
Ancien commandant en second du Charles de Gaulle et officier de programme PA-Ng à l'état-major de la Marine, le capitaine de vaisseau Lavernhe est l'invité d'Écho, sur Horizons Marines, pour expliquer le porte-avions de nouvelle génération. Pourquoi un porte-avions, pourquoi un seul, pourquoi si grand : il détaille les choix du programme, du navire centré sur la donnée aux catapultes électromagnétiques, ainsi que le calendrier jusqu'en 2038, l'industrie mobilisée et l'équipage à former.
Pourquoi un porte-avions, et pourquoi un seul
Dans cet épisode d’Écho, le podcast d’entretiens d’Horizons Marines produit par le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM), le capitaine de vaisseau Lavernhe, ancien commandant en second du porte-avions Charles de Gaulle et officier de programme PA-Ng à l’état-major de la Marine, explique le futur porte-avions de nouvelle génération qui doit succéder au Charles de Gaulle en 2038 et servir jusqu’à l’horizon 2080. Il parle de « composante porte-avions » et de groupe aéronaval plutôt que d’un navire isolé, et y voit le reflet d’une politique de défense restée stable depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : une France aux intérêts mondiaux, capable d’intervenir loin, seule ou en coalition, avec un modèle d’armée complet. Le groupe aéronaval lui apporte selon lui l’accès aux zones de crise depuis la haute mer, un outil de signalement stratégique, y compris nucléaire, et du poids dans les coalitions. Le format à un seul porte-avions, depuis le retrait du Clemenceau en 1997, est à ses yeux « non pas choisi mais plutôt subi ». Les alternatives étudiées vers 2018-2019, barges flottantes, îles artificielles, catamarans ou plusieurs navires plus petits, ont été écartées au profit d’un porte-avions classique plus puissant.
Il décrit les missions comme un balancier : de la projection de puissance vers la terre, comme au Levant ou en Afghanistan, jusqu’à la supériorité en mer, en passant par le renseignement et la dissuasion nucléaire.
Un navire plus grand, électrique et centré sur la donnée
Le PA-Ng affichera environ 300 mètres et près de 78 000 tonnes, contre 261 mètres et 42 500 tonnes pour le Charles de Gaulle. L’officier explique ce gabarit par trois paramètres : la longueur de la piste oblique, la propulsion nucléaire décidée par le président de la République en décembre 2020, avec deux chaufferies K22, et un groupe aérien d’une trentaine de chasseurs ou drones de combat, deux à trois avions de guet aérien et cinq ou six hélicoptères, le tout à 27 nœuds. Le navire sera « data centré » : la donnée, aujourd’hui enfermée dans des systèmes cloisonnés, doit permettre de voir loin, frapper loin et décider vite. Le groupe aérien sera hybride, du Rafale Marine au standard F5 aux drones de combat puis au chasseur de nouvelle génération du programme SCAF. Trois catapultes électromagnétiques de 90 mètres, d’origine américaine, remplaceront les deux catapultes à vapeur et permettront de lancer des appareils de 2 à 40 tonnes en fatiguant moins les cellules. Le capitaine de vaisseau Lavernhe parle d’une « dépendance consentie » : l’entretien dépend des États-Unis, mais la mise en œuvre reste entièrement française.
Pour lui, l’interopérabilité avec les alliés se joue surtout en l’air, entre les avions, et tient d’abord à une proximité culturelle.
Calendrier, industrie et équipage
Après un avant-projet mené de 2021 à 2025, l’année 2025 marque le passage à la réalisation. La coque sera construite aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire au début des années 2030, le navire flottera vers 2033-2034, rejoindra Toulon en 2035 pour des essais jusqu’en 2038. Ce chevauchement avec le Charles de Gaulle est indispensable selon l’officier, pour transmettre des compétences que seul le porte-avions actuel entretient : il cite l’exemple britannique, qui a mis près d’une décennie à se remettre d’une interruption entre deux classes de porte-avions. La Direction générale de l’armement (DGA) pilote un attelage industriel formé de Naval Group, des Chantiers de l’Atlantique et du spécialiste français de la propulsion nucléaire navale. Le coût, autour de 10 milliards d’euros, doit être rapporté selon lui à 45 ans d’exploitation et d’entretien. L’équipage, d’environ 1 200 marins et 2 000 personnes avec le groupe aérien, devra être créé de toutes pièces, avec davantage de compétences électriques et de métiers de la donnée. La base navale de Toulon sera adaptée : dragage de la rade, nouveau quai et bassin.
