
Le capitaine de vaisseau Marc, ancien pilote de Rafale Marine et commandant de la base d'aéronautique navale de Landivisiau, est l'invité du Carré, le format portrait d'Horizons Marines, le podcast du Centre d'études stratégiques de la Marine. Il explique ce que fait le Rafale Marine, ce qui distingue un pilote de chasse de la marine, comment on le devient, de la sélection à Lanvéoc à la formation aux États-Unis, et ce que ce métier demande à une famille.
Un avion, toutes les missions
Le capitaine de vaisseau Marc, ancien pilote de Rafale Marine et commandant de la base d’aéronautique navale de Landivisiau, explique dans Le Carré, le format portrait d’Horizons Marines, ce qu’est le métier de pilote de chasse dans la Marine nationale. Le Rafale Marine, de conception presque entièrement française, est arrivé dans la marine au début des années 2000 et doit remplir toutes les missions d’un avion de chasse : défense aérienne, projection de puissance, maîtrise de l’espace aéromaritime et dissuasion nucléaire au sein de la force aéronavale nucléaire, avec le missile air-sol moyenne portée amélioré (ASMPA). Commun à 90 % avec la version de l’armée de l’Air et de l’Espace, il s’en distingue par ce qu’exige le porte-avions : un train avant capable d’être catapulté, un train renforcé et une crosse pour apponter en quelques dizaines de mètres. Le porte-avions Charles-de-Gaulle est, dit-il, « une base aérienne qui se déplace de 1000 km par jour ». Il décrit aussi les pièges du vol au-dessus de la mer, comme ces conduits près de la surface où les ondes radar portent bien au-delà de l’horizon, et l’entraînement au brouillage et au vol sans GPS. Une flottille compte environ 150 personnes, une quinzaine de pilotes et une centaine de techniciens pour une dizaine d’avions, et l’avion évolue par standards, aujourd’hui le F4, en attendant le F5.
Le pilote, insiste-t-il, est d’abord un marin, formé à diriger des équipes à bord des bâtiments.
De la sélection à la flottille, un long parcours
Le recrutement passe par les centres d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA), avec un dossier possible de 17 à 26 ans et le baccalauréat comme seul diplôme exigé. Un bon niveau d’anglais est indispensable : la sélection en vol se fait sur Cap 10 à Lanvéoc, en presqu’île de Crozon, puis tous les pilotes de chasse de la marine passent 15 à 20 mois aux États-Unis, intégrés à des classes américaines. Viennent ensuite l’apprentissage du Rafale à Landivisiau ou à Saint-Dizier, puis les flottilles 11F, 12F et 17F, jusqu’à devenir chef de patrouille. Entré à l’École navale en 1998, l’officier a d’abord volé sur Super-Étendard avant de passer sur Rafale au début des années 2010 et de commander une flottille de 2015 à 2017, pendant des engagements en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Il garde le souvenir des vols de nuit, catapulté au soleil couchant, sous les étoiles filantes visibles aux jumelles de vision nocturne, et de « cet esprit de groupe, de meute ».
Il évoque aussi les absences de quatre ou cinq mois par an et le retour difficile dans la vie de famille, et conclut par un conseil aux candidats : « tentez l’aventure ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Rafale Marine, avion de combat embarqué de la Marine nationale.
- Porte-avions Charles-de-Gaulle, depuis lequel opèrent les Rafale Marine.
- Base d’aéronautique navale de Landivisiau, créée en 1965, qui regroupe les trois flottilles de Rafale de la marine.
- Flottilles 11F, 12F et 17F, unités de Rafale Marine.
- Force aéronavale nucléaire, composante de la dissuasion à laquelle participe le Rafale Marine.
- Super-Étendard, avion sur lequel l’invité a commencé sa carrière de pilote.
- Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM), producteur du podcast.
Au fil de l’épisode
- 00:01:44 : présentation du Rafale Marine
- 00:03:04 : un avion pour toutes les missions, jusqu’à la dissuasion nucléaire
- 00:05:36 : les différences avec le Rafale de l’armée de l’Air et de l’Espace
- 00:07:18 : les particularités du vol au-dessus de la mer
- 00:08:34 : pourquoi les pilotes sont d’abord des marins
- 00:11:09 : s’entraîner au brouillage et au vol sans GPS
- 00:12:29 : la flottille, une équipe de 150 personnes
- 00:14:11 : les standards successifs du Rafale
- 00:15:53 : comment devenir pilote de Rafale Marine
- 00:19:05 : la sélection en vol et la formation aux États-Unis
- 00:21:58 : la base d’aéronautique navale de Landivisiau
- 00:25:29 : la durée d’une carrière et l’après
- 00:27:57 : le parcours du capitaine de vaisseau Marc
- 00:29:41 : souvenirs de vols de nuit et esprit d’équipe
- 00:32:09 : la vie de famille
FAQ
Comment devenir pilote de Rafale Marine ?
Il faut déposer un dossier dans un CIRFA entre 17 et 26 ans, avec le baccalauréat et un bon niveau d’anglais. Après les évaluations au sol, la sélection en vol se fait sur Cap 10 à Lanvéoc, puis la formation se poursuit 15 à 20 mois aux États-Unis avant l’apprentissage du Rafale, selon le capitaine de vaisseau Marc.
Quelle est la différence entre le Rafale Marine et le Rafale de l’armée de l’Air ?
Les deux avions sont communs à 90 %, explique le commandant de la base de Landivisiau. Le Rafale Marine se distingue par ce qu’impose le porte-avions : un train avant conçu pour la catapulte, un train renforcé et une crosse d’appontage qui l’arrête en quelques dizaines de mètres.
Combien de temps dure la formation d’un pilote de Rafale Marine ?
Selon le capitaine de vaisseau Marc, il faut deux à trois ans pour obtenir le brevet de pilote de chasse, puis environ trois ans de plus en flottille pour atteindre le niveau de pilote référent. Une carrière de pilote dure en général 12 à 16 ans.
Pourquoi la base de Landivisiau est-elle importante pour la marine ?
Créée en 1965 dans le Finistère, elle accueille les trois flottilles de Rafale de la marine et environ 1600 à 1700 personnes. Entourée par la mer au nord, au sud et à l’ouest, elle offre un espace d’entraînement où les pilotes peuvent dépasser le mur du son loin des côtes.
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