
Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue Conflits, analyse la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska et ce qu'elle annonce pour la guerre en Ukraine. En changeant d'échelle, historique puis géographique, il soutient que la Russie a à la fois gagné et perdu : maîtresse d'environ 20 % du territoire ukrainien, elle aurait perdu le Caucase du Sud et l'Asie centrale. Il voit se dessiner une Ukraine partagée, proche d'un projet franco-britannique de 1918.
Gagner l’Ukraine, perdre l’étranger proche
Dans cette émission de la revue Conflits, Jean-Baptiste Noé tire un bref bilan du sommet entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska, qui n’a pas mis fin à la guerre en Ukraine mais qu’il présente à la fois comme l’aboutissement de plusieurs échanges téléphoniques préparatoires et comme un point de départ. Il relève le soin de la mise en scène à l’aéroport d’Anchorage, avec avions présidentiels, tapis rouge, chasseurs F-35 et bombardier B2, qui évoque selon lui le décorum d’une nouvelle guerre froide, ainsi que l’absence des Européens et du président Zelensky. Sa thèse : la Russie a à la fois gagné et perdu la guerre, selon l’échelle retenue. À l’échelle ukrainienne, elle contrôle environ 20 % du territoire, dont l’accès à la mer Noire et la continuité entre la Crimée et le Donbass. Mais si l’on fait commencer la guerre en 2014, avec la prise de la Crimée puis le soulèvement séparatiste soutenu par Moscou, ses gains de trois ans de guerre ouverte se réduisent, selon lui, à Marioupol et à quelques territoires au nord du Donbass. Il compare ce bilan aux trois années qui ont mené l’Armée rouge jusqu’à Berlin.
À l’échelle régionale, il estime que la Russie a perdu le Caucase du Sud, avec le traité de paix signé à Washington par l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ainsi que l’Asie centrale, et qu’elle a cessé d’être l’égale de la Chine. Il voit enfin se dessiner une Ukraine coupée en deux, proche d’un projet franco-britannique de 1918.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Le sommet d’Alaska : la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine à Anchorage.
- Le ministre russe des Affaires étrangères : arrivé la veille du sommet dans un vêtement marqué URSS, un geste que l’animateur lit comme une provocation réussie.
- La prise de la Crimée en 2014 : le point de départ de la guerre selon l’animateur.
- Le traité de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan : signé à Washington, lu comme une éviction de la Russie du Caucase du Sud.
- Le pacte germano-soviétique : rappelé pour comparer l’Armée rouge de 1942-1945 et l’armée russe d’aujourd’hui.
- Le projet de Grande Pologne de 1918 : le projet franco-britannique d’État tampon, auquel l’animateur compare la ligne de front actuelle.
Au fil de l’épisode
- 00:00:43 : un sommet qui n’a pas mis fin à la guerre
- 00:01:14 : une rencontre préparée et une mise en scène soignée
- 00:01:50 : le décorum d’une nouvelle guerre froide
- 00:02:56 : l’éviction des Européens et du président ukrainien
- 00:03:28 : la Russie a-t-elle gagné ou perdu la guerre
- 00:04:33 : 20 % du territoire ukrainien sous contrôle russe
- 00:05:10 : une guerre qui commence en 2014
- 00:06:45 : des gains territoriaux minimes en trois ans
- 00:07:16 : la comparaison avec l’Armée rouge
- 00:08:29 : le traité de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan
- 00:09:22 : la perte du Caucase du Sud et de l’Asie centrale
- 00:10:20 : une Russie plus européenne et moins asiatique
- 00:10:58 : le retour d’un projet franco-britannique de 1918
FAQ
Que retenir du sommet entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska ?
Selon Jean-Baptiste Noé, le sommet n’a pas mis fin à la guerre en Ukraine, mais il aboutit à des échanges préparatoires et ouvre une nouvelle étape. Il souligne une mise en scène qui évoque une nouvelle guerre froide et l’absence des Européens et du président ukrainien, alors que leur accord sera nécessaire pour signer la paix.
Pourquoi Jean-Baptiste Noé dit-il que la Russie a gagné et perdu la guerre ?
Parce que tout dépend de l’échelle. À l’échelle ukrainienne, la Russie contrôle environ 20 % du territoire. Mais si l’on fait débuter la guerre en 2014, ses gains récents se limitent selon lui à Marioupol et à quelques zones, tandis qu’elle a perdu son influence dans le Caucase du Sud et en Asie centrale.
Quel lien entre la guerre en Ukraine et le Caucase du Sud ?
D’après l’émission, pendant que la Russie concentrait ses efforts sur l’Ukraine, l’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont éloignés d’elle et ont signé un traité de paix à Washington. Jean-Baptiste Noé y voit une défaite russe dans une zone d’influence ancienne, qui coûte à Moscou un accès important à la mer Caspienne.
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