
Le chef d'escadrons Olivier, officier de cavalerie aujourd'hui à l'École de guerre-Terre, raconte au micro d'Alexandre Jubelin son mandat de capitaine à Kidal, dans le nord du Mali, en 2020 et 2021. Avec environ 150 soldats, loin de tout renfort, il devait « mettre un couvercle sur la casserole » pendant que son régiment combattait plus au sud. Harcèlements, attaque au mortier, véhicules lancés sur les barrages : il détaille comment son unité a repris l'initiative sans perdre un homme.
Un couvercle sur la casserole
Dans ce récit d’opération de la série « Dans le viseur », réalisé en partenariat avec l’École de guerre-Terre, Alexandre Jubelin reçoit le chef d’escadrons Olivier, officier de cavalerie issu des chasseurs, qui raconte les cinq mois et demi passés à Kidal, dans le nord du Mali, entre 2020 et 2021. Capitaine à l’époque, il commande un sous-groupement d’environ 150 personnes, sans engins à canon ni hélicoptère sur place, à quelque 350 kilomètres de Gao, soit deux jours de convoi. Sa mission est une mission de couverture, qu’il définit en lisant son carnet : prendre les mesures « pour s’opposer à une action éventuelle de l’ennemi, pouvant menacer le déroulement de l’action principale amie ». Pendant que son régiment combat l’État islamique au Grand Sahara dans la zone des trois frontières, il doit tenir le fief d’un groupe affilié à Al-Qaïda. Son chef opération le résume ainsi : « mettre un couvercle sur cette casserole » pour qu’elle n’explose pas dans le dos.
Avant d’en venir au Mali, il explique l’héritage des chasseurs à cheval, la place des escadrons d’éclairage sur véhicule blindé léger (VBL), « les yeux, les oreilles » du groupement, et ce qu’il appelle sa génération : celle de l’opération Sentinelle, dont il a vécu le 13 novembre à Paris, et des opérations au Sahel.
La montée de la tension à Kidal
Son prédécesseur avait connu un mandat calme, pendant la saison des pluies, tout en perdant trois hommes sur une mine. Son chef de corps l’avait prévenu : l’État islamique au Grand Sahara étant affaibli, l’autre groupe chercherait d’autres cibles. Le premier accrochage survient au retour d’une distribution de matériel scolaire dans une école du nord de la ville : un peloton qui remorque un véhicule de l’avant blindé (VAB) en panne est pris à partie par de très jeunes tireurs postés devant un marché. Le chef d’escadrons Olivier salue le réflexe d’un maréchal des logis qui tire à leurs pieds pour ne pas toucher les civils derrière eux. Suivent d’autres harcèlements, une attaque au mortier simultanée sur Kidal, Gao et Ménaka, puis une attaque coordonnée contre son détachement et la force de réaction rapide envoyée le dégager. Il n’a aucun blessé par balle, mais « quelques blessés psy ».
Il insiste sur la retenue imposée par le terrain : une ville de 30 000 à 35 000 habitants face à 150 soldats, où une seule bavure retournerait la population.
Reprendre l’initiative
Fort de la confiance de son colonel, au nom de la subsidiarité propre à la cavalerie, il change de mode d’action. L’opération qu’il conçoit découpe la ville en boîtes : un butoir de deux ou trois véhicules, une infanterie qui ratisse jusqu’à lui, des mini-drones et des nanodrones au-dessus, et une patrouille de deux VBL qui se déplace au hasard dans le secteur, pendant qu’un plus gros drone brouille les pistes ailleurs. Il se souvient de son adjudant d’escadron redistribuant des sacs mortuaires dans les véhicules avant de lancer l’action. Les adversaires testent le dispositif, notamment en lançant des véhicules à pleine vitesse sur les barrages, mais les procédures d’escalade, des gestes jusqu’au tir dans le moteur, évitent toute victime inutile.
À la fin du mandat, l’unité patrouille plus légèrement, sans mort ni blessé, avec une liberté de manœuvre retrouvée. Le chef d’escadrons Olivier reconnaît n’avoir jamais su ce qui se passait vraiment « dans la casserole ».
