
Le général de division aérienne Vincent Breton, directeur de l'École de guerre, analyse pour l'IHEDN, dans Les Lundis de l'IHEDN, l'évolution de la guerre en Ukraine quatre ans après l'invasion russe à grande échelle. Il retrace les phases du conflit, décrit un front devenu transparent sous l'œil des drones et des frappes de plus en plus lointaines, compare l'usure des deux camps et en tire cinq besoins pour les armées occidentales, de la cohésion nationale à la capacité d'innovation.
Quatre ans de guerre en Ukraine vus par le directeur de l’École de guerre
Le général de division aérienne Vincent Breton, directeur de l’École de guerre depuis août 2025 et ancien directeur du Centre interarmées de concepts, de doctrine et d’expérimentation, analyse pour l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), dans un entretien lu des Lundis de l’IHEDN, quatre ans de guerre à grande échelle en Ukraine. Il distingue quatre phases : l’annexion de la Crimée et la déstabilisation du Donbass à partir de 2014, l’invasion du 24 février 2022 décidée selon lui sur des renseignements biaisés, la stabilisation du front derrière une ligne de défense russe multicouche entre novembre 2022 et septembre 2023, puis une progression russe laborieuse, d’environ 5 000 km² par an en 2024 et en 2025. Il juge le bilan « calamiteux » pour la Russie, qui contrôle moins de 20 % du territoire ukrainien, et cite des estimations d’environ 1,2 million de pertes russes ainsi que l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN. Il décrit une zone grise d’une vingtaine de kilomètres autour du front, rendue presque transparente par les drones, chaque camp en consommant environ 10 000 par jour, des frappes russes dans la profondeur multipliées par 12 entre 2022 et 2025, à plus de 90 % par des drones à longue portée, et des frappes ukrainiennes visant raffineries et dépôts de carburant. Selon lui, une certaine parité militaire s’est installée : l’Ukraine tient par la détermination de sa population, le soutien budgétaire européen et une production nationale qui fournit près de la moitié de ses équipements, quand la Russie, plus peuplée, montre des signes d’essoufflement et s’enfonce dans une situation économique où toutes les options sont mauvaises. Il ne croit pas le char obsolète, la guerre restant statique, et estime qu’aucun des deux camps ne dispose de la supériorité aérienne.
Il en tire cinq tendances et cinq besoins pour les armées occidentales : forces morales et cohésion nationale, qualité du commandement, masse et technologie, profondeur stratégique et capacité d’adaptation, et appelle à se préparer à une nouvelle agression russe contre un pays européen d’ici trois ou quatre ans.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- École de guerre : l’école qui forme les officiers supérieurs des armées françaises, que dirige l’invité.
- BBC : décompte nominatif, avec un média indépendant, des soldats russes morts en Ukraine, cité par l’invité.
- Étude d’un centre de recherche américain : elle estime à environ 1,2 million les pertes russes depuis février 2022.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation du général Vincent Breton
- 00:01:32 : les quatre phases de la guerre
- 00:04:03 : un bilan calamiteux pour la Russie
- 00:05:36 : un conflit long mais pas gelé, la zone grise et les drones
- 00:06:39 : un champ de bataille transparent
- 00:08:36 : les frappes dans la profondeur
- 00:10:02 : l’économie de guerre des deux belligérants
- 00:13:34 : le char d’assaut est-il obsolète ?
- 00:14:35 : l’aviation et la supériorité aérienne
- 00:15:27 : l’usure morale et physique des combattants
- 00:17:18 : cinq tendances et cinq besoins pour les armées occidentales
FAQ
Qui est le général Vincent Breton ?
Le général de division aérienne Vincent Breton dirige depuis août 2025 l’École de guerre, qui forme les officiers supérieurs des armées françaises et des officiers étrangers. Il a auparavant dirigé pendant trois ans le Centre interarmées de concepts, de doctrine et d’expérimentation. Pilote de transport, il totalise 6 500 heures de vol, dont 132 missions de guerre.
Pourquoi la Russie ne parvient-elle pas à l’emporter en Ukraine ?
Selon le général Vincent Breton, la Russie a sous-estimé la résistance ukrainienne et la transformation de l’armée ukrainienne depuis 2014, et ses forces étaient mal préparées et mal commandées. Elle ne progresse que d’environ 5 000 km² par an, au prix de pertes très lourdes, face à une population ukrainienne mobilisée et à un soutien européen massif.
Le char d’assaut est-il devenu obsolète ?
Le général ne le croit pas. Il reconnaît qu’en Ukraine les chars et tous les véhicules ne peuvent plus évoluer dans la zone grise qui entoure le front, tant les drones les rendent vulnérables. Mais la guerre y reste statique : dans une guerre de mouvement, les chars peuvent redevenir indispensables, et ils restent utiles face à des adversaires militairement inférieurs.
Quelles leçons les armées occidentales doivent-elles tirer de la guerre en Ukraine ?
Le directeur de l’École de guerre identifie cinq besoins : des forces morales et une cohésion nationale solides, un commandement de qualité, la masse associée à la technologie, avec plus de capacités à bas coût, une profondeur stratégique fondée sur la solidarité européenne et des stocks reconstituables, et une capacité d’innovation rapide, notamment dans les drones et la guerre électromagnétique.
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