
Dans Conflits, géopolitique, Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue Conflits, revient sur la reprise de la guerre au Tigré, région sécessionniste du nord de l'Éthiopie, quatre ans après l'accord de Pretoria. À partir de deux cartes, il montre ce qui se joue derrière les combats : un pays de 120 millions d'habitants privé d'accès à la mer, la rivalité entre Addis-Abeba et Asmara, le corridor de Djibouti, et une Corne de l'Afrique qu'il décrit comme la nouvelle poudrière du continent.
Le Tigré, verrou de l’accès à la mer
Dans cette chronique de Conflits, Jean-Baptiste Noé analyse la reprise de la guerre au Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, et explique pourquoi ce conflit dont on parle peu engage toute la Corne de l’Afrique. Selon lui, les combats ont repris le 1er août 2026 à la frontière entre le Tigré et le reste de l’Éthiopie, avant de s’intensifier à partir du 23 septembre autour de Mekele, la capitale régionale. À l’enregistrement, le 1er octobre, les forces tigréennes contrôlent trois aéroports régionaux, dont celui de Mekele, et l’armée fédérale répond par des frappes de drones. Les affrontements débordent vers les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar. Il rappelle le bilan de la première guerre du Tigré, estimé à plus de 600 000 morts en deux ans, conclue par les accords de Pretoria signés en novembre 2022 sous l’égide de l’Union africaine. Pour lui, cette paix n’a jamais été appliquée : les troupes érythréennes ne se sont pas retirées et le Tigré occidental est resté occupé par des milices amhara, avec un million de déplacés exposés au choléra et au paludisme dans les camps. Le fond de l’affaire, insiste-t-il, est l’accès à la mer : depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie est enclavée, et son Premier ministre a qualifié en octobre 2023 l’accès à la mer Rouge de « nécessité existentielle ». Le protocole signé début 2024 avec le Somaliland, reconnaissance contre débouché côtier, n’a pas abouti. « Qui contrôle le Tigré contrôle une partie de l’accès à la mer », résume-t-il, d’où la rivalité entre Addis-Abeba et Asmara et le déplacement des combats vers l’est, là où passe le corridor de Djibouti, par lequel transite la quasi-totalité du commerce extérieur éthiopien.
La seconde carte élargit le regard : hauts plateaux chrétiens à plus de 2 000 mètres, est à majorité musulmane sunnite, industrie textile tournée vers l’Europe via Djibouti avec des entreprises turques et chinoises, guerre civile au Soudan depuis 2023 et différend avec l’Égypte autour du grand barrage de la Renaissance. Il plaide pour une lecture à plusieurs échelles, nationale, régionale et mondiale, et rappelle que la mer Rouge est un accès essentiel pour l’Europe.
Les références de l’épisode
- Accords de Pretoria : signés en novembre 2022 en Afrique du Sud sous l’égide de l’Union africaine, ils avaient mis un terme provisoire à la première guerre du Tigré.
- Protocole Éthiopie Somaliland : signé début 2024, il prévoyait une reconnaissance du Somaliland en échange d’un débouché maritime pour l’Éthiopie.
- Corridor de Djibouti : la route par laquelle transite la quasi-totalité du commerce extérieur éthiopien.
- Grand barrage de la Renaissance : le projet éthiopien sur un affluent du Nil, source d’énergie et d’eau, auquel l’Égypte est hostile.
- Guerre au Soudan : guerre civile en cours depuis 2023, dans laquelle l’Érythrée et l’Éthiopie soutiennent des camps opposés selon l’animateur.
- Revue Conflits : la revue de géopolitique dirigée par Jean-Baptiste Noé, qui produit le podcast.