Les références de l’épisode
- L’École de guerre-Terre : partenaire de l’épisode, où sert aujourd’hui le chef d’escadrons Olivier.
- Le 1er régiment de chasseurs : régiment où il a servi à son arrivée dans l’armée de terre, en 2015.
- L’opération Sentinelle : mission intérieure qui a marqué sa génération d’officiers.
- L’État islamique au Grand Sahara : l’ennemi principal combattu par son régiment dans la zone des trois frontières.
- La MINUSMA : la force des Nations unies au Mali, dont le camp abritait le camp français de Kidal.
- Le véhicule blindé léger (VBL) : l’engin d’éclairage des escadrons de reconnaissance.
- Le char Leclerc : char à chenilles, comparé aux engins de cavalerie à roues.
Au fil de l’épisode
- 00:01:02 : chasseur, cavalier, l’héritage des chasseurs à cheval
- 00:03:47 : retour au Mali, entre 2020 et 2021
- 00:04:36 : la génération Sentinelle et Sahel
- 00:07:11 : des unités de ligne forgées par les opérations extérieures
- 00:08:21 : engins à roues, chars Leclerc et véhicules blindés légers
- 00:11:28 : la meilleure arme de l’éclaireur, ses jumelles et sa radio
- 00:12:17 : le contrôle de zone, une mission du manuel
- 00:14:18 : un deuxième séjour, cette fois à Kidal
- 00:16:21 : une mission de couverture face à un groupe affilié à Al-Qaïda
- 00:19:02 : 150 hommes à deux jours de convoi de Gao
- 00:21:19 : les signaux faibles d’une situation qui dérape
- 00:24:08 : le premier accrochage au retour d’une école
- 00:26:24 : motos, drone et obus de mortier éclairants
- 00:27:39 : se protéger et maîtriser la riposte en ville
- 00:28:49 : l’attaque au mortier simultanée sur trois positions
- 00:31:07 : les attaques contre les fantassins et la force de réaction rapide
- 00:32:37 : changer de mode d’action grâce à la subsidiarité
- 00:33:58 : quadriller la ville en boîtes sous les drones
- 00:35:23 : les sacs mortuaires et la démonstration de force
- 00:36:00 : des véhicules lancés contre les barrages
- 00:38:07 : un ennemi « évanescent »
- 00:39:48 : ce qu’il reste de Kidal
- 00:41:16 : la relève et un mandat sans mort ni blessé
FAQ
Qu’est-ce qu’une mission de couverture dans l’armée de terre ?
Selon la définition lue par le chef d’escadrons Olivier, c’est prendre l’ensemble des mesures actives ou passives pour s’opposer à une action éventuelle de l’ennemi pouvant menacer l’action principale amie. À Kidal, il s’agissait de tenir le nord pendant que son régiment portait l’effort contre l’État islamique au Grand Sahara.
Comment le chef d’escadrons Olivier a-t-il tenu Kidal avec 150 soldats ?
Après plusieurs harcèlements, il a changé de mode d’action : découper la ville en boîtes, avec un butoir de véhicules, une infanterie qui ratisse, des drones en permanence au-dessus et une patrouille de cavalerie au déplacement aléatoire. Selon lui, cette démonstration de force, après environ deux mois, a calmé le jeu jusqu’à la fin du mandat.
À quoi sert un escadron de reconnaissance sur VBL ?
D’après le chef d’escadrons Olivier, ces escadrons équipés de véhicules blindés légers sont les yeux et les oreilles du groupement. Discrets et capables de passer presque partout, ils renseignent plus qu’ils ne combattent : la meilleure arme de l’éclaireur, dit-on à l’école de cavalerie, ce sont ses jumelles et sa radio.
Pourquoi la retenue était-elle essentielle à Kidal ?
Le chef d’escadrons Olivier explique qu’avec environ 150 soldats dans une ville de 30 000 à 35 000 habitants, une riposte mal maîtrisée qui tuerait des civils retournerait la population contre la force. D’où des procédures d’escalade strictes et le réflexe, salué, d’un maréchal des logis qui a tiré aux pieds de jeunes tireurs plutôt que vers un marché.
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