
Le lieutenant-colonel Laurent Nerich, de l'Observatoire des conflits du Commandement du combat futur de l'armée de Terre, revient avec Alexandre Jubelin sur la place de Starlink dans la guerre en Ukraine. Communications tactiques, pilotage de robots, images de drones : l'armée ukrainienne en dépend largement. Il raconte aussi la coupure imposée aux forces russes en février 2026, ce qu'elle a permis sur le front et la question qu'elle pose aux armées françaises.
Starlink, l’outil dont dépend le front ukrainien
Le lieutenant-colonel Laurent Nerich, de l’Observatoire des conflits au sein du Commandement du combat futur de l’armée de Terre, explique au micro d’Alexandre Jubelin comment la constellation Starlink s’est imposée sur le champ de bataille ukrainien. Des milliers de terminaux sont utilisés dès 2022 par les forces ukrainiennes. Leur premier usage, selon lui, ce sont les communications tactiques entre postes de commandement et unités : elles contournent un spectre saturé de brouilleurs qui visent surtout la VHF, répondent aux problèmes de distance et réduisent le risque d’être localisé. Starlink sert aussi à piloter une partie des quelque 12 000 robots terrestres déployés fin 2025, à relayer les images des drones vers les postes de commandement et à l’ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance). Il revient enfin sur la coupure de février 2026 : après l’achat clandestin de terminaux par les Russes pour guider des drones de frappe dans la profondeur, une liste blanche a privé l’armée russe d’accès au-dessus de l’Ukraine. Désorganisées, ses unités ont offert une fenêtre aux Ukrainiens, qui ont repris environ 400 km² avec des pertes limitées et mené des opérations d’hameçonnage contre des unités russes.
Pour l’officier, c’est « un fusil à un coup » plutôt qu’une sortie du blocage tactique, et l’épisode pose une question aux armées françaises : sans renoncer aux solutions commerciales, garder un cœur de souveraineté, hybrider les réseaux et entraîner les unités au commandement par l’intention.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Starlink : constellation satellitaire d’Elon Musk, qui a atteint 10 000 satellites selon l’épisode.
- Observatoire des conflits du Commandement du combat futur : auteur de la note de recherche dont l’épisode est tiré.
- OneWeb : constellation citée parmi les solutions européennes qui s’accélèrent.
- Telegram : coupure décidée par l’administration présidentielle russe dans la même période, qui a peut-être davantage gêné les unités russes.
- Exercice Orion : exercice de l’armée française où de nombreuses capacités satellitaires ont été employées.
Au fil de l’épisode
- 00:01:20 : présentation de la série de retours d’expérience avec le Commandement du combat futur
- 00:02:32 : l’arrivée de Starlink en Ukraine dès 2022
- 00:03:24 : les communications tactiques face au brouillage
- 00:05:24 : le pilotage des robots terrestres
- 00:06:35 : l’ISR et le relais des images de drones vers les postes de commandement
- 00:06:57 : pourquoi Starlink est difficile à brouiller
- 00:07:46 : les alternatives et les limites des satellites géostationnaires
- 00:08:34 : les relations entre Elon Musk et l’Ukraine
- 00:09:44 : l’utilisation clandestine de Starlink par les forces russes
- 00:11:34 : la coupure de février 2026 et la liste blanche
- 00:12:23 : la désorganisation russe et la contre-offensive ukrainienne
- 00:13:16 : les opérations d’hameçonnage des unités cyber ukrainiennes
- 00:13:42 : une sortie du blocage tactique ?
- 00:14:48 : la coupure de Telegram côté russe
- 00:15:52 : le blocage opératif et le manque de réserves
- 00:16:24 : l’armée française pourrait-elle se passer de Starlink ?
- 00:18:08 : l’État stratège et l’exemple de l’arme atomique
- 00:18:32 : l’hybridation des réseaux
- 00:19:01 : l’entraînement au commandement par l’intention
- 00:20:42 : une dépendance durable à Starlink ?
- 00:22:02 : les capacités françaises existantes et l’exercice Orion
FAQ
À quoi sert Starlink dans l’armée ukrainienne ?
D’après le lieutenant-colonel Laurent Nerich, Starlink sert d’abord aux communications tactiques entre postes de commandement et unités, là où le brouillage bloque la VHF. Il permet aussi de piloter des robots terrestres à longue distance, de transmettre au poste de commandement les images recueillies par les dronistes et de mener des missions de renseignement, surveillance et reconnaissance.
Pourquoi Starlink est-il difficile à brouiller ?
Selon l’officier, les brouilleurs tactiques employés sur le front visent des gammes de fréquences comme la VHF, qui ne sont pas celles de la communication satellitaire. Brouiller un signal satellite demande des moyens beaucoup plus sophistiqués, si bien que Starlink reste peu brouillable avec les moyens actuels. Les outils russes de guerre électronique cherchent en outre des émissions militaires, pas des flux Starlink.
Que s’est-il passé lors de la coupure de Starlink aux Russes en février 2026 ?
Les forces russes s’étaient procuré des terminaux par des réseaux clandestins, surtout pour guider des drones de frappe dans la profondeur. Début février 2026, une liste blanche a imposé à chaque utilisateur au-dessus de l’Ukraine de s’identifier, coupant de fait les Russes. Selon le lieutenant-colonel Laurent Nerich, les Ukrainiens en ont profité pour reprendre environ 400 km².
La France pourrait-elle se passer de Starlink ?
Pour le lieutenant-colonel Laurent Nerich, il ne faut pas opposer solutions commerciales et souveraines : les performances de Starlink sont inégalées, mais un cœur de souveraineté reste impératif. Il existe déjà, rappelle-t-il, et s’y ajoutent l’hybridation des réseaux, l’entraînement au commandement par l’intention et les efforts européens comme OneWeb.
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