entre continuités stratégiques et changement politique
22 Oct
La Roumanie : État pivot du flanc sud-est de l’OTAN
22 Oct
De la manette au treillis : la grande alliance du jeu vidéo et de la défense
19 Oct
Entretien avec le chef de la mission Pégase 26
19 Oct
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely
16 Oct
Lutte contre la désinformation
12 Oct
Taïwan : l’indispensabilité stratégique
30 Sep
Ces Français qui ont libéré l’Amérique
28 Sep
La pédagogie de l’IHEDN, une exigence d’excellence au service de la cohésion nationale
24 Sep
Sandra Chenu Godefroy : « La photographie documentaire conserve une valeur particulière »
24 Sep
1826 – 2026 : Quand la photographie raconte la guerre
24 Sep
