
Le maître principal Morgan est plongeur démineur au Groupe de plongeurs démineurs de la Méditerranée. Dans Le Carré, le format portrait d'Horizons Marines, il explique comment on neutralise une munition à 35 ou 80 mètres de fond, sans visibilité, et pourquoi les mines restent une arme redoutée. Engagé en 2008 après le baccalauréat, il retrace la sélection et les formations qui mènent à ce métier, puis raconte une mission de 2024 au Sud-Liban, loin de la mer, avec l'armée de terre.
Des mines de 1945 aux drones de surface
Le maître principal Morgan, plongeur démineur rattaché au Groupe de plongeurs démineurs de la Méditerranée, décrit un métier à deux terrains. À terre, il intervient sur les colis piégés et les alertes à la bombe, dans les bases militaires comme dans un lycée. En mer, il neutralise les restes explosifs des deux guerres mondiales encore présents sur le littoral : bombes larguées par avion d’une centaine de kilos à plus d’une tonne, mines à contact munies de cornes, obus de l’artillerie de marine, munitions jetées à la mer en fin de guerre. Il explique que la menace a changé de nature : la mine devient, selon lui, un moyen « low cost » de bloquer une économie, comme le rappelle la navigation en mer Noire, et des drones de surface ou de subsurface chargés d’explosifs visent désormais les navires dans les détroits. Une seule mine suffit à créer le doute sur un passage, qu’il faut ensuite contrôler entièrement avant de le rouvrir. L’entraînement se fait dans des eaux à très faible visibilité, avec du courant, jusqu’à 80 mètres de profondeur, où il fait nuit et froid en permanence.
Le déminage n’est qu’une partie de ses missions : sauvegarde maritime pour des épaves qui obstruent un port, recherches sous-marines sur réquisition judiciaire au profit de la gendarmerie, avec sonars et drones programmés pour écarter l’homme de la menace.
Du baccalauréat au Sud-Liban
Breton, fils d’un marin plongeur de la Marine nationale, pratiquant de chasse sous-marine et de surf, il s’est engagé en 2008 directement après le baccalauréat, sans culture militaire : « On n’est pas militaire, on le devient. » Il détaille les trois voies d’accès au métier : la reconversion d’un marin déjà en poste, l’école de maistrance pour les profils plus mûrs et le recrutement direct par l’école de Conflans-Sainte-Honorine, une année de bac professionnel en partenariat avec l’Éducation nationale. Les candidats passent une sélection à l’école de plongée de la Marine nationale à Saint-Mandrier, puis le cours de plongeur de bord, puis le cours de plongeur démineur. Tous les démineurs des armées et du ministère de l’Intérieur suivent la même formation, à Angers, ce qui lui a permis d’être intégré en 2024 à un régiment de l’armée de terre au Sud-Liban, aux côtés de soldats finlandais, dans une mission de maintien de la paix de l’ONU.
Il raconte la réouverture d’itinéraires à l’explosif au milieu d’immeubles effondrés pour ravitailler un camp népalais privé d’approvisionnement depuis plus d’un mois, alors que des combats se déroulaient à quelques centaines de mètres.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Groupe de plongeurs démineurs de la Méditerranée : l’unité à laquelle est rattaché le maître principal Morgan.
- École de plongée de la Marine nationale, à Saint-Mandrier : lieu de la sélection des candidats venus du civil.
- École de maistrance : l’école des sous-officiers de la Marine nationale, l’une des voies d’accès au métier.
- Organisation des Nations unies (ONU) : la mission de maintien de la paix au Sud-Liban à laquelle il a participé en 2024.
Au fil de l’épisode
- 00:00:55 : les deux domaines d’intervention, colis piégés à terre et restes explosifs sur le littoral
- 00:03:05 : bombes d’avion, mines à contact et munitions jetées à la mer après les guerres
- 00:04:26 : la mine moderne, arme bon marché pour bloquer une route maritime, et les drones de surface
- 00:07:34 : la veille technologique et l’entraînement jusqu’à 80 mètres sans visibilité
- 00:09:15 : sauvegarde maritime, réquisitions judiciaires et recherches au sonar
- 00:10:52 : écarter l’homme de la menace grâce aux drones programmés
- 00:11:42 : une formation commune à tous les démineurs, à Angers
- 00:14:45 : ce que l’on voit au fond, pollutions et munitions des deux guerres
- 00:15:54 : rester maître de soi face à un engin explosif
- 00:16:41 : les trois voies pour devenir plongeur démineur
- 00:20:25 : son parcours, de la Bretagne à l’engagement en 2008
- 00:23:09 : le bréchage à l’explosif au Sud-Liban en 2024
- 00:26:17 : ses conseils aux candidats
FAQ
Quelles sont les missions d’un plongeur démineur de la Marine nationale ?
Selon le maître principal Morgan, elles couvrent deux terrains : à terre, les colis piégés et alertes à la bombe dans les emprises du ministère des Armées ; en mer, la neutralisation des restes explosifs des deux guerres mondiales le long du littoral. S’y ajoutent la sauvegarde maritime, les recherches sous-marines au profit de la gendarmerie et la sécurisation de convois.
Comment devenir plongeur démineur dans la Marine ?
Il décrit trois voies : la reconversion d’un marin déjà en poste, l’école de maistrance pour devenir sous-officier, et le recrutement direct par l’école de Conflans-Sainte-Honorine après le baccalauréat. Les candidats civils sont évalués à l’école de plongée de Saint-Mandrier, puis suivent le cours de plongeur de bord avant une nouvelle sélection pour le cours de plongeur démineur.
Pourquoi les mines marines restent-elles une menace aujourd’hui ?
D’après le plongeur démineur, une mine coûte peu et suffit à bloquer un passage : après une explosion, il faut contrôler toute la zone ou ouvrir une route sûre avant de laisser repasser les navires, ce qui immobilise le trafic. Il cite aussi les drones de surface ou de subsurface chargés d’explosifs, utilisés pour harceler les navires dans les détroits.
Pourquoi un marin démineur peut-il servir avec l’armée de terre ?
Il explique que tous les démineurs des armées et du ministère de l’Intérieur suivent la même formation et obtiennent les mêmes qualifications. Après un entraînement spécifique, un marin peut donc renforcer un régiment de l’armée de terre : c’est ainsi qu’il a ouvert des itinéraires à l’explosif au Sud-Liban en 2024, dans une mission de l’ONU.
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