
Critique de cinéma, Simon Riaux retrouve Alexandre Jubelin dans Le Collimateur pour une série sur les super-soldats du cinéma. Il confronte deux vétérans du Vietnam : John Rambo, homme brisé de First Blood, et le colonel James Braddock incarné par Chuck Norris dans Portés disparus, film qu'il juge porté par la logique de l'ère Reagan. Puis il suit leurs héritiers, de Taken à John Wick, et interroge l'influence de ces figures sur l'image réelle des anciens des forces spéciales.
Deux vétérans du Vietnam, deux visions
Dans Le Collimateur, Alexandre Jubelin reçoit le critique de cinéma Simon Riaux (Réalisé sans trucage) pour le troisième volet d’une série consacrée aux super-soldats du cinéma. Il s’intéresse à la figure du soldat de retour, marqué par une opération extérieure, qui reprend le combat. Il la décline en deux personnages venus du même conflit : John Rambo dans First Blood (1982), homme brisé, rejeté par une société américaine en plein déni, toujours présenté « en souffrance », et le colonel James Braddock, joué par Chuck Norris dans Portés disparus (1984), ancien prisonnier qui retourne au Vietnam libérer ses compagnons. Pour Simon Riaux, ce second film est « le miroir inversé de Rambo » et revendique d’emblée la logique de l’ère Reagan, jusqu’à reprendre un discours de Ronald Reagan : de la « pure propagande ». Il suit ensuite les héritiers de ces deux figures, qui réapparaissent en 2008 avec John Rambo et Taken, puis se confondent dans les films de Jason Statham, The Equalizer avec Denzel Washington, The Gunman ou Safe House. Ancien militaire ou ancien de la CIA y jouent, selon lui, exactement le même rôle.
Le critique voit dans ces personnages des super-héros à moindre coût, à une époque où les effets spéciaux ne permettaient pas encore les films de super-héros. Il retrace aussi les révolutions du combat à l’écran, de Die Hard 3 à John Wick, et s’interroge sur l’influence de ces clichés sur l’image des anciens des forces spéciales.
Simon Riaux nous recommande…
The Raid, Gareth Evans (2011) : un film « dont on parle trop peu », qui a selon lui révolutionné la représentation du combat rapproché et reste « absolument ébouriffant ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- First Blood (Ted Kotcheff, 1982) : le premier Rambo, que Simon Riaux distingue nettement des suites.
- Portés disparus (Missing in Action, Joseph Zito, 1984) : Chuck Norris en colonel James Braddock, vétéran du Vietnam.
- John Rambo : le quatrième film de la saga, le seul selon lui à renouer avec la philosophie du premier.
- Taken (Pierre Morel, 2008) : présenté comme la mise à jour du personnage de Chuck Norris.
- Transporter, The Beekeeper, The Equalizer, The Gunman et Safe House : déclinaisons de l’ancien militaire ou de l’ancien agent qui reprend du service.
- Les 4 Fantastiques (produit par Roger Corman, 1994) : exemple des tentatives de films de super-héros sans les moyens techniques.
- Commando (Mark L. Lester, 1985) : écarté pour l’instant, il aura droit à sa propre catégorie.
- The Raid, Jason Bourne et Matrix : les films qui ont changé la façon de filmer le combat.
- Die Hard 3 (John McTiernan, 1995) : premier usage de la caméra secouée dans une scène d’action, selon le critique.
- John Wick : saga née de deux anciens coordinateurs de cascades, avec un héros proche de John Rambo.
- 13 Hours (Michael Bay, 2016) : cité à propos de l’image des sociétés militaires privées.
Au fil de l’épisode
- 00:01:20 : présentation de l’émission et de Simon Riaux
- 00:02:25 : la figure du soldat de retour d’une opération extérieure
- 00:02:50 : John Rambo, un homme brisé au centre d’un déni de la société américaine
- 00:03:39 : Chuck Norris et le colonel James Braddock dans Portés disparus
- 00:04:32 : Portés disparus, la bande-annonce en version française
- 00:06:14 : le miroir inversé de Rambo
- 00:06:57 : un film de propagande de l’ère Reagan
- 00:08:15 : John Rambo renoue avec le premier film
- 00:09:09 : Taken, mise à jour du personnage de Chuck Norris
- 00:10:42 : la fusion des deux figures, de Jason Statham à The Equalizer
- 00:11:26 : ancien militaire ou ancien de la CIA, même rôle dans la fiction
- 00:12:55 : des super-héros sans effets spéciaux
- 00:13:31 : les tentatives de Roger Corman au début des années 80
- 00:14:40 : la réplique de Taken comme annonce d’un super-pouvoir
- 00:15:32 : les révolutions du combat à l’écran, The Raid et Jason Bourne
- 00:16:24 : la caméra secouée et la recherche de crédibilité
- 00:17:09 : Die Hard 3 et la caméra qui tremble
- 00:18:13 : John Wick, revanche des coordinateurs de cascades
- 00:19:22 : John Wick, même personnage que John Rambo ?
- 00:20:29 : le cliché de l’ancien des forces spéciales expert en combat à mains nues
- 00:20:56 : l’influence du cinéma sur ceux qui s’engagent
- 00:21:27 : les influenceurs anciens des forces spéciales et 13 Hours
FAQ
Quelle différence entre John Rambo et James Braddock selon Simon Riaux ?
Tous deux sont des vétérans du Vietnam qui retournent au combat. Mais Rambo reste, même dans les suites, un homme en souffrance qui porte sa croix, tandis que Braddock, joué par Chuck Norris dans Portés disparus, est peu sensible au doute. Pour Simon Riaux, le film de 1984 revendique d’emblée la logique de l’ère Reagan et relève de la propagande.
Pourquoi le soldat de retour est-il un super-héros selon l’épisode ?
Selon Simon Riaux, au début des années 1980, les effets spéciaux ne permettaient pas de faire des films de super-héros. Le cinéma d’action a donc créé des figures surhumaines à partir de soldats ou d’anciens agents. Il cite la réplique de Taken sur des « compétences très particulières », qu’il compare à l’annonce d’un super-pouvoir.
Comment la représentation du combat a-t-elle changé au cinéma ?
Le critique décrit plusieurs révolutions : la caméra qui tremble apparue dans Die Hard 3 puis poussée à l’extrême dans la trilogie Jason Bourne, puis The Raid, qui a marqué les professionnels. John Wick, réalisé par d’anciens coordinateurs de cascades, revient à des plans qui laissent voir la chorégraphie des combats.
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