
Dans Les Lundis de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de défense nationale consacre une fiche d'actualité à la politique de défense du Royaume-Uni, partenaire nucléaire de la France en Europe. De la relation spéciale avec les États-Unis à la crise de Suez, du système Trident à la déclaration conjointe d'Emmanuel Macron et de Keir Starmer en juillet 2025, l'épisode explique comment Londres se recentre sur l'OTAN et sur l'Europe avec la Strategic Defence Review de 2025, et ce qui fragilise cette ambition.
Londres, entre relation spéciale et « NATO First »
Dans cet épisode des Lundis de l’IHEDN, le podcast de l’Institut des hautes études de défense nationale, la fiche lue porte sur la politique de défense britannique : ses fondements hérités de la guerre froide, sa dissuasion nucléaire, son rapprochement avec la France en 2025 et le tournant de la Strategic Defence Review (SDR) publiée en juin 2025. Le Royaume-Uni y est présenté comme une ancienne puissance impériale, membre fondateur de l’ONU et de l’OTAN, dont les forces armées (Royal Navy, British Army, Royal Air Force) comptaient plus de 180 000 membres en 2023. Le roi Charles III en est le chef, mais l’autorité militaire est exercée par le Premier ministre et le secrétaire d’État à la Défense. La fiche retrace la « relation spéciale » avec les États-Unis : le traité UKUSA de 1946 sur le renseignement, qui donnera le réseau des Five Eyes, la crise de Suez en 1956, où Londres et Paris doivent se retirer sous la pression américaine, puis le Mutual Defence Agreement (MDA) de 1958. Un rappel est consacré au nucléaire britannique : privé des technologies américaines en 1946 malgré sa participation au projet Manhattan, le pays teste sa propre bombe en 1952, puis adopte un modèle hybride. Sa dissuasion repose sur quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de classe Vanguard, dont l’un au moins patrouille en permanence ; le Premier ministre décide seul de l’emploi, mais les missiles Trident sont fournis et entretenus par les États-Unis. La déclaration conjointe d’Emmanuel Macron et de Keir Starmer du 10 juillet 2025 sur une coordination accrue des dissuasions française et britannique ouvre, selon la fiche, un dialogue stratégique renforcé entre les deux puissances nucléaires européennes. La SDR, elle, recentre Londres sur l’OTAN et l’Europe : 15 milliards de livres pour un programme souverain de têtes nucléaires, jusqu’à 12 nouveaux sous-marins d’attaque, 1,5 milliard pour des stocks de munitions, une approche qui mobilise toute la société en vue d’un conflit de haute intensité.
La fiche relève une tension : aucun engagement clair à porter l’effort à 3 % du PIB, et un Premier ministre très impopulaire, ce qui limite la marge de manœuvre d’un pays qui veut se poser en pont entre l’OTAN et l’Union européenne.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Traité UKUSA (1946) : accord de partage du renseignement entre Londres et Washington, à l’origine des Five Eyes.
- Crise de Suez (1956) : intervention franco-britannique avec Israël, stoppée par la pression américaine.
- Mutual Defence Agreement (1958) : accord de coopération nucléaire entre le Royaume-Uni et les États-Unis, prolongé indéfiniment en 2024.
- Projet Manhattan : programme nucléaire auquel le Royaume-Uni a participé avant d’être écarté des technologies américaines en 1946.
- Trident et sous-marins de classe Vanguard : le système de dissuasion britannique.
- Déclaration Macron et Starmer du 10 juillet 2025 : coordination accrue des dissuasions française et britannique.
- Strategic Defence Review (2025) : revue stratégique qui consacre la posture « NATO First ».
- Coalition des volontaires : format de soutien à l’Ukraine où Londres joue un rôle moteur.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation de la fiche sur la politique de défense britannique
- 00:00:32 : un héritage impérial et une place singulière dans l’OTAN
- 00:01:37 : organisation des forces armées et chaîne de décision
- 00:02:33 : la relation spéciale avec les États-Unis et les Five Eyes
- 00:03:09 : la crise de Suez, premier test de la relation spéciale
- 00:04:07 : aux origines de la bombe britannique
- 00:05:08 : le dispositif Trident et la permanence à la mer
- 00:06:36 : la déclaration franco-britannique de juillet 2025 sur les dissuasions
- 00:07:34 : la Strategic Defence Review et la posture « NATO First »
- 00:09:57 : la dissuasion nucléaire, priorité absolue
- 00:10:29 : préparer la société à un conflit de haute intensité
- 00:12:20 : budget, impopularité et défis du gouvernement Starmer
- 00:13:23 : la coalition des volontaires et le rôle de pont entre OTAN et Union européenne
FAQ
Qu’est-ce que la posture « NATO First » du Royaume-Uni ?
C’est l’orientation fixée par la Strategic Defence Review publiée en juin 2025 : l’OTAN devient le point de départ du développement, de l’organisation, de l’équipement et de la formation des forces britanniques. L’Indo-Pacifique et le Moyen-Orient passent au rang de priorités secondaires, au profit de la sécurité euro-atlantique et de l’Europe.
La dissuasion nucléaire britannique est-elle indépendante des États-Unis ?
Selon la fiche de l’IHEDN, elle est opérationnellement indépendante : le Premier ministre détient seul l’autorité de déclenchement. Mais elle dépend des États-Unis pour ses capacités : les missiles Trident sont fournis par Washington et entretenus outre-Atlantique, et la fabrication des ogives repose en partie sur des composants américains.
Qu’ont décidé Emmanuel Macron et Keir Starmer le 10 juillet 2025 ?
Leur déclaration conjointe porte sur une coordination accrue des dissuasions française et britannique. Selon la fiche, elle ne remet pas en cause le caractère national de chaque force nucléaire, mais ouvre un dialogue stratégique renforcé entre les deux puissances nucléaires européennes et pourrait renforcer la dimension européenne de la dissuasion.
Pourquoi la crise de Suez a-t-elle marqué la relation entre Londres et Washington ?
En 1956, quand l’Égypte nationalise le canal, le Royaume-Uni et la France interviennent militairement avec Israël. Les États-Unis refusent de les soutenir et exigent un retrait immédiat. Pour la fiche, l’épisode montre que Londres ne peut plus agir sans tenir compte des priorités américaines.
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