Au fil de l’épisode
- 00:00:43 : présentation du sujet, la guerre revient au Tigré
- 00:01:15 : quatre ans après l’accord de Pretoria, l’offensive tigréenne et la prise de trois aéroports
- 00:01:50 : première carte, situation du Tigré et chronologie des combats depuis le 1er août 2026
- 00:03:47 : le bilan de la première guerre et les accords de Pretoria
- 00:04:22 : le protocole avec le Somaliland et l’enjeu de l’accès à la mer
- 00:06:10 : la volonté d’indépendance du Tigré et la rivalité entre Addis-Abeba et Asmara
- 00:07:23 : le corridor de Djibouti, cordon ombilical d’un pays de 120 millions d’habitants
- 00:08:58 : une paix jamais appliquée, troupes érythréennes et déplacés
- 00:10:42 : seconde carte, hauts plateaux et répartition religieuse
- 00:12:09 : les vagues d’indépendance de la région et l’enclavement de l’Éthiopie
- 00:13:27 : Djibouti, port de l’Éthiopie, et l’industrie textile
- 00:15:02 : la guerre au Soudan et le grand barrage de la Renaissance
- 00:16:51 : une analyse à plusieurs échelles et la Corne de l’Afrique comme poudrière
FAQ
Pourquoi la guerre a-t-elle repris au Tigré en 2026 ?
Selon Jean-Baptiste Noé, la paix signée à Pretoria en novembre 2022 n’a jamais été appliquée : les troupes érythréennes ne se sont pas retirées, le Tigré occidental est resté occupé et la région veut aller au-delà de son autonomie, jusqu’à l’indépendance. Les combats ont repris le 1er août 2026 puis se sont intensifiés fin septembre.
Pourquoi l’accès à la mer est-il vital pour l’Éthiopie ?
Depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie n’a plus de côte. Pour ce pays de 120 millions d’habitants, dont l’industrie textile exporte vers l’Europe, le commerce passe presque entièrement par le corridor de Djibouti. Son Premier ministre a qualifié en octobre 2023 l’accès à la mer Rouge de nécessité existentielle.
Qu’est-ce que le protocole entre l’Éthiopie et le Somaliland ?
Signé début 2024, ce protocole prévoyait que l’Éthiopie reconnaisse le Somaliland en échange d’un débouché sur la côte. Jean-Baptiste Noé explique qu’il était vu comme une façon possible de résoudre le conflit, mais qu’il n’est pas allé à son terme, notamment à cause de la volonté d’indépendance du Tigré.
En quoi la guerre au Tigré concerne-t-elle l’Europe ?
D’après l’animateur, la Corne de l’Afrique borde la mer Rouge, accès essentiel pour l’Europe. Les guerres au Tigré et au Soudan, l’instabilité de la Somalie et le différend sur le grand barrage de la Renaissance déstabilisent une région où seule Djibouti reste à peu près stable, avec la Turquie et la Chine fortement impliquées.
Le Vatican insolite – Caroline Pigozzi
23 Oct
Géopolitique de Paris
20 Oct
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely
16 Oct
Atlas Conflits : un atlas pour décrypter le monde – Jean-Baptiste Noé
13 Oct
Indice Conflits de la défense
9 Oct
Alexis de Tocqueville et la guerre
2 Oct
Venezuela : terrain de chasse des États-Unis
29 Sep
Le mythe des Trente glorieuses
25 Sep
Italie : un pays, des investissement
22 Sep
Maroc, le défi de la puissance – Abdemalek Alaoui
18 Sep
La France : richesse et pauvreté
15 Sep
Léon XIII : le pape politique
11 Sep
Inde-Pakistan : quels équilibres stratégiques après l’opération Sindoor ?
23 Oct
La Hongrie : Entre continuités stratégiques et changement politique
22 Oct
La Roumanie : État pivot du flanc sud-est de l’OTAN
22 Oct
Gaza : dialogue entre un humanitaire et une rabbine. Avec Jean-François Corty et Nava Hefetz | Entretiens géopo
21 Oct
MGCS, SCAF… L’heure des autopsies [Le Casque et la plume #22]
20 Oct
Echo – Episode 102 #2: ASPIDES : Immersion au coeur d’une opération européenne en mer Rouge
15 Oct
La Chine a-t-elle plié le match ? Avec Sylvie Bermann | Entretiens géopo
14 Oct
Retours d’Ukraine #3 : une armée qui change, un arrière qui souffre
13 Oct
Combattants africains en Ukraine : enquête auprès de prisonniers
12 Oct
Echo – Episode 102 #1: ASPIDES : Immersion au coeur d’une opération européenne en mer Rouge
8 Oct
Mensonges des médias, colère des citoyens. Avec Denis Robert | Entretiens géopo
7 Oct
Un débarquement Kinmen à rien. Aux origines du conflit Chine/Taïwan [Le Fil de l’épée #61]
2 Oct
