
L'enseigne de vaisseau Benjamin, membre de l'équipage du porte-hélicoptère amphibie Mistral, raconte à Alexandre Jubelin, dans Le Collimateur, une opération contre le narcotrafic menée au large des côtes africaines pendant la mission Jeanne d'Arc 2025. De l'alerte au repérage nocturne par hélicoptère, du raid en embarcations à l'enquête de pavillon et à la fouille des cales, il détaille chaque étape d'une saisie de cocaïne en eaux internationales, et explique pourquoi l'équipage du navire a pu reprendre sa route.
Une saisie de cocaïne au large de l’Afrique
Dans ce numéro de « Dans le viseur », le format de récit d’opérations du Collimateur, Alexandre Jubelin interroge l’enseigne de vaisseau Benjamin, membre de l’équipage du porte-hélicoptère amphibie Mistral, sur une opération de lutte contre le narcotrafic menée pendant la mission Jeanne d’Arc 2025. L’épisode a été enregistré à bord, au printemps, en Atlantique Nord. L’officier raconte comment le Mistral, peu après une escale à Abidjan, fin février ou début mars, est alerté par un organisme de renseignement basé au Portugal de la présence possible d’un navire transportant de la drogue. Il faut d’abord le retrouver « au milieu de l’immensité de l’océan Atlantique » sans être repéré : des vols d’hélicoptère de nuit permettent de le localiser, puis les embarcations sont mises à l’eau à une vingtaine de nautiques de la cible. Après 1 h 15 à 1 h 20 de navigation, guidée par hélicoptère, l’équipe de visite (12 marins tirés de la brigade de protection du bord, fusiliers marins et volontaires de toutes spécialités, du cuisinier au mécanicien) monte à bord au petit matin d’un vieux remorqueur d’une dizaine de mètres. Les six hommes d’équipage, surpris, ne résistent pas. L’enquête de pavillon établit que le navire relève du Guyana ; il faut attendre plusieurs heures l’autorisation de cet État, obtenue par la voie diplomatique, avant de fouiller. Les tests virent au bleu : selon l’officier, 259 ballots de 25 kilos de cocaïne sont sortis des cales, pour une valeur qu’il estime à 370 millions d’euros. Cinq élèves officiers ont participé à l’opération.
L’enseigne de vaisseau détaille aussi la procédure dite de dissociation : la drogue est saisie, pesée et consignée dans des procès-verbaux signés par le capitaine, mais ni le bateau ni l’équipage ne sont retenus, ce qui obligerait à dérouter le Mistral et à interrompre la mission. Les identités sont transmises au Guyana.
Les références de l’épisode
- Mistral : porte-hélicoptère amphibie de la Marine nationale, à bord duquel l’épisode a été enregistré.
- Mission Jeanne d’Arc 2025 : déploiement qui sert d’école d’application aux élèves officiers en fin de scolarité à l’École navale.
- École navale : école de formation des officiers de marine dont les élèves embarquent pour la mission Jeanne d’Arc.
- Brigade de protection : groupe d’une vingtaine de marins du bord dans lequel est choisie l’équipe de visite.
Au fil de l’épisode
- 00:00:42 : un épisode enregistré à bord du Mistral pendant la mission Jeanne d’Arc
- 00:03:11 : l’alerte sur un possible cas de narcotrafic après l’escale à Abidjan
- 00:05:35 : repérer le navire sans être vu, les vols d’hélicoptère de nuit
- 00:07:26 : la mise à l’eau des embarcations et le raid nautique
- 00:10:16 : la composition de l’équipe de visite et de la brigade de protection
- 00:12:09 : la montée à bord et la sécurisation du navire
- 00:13:34 : l’enquête de pavillon et l’autorisation demandée au Guyana
- 00:18:04 : la fouille des cales et les premiers tests de cocaïne
- 00:20:57 : la participation des élèves officiers
- 00:22:34 : la dissociation, saisir la drogue sans retenir le bateau ni l’équipage
FAQ
Comment la Marine nationale retrouve-t-elle un navire suspect en haute mer ?
Selon l’enseigne de vaisseau Benjamin, le Mistral reçoit d’abord des renseignements d’un organisme basé au Portugal, puis calcule les routes possibles du navire. Des hélicoptères effectuent ensuite des vols de nuit pour le localiser sans être repérés, afin que l’équipage suspect n’ait pas le temps de se débarrasser de sa cargaison avant l’arrivée des marins.
Qu’est-ce qu’une enquête de pavillon ?
C’est la première étape d’un contrôle en eaux internationales, décrite dans l’épisode : l’équipe monte à bord, interroge le capitaine, vérifie le journal de navigation et la cargaison déclarée, et établit de quel État relève le navire. La fouille complète n’est possible qu’avec l’autorisation de cet État du pavillon, ici le Guyana.
Pourquoi l’équipage du navire saisi n’a-t-il pas été arrêté ?
L’officier explique que la Marine a appliqué la dissociation : la drogue est saisie et consignée par procès-verbal, mais le bateau et son équipage reprennent leur route. Les retenir aurait obligé à dérouter le Mistral vers un pays acceptant de les prendre en charge et à interrompre la mission. Leurs identités ont été communiquées au Guyana.
Quel rôle ont joué les élèves officiers de la mission Jeanne d’Arc ?
Cinq élèves officiers ont accompagné l’équipe de visite. Une fois le navire sécurisé, l’enseigne de vaisseau Benjamin les a autorisés à monter à bord, et ils ont suivi l’enquête de pavillon puis la fouille. Pour lui, cette première opération réelle les met directement dans le bain, la priorité restant toujours à l’opérationnel.
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