Interrogé sur le nom du futur navire, il souhaite « un nom qui donne le goût de la victoire », en citant l’héritage invoqué par les marins britanniques partis aux Malouines en 1982.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Le porte-avions Charles de Gaulle, en service jusqu’en 2038.
- Le PA-Ng, porte-avions de nouvelle génération, prévu pour la période 2040-2080.
- Le Foch et le Clemenceau, tandem de porte-avions des années 1960 aux années 1990.
- La mission Clemenceau 25, qui a mené le groupe aéronaval jusqu’en mer de Chine méridionale.
- Le Rafale Marine au standard F5 et le chasseur de nouvelle génération du programme SCAF.
- Les catapultes électromagnétiques EMALS, technologie américaine.
- La Direction générale de l’armement, Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique, acteurs du programme.
- La base navale de Toulon, futur port base du PA-Ng.
- La guerre des Malouines (1982), citée à propos du nom des navires.
Au fil de l’épisode
- 00:00:15 : présentation du programme PA-Ng et du capitaine de vaisseau Lavernhe
- 00:01:54 : composante porte-avions, groupe aéronaval et politique de défense
- 00:04:42 : pourquoi un seul porte-avions
- 00:06:01 : les concepts alternatifs étudiés avant 2020
- 00:08:24 : les missions du porte-avions, de la projection de puissance à la dissuasion
- 00:11:13 : anticiper les menaces jusqu’en 2080
- 00:13:21 : taille, propulsion nucléaire et vitesse du PA-Ng
- 00:16:06 : un navire centré sur la donnée
- 00:18:28 : un groupe aérien hybride, avions habités et drones
- 00:21:27 : les catapultes électromagnétiques
- 00:23:55 : dépendance consentie et souveraineté
- 00:26:53 : l’interopérabilité avec les alliés
- 00:29:04 : le calendrier jusqu’à 2038 et le chevauchement avec le Charles de Gaulle
- 00:32:53 : l’attelage industriel et le rôle de la DGA
- 00:35:05 : le coût du programme
- 00:37:10 : créer un nouvel équipage
- 00:40:23 : les travaux de la base navale de Toulon
- 00:41:42 : quel nom pour le futur porte-avions
FAQ
Qu’est-ce que le PA-Ng ?
Le PA-Ng, ou porte-avions de nouvelle génération, est le futur porte-avions de la Marine nationale, appelé à succéder au Charles de Gaulle en 2038 et à servir jusque vers 2080. À propulsion nucléaire, il mesurera environ 300 mètres pour près de 78 000 tonnes et emportera une trentaine de chasseurs ou drones de combat.
Pourquoi le PA-Ng est-il plus grand que le Charles de Gaulle ?
Selon le capitaine de vaisseau Lavernhe, la taille découle de trois paramètres : la longueur de la piste oblique, imposée par les brins d’arrêt, l’encombrement de la propulsion nucléaire au regard des exigences de sûreté actuelles, et la surface nécessaire pour un groupe aérien d’une trentaine d’appareils, le tout pour atteindre 27 nœuds.
Pourquoi le PA-Ng utilise-t-il des catapultes américaines ?
D’après l’officier, redévelopper une filière française aurait coûté cher et retardé le programme pour un seul porte-avions, et l’ancienne technologie à vapeur limitait l’emploi de drones et d’avions lourds. Il parle de « dépendance consentie » : l’entretien dépend des États-Unis, mais les équipages français mettent ces catapultes en œuvre en toute autonomie.
Quand le PA-Ng entrera-t-il en service ?
Le calendrier présenté prévoit une construction à Saint-Nazaire au début des années 2030, une mise à flot vers 2033-2034, une arrivée à Toulon en 2035 et des essais de 2036 à 2038. Le PA-Ng doit prendre le relais du Charles de Gaulle en 2038, après une période où les deux navires naviguent en parallèle.
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