
Dans Les Lundis de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de défense nationale consacre une fiche d'actualité à deux pays qui ont tourné le dos à une longue tradition de neutralité après l'invasion russe de l'Ukraine. De la finlandisation aux vetos turc et hongrois, des 870 000 réservistes finlandais à l'industrie d'armement suédoise, l'épisode retrace le chemin de la Suède et de la Finlande vers l'OTAN et détaille le modèle nordique de défense totale, qui mobilise la société entière, des abris publics aux stocks de 72 heures.
De la neutralité à l’OTAN, deux chemins nordiques
Dans cette fiche d’actualité des Lundis de l’IHEDN, l’Institut des hautes études de défense nationale explique comment la Suède et la Finlande, longtemps neutres, ont rejoint l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) après l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, et ce que leurs modèles de défense apportent à l’Alliance. La fiche rappelle que leurs neutralités n’avaient pas la même origine. En Finlande, elle a été conçue comme un moyen de préserver l’existence du pays face à la Russie voisine ; pendant la guerre froide, la « finlandisation » a été une neutralité contrainte, encadrée par l’accord d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle signé avec Moscou le 6 avril 1948. En Suède, la neutralité remonte à l’accession au trône de Charles XIV en 1818 et tient de l’identité nationale, ce qui n’a pas empêché Stockholm de coordonner en secret sa planification de défense avec les Occidentaux pendant la guerre froide. Les deux pays rejoignent le Partenariat pour la paix en 1994, l’Union européenne en 1995, la coopération nordique de défense en 2009. Le basculement de l’opinion après février 2022 est chiffré : en Finlande, le soutien à l’adhésion passe de 28 à 53 %, puis 81 % en juillet ; en Suède, c’est la crainte de l’isolement régional si la Finlande adhérait seule qui fait pencher la balance. Candidature commune le 18 mai 2022, blocages turc et hongrois, puis entrée de la Finlande le 4 avril 2023 et de la Suède le 11 mars 2024. La seconde partie compare les deux modèles : défense territoriale et conscription jamais interrompue depuis 1918 côté finlandais, avec 870 000 réservistes et une capacité de mobilisation de 280 000 soldats ; orientation vers la gestion de crise après la guerre froide, service militaire suspendu en 2010 puis rétabli en 2017 et industrie de défense parmi les plus importantes d’Europe côté suédois.
Le fil commun reste la « défense totale », fondée selon la fiche sur l’idée que « chacun peut contribuer, et a le devoir de contribuer » : six piliers, des exercices civils plusieurs fois par an et une campagne des 72 heures en Finlande, un guide de crise distribué à 5 millions de foyers suédois en novembre 2024.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Accord d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle (1948) : traité signé entre la Finlande et Moscou, qui fonde la « finlandisation ».
- Partenariat pour la paix : programme de l’OTAN rejoint par les deux pays en 1994.
- Coopération nordique de défense : cadre réunissant depuis 2009 la Suède, la Finlande, la Norvège, le Danemark et l’Islande.
- Trident Juncture 2018 et Northern Wind 2019 : exercices conjoints cités comme signes d’une intégration progressive.
- Défense totale : concept nordique de mobilisation de toute la société, civile et militaire, au service de la défense.
- Sisu : notion finlandaise de courage, de ténacité et de détermination face à l’adversité.
- Île de Gotland : remilitarisée par la Suède, elle restreint l’accès maritime russe en mer Baltique.
- Article 3 du traité de l’Atlantique Nord : base de la politique de résilience de l’Alliance.
Au fil de l’épisode
- 00:00:33 : la neutralité suédoise et finlandaise, une capacité de défense autonome et crédible
- 00:01:04 : la finlandisation et l’accord de 1948 avec Moscou
- 00:01:59 : la neutralité suédoise depuis Charles XIV et ses inflexions secrètes pendant la guerre froide
- 00:02:38 : Partenariat pour la paix, Union européenne et opérations extérieures après 1991
- 00:03:40 : le basculement des opinions publiques après l’invasion de l’Ukraine
- 00:05:13 : la candidature du 18 mai 2022 et les oppositions turque et hongroise
- 00:06:45 : les adhésions de 2023 et 2024 et la perception de la menace russe
- 00:07:45 : l’aide militaire finlandaise et suédoise à l’Ukraine
- 00:08:43 : conscription, budgets et effectifs des deux armées
- 00:11:32 : la culture du sisu et l’industrie de défense suédoise
- 00:13:03 : le tissu de PME finlandaises et les technologies à double usage
- 00:14:11 : les six piliers de la défense totale
- 00:15:14 : abris, campagne des 72 heures et guide suédois de crise
- 00:16:39 : ce que l’adhésion change pour l’OTAN en mer Baltique et sur le flanc est
FAQ
Pourquoi la Suède et la Finlande ont-elles rejoint l’OTAN ?
Selon la fiche de l’IHEDN, l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a fait basculer deux pays historiquement neutres. La menace russe y est perçue comme directe, du fait de la proximité géographique : la Finlande partage 1 340 km de frontière avec la Russie et Stockholm est à moins de 700 km de Saint-Pétersbourg.
Qu’est-ce que la finlandisation ?
C’est le nom donné à la posture finlandaise pendant la guerre froide : une neutralité contrainte et une souveraineté limitée par l’influence de l’URSS. Par l’accord du 6 avril 1948, la Finlande s’engageait à rester hors des conflits entre grandes puissances et à empêcher toute agression contre l’URSS depuis son sol, en échange de son autonomie intérieure.
Pourquoi l’adhésion de la Suède a-t-elle pris plus de temps ?
La fiche explique que la Turquie a conditionné sa ratification à l’extradition de membres ou sympathisants du PKK et à la levée de restrictions sur les exportations d’armement, et que la Hongrie a tardé en raison de critiques suédoises sur son état de droit. Ankara a levé son veto en janvier 2024, Budapest en février 2024.
Qu’est-ce que le modèle de défense totale nordique ?
C’est une approche selon laquelle la protection d’un État ne repose pas sur les seules armées mais sur la mobilisation coordonnée de toute la société. La fiche cite six piliers : défense militaire, infrastructures critiques, matériaux de construction, communications et cybersécurité, santé, transports et logistique. En Finlande, les abris publics peuvent accueillir 4,4 millions de personnes.
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