
La maître Tatiana est opératrice passerelle au CROSS de Jobourg, le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage installé dans la Manche. Elle répond aux questions du Carré, le format portrait d'Horizons Marines, le podcast du Centre d'études stratégiques de la Marine. Elle décrit ses quarts de veille sur l'un des espaces maritimes les plus fréquentés, la façon dont on choisit entre un hélicoptère et un bateau pour secourir quelqu'un, et son parcours de marin, du porte-avions jusqu'au centre de sauvetage de Tahiti.
Veiller sur la Manche, de quart en quart
La maître Tatiana, opératrice passerelle au CROSS de Jobourg, raconte son métier : assurer une veille de la navigation et du sauvetage en mer sur une zone qui couvre la Manche et une partie de la mer du Nord. Les centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage (CROSS), créés dans les années 1960, coordonnent les missions d’assistance aux personnes en danger dans le cadre de l’action de l’État en mer. Le centre fonctionne 24 heures sur 24 par binômes de quart. Les opérateurs surveillent commerce, pêche et plaisance, notamment le dispositif de séparation du trafic (DST) des Casquets, qui impose aux navires des voies obligatoires. Ils travaillent sur radars et capteurs satellitaires, sans jumelles : la surveillance optique revient aux sémaphores, qui servent aussi de relais radio. Elle explique que le CROSS relève des affaires maritimes et travaille avec la gendarmerie maritime, le SAMU, les douanes, les homologues britanniques et le centre de coordination du sauvetage aéronautique. Une intervention commence par un appel, souvent trop tardif. Elle prend l’exemple d’un kitesurfeur : selon le vent, la saison, la nuit ou le brouillard, on envoie un moyen aérien ou nautique, ou l’on trace une zone de recherche que plusieurs moyens balayent méthodiquement. « À aucun moment on ne force quelqu’un à apporter assistance » : la décision finale revient au chef de bord. Le CROSS signale aussi les dangers pour la navigation et porte assistance aux personnes qui traversent la Manche, quelle que soit leur nationalité.
Engagée à 21 ans comme matelot dans la bureautique, elle passe quatre ans sur le porte-avions, choisit ensuite la spécialité de guetteur sémaphorique, puis part quatre ans au JRCC de Tahiti, chez elle, où l’on comptait environ 400 opérations par an. Elle en garde le souvenir d’un navire qui a heurté une baleine et coulé en moins de 30 minutes : sa balise a permis d’envoyer l’hélicoptère sur sa position. Ses conseils avant de partir en mer : prévenir un proche de son itinéraire, consulter la météo, vérifier radio, carburant et balise.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- CROSS de Jobourg : centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage situé dans la Manche.
- Action de l’État en mer : cadre des missions de surveillance et d’assistance assurées par la Marine nationale.
- SNSM : Société nationale de sauvetage en mer, citée parmi les acteurs coordonnés par les CROSS.
- Dispositif de séparation du trafic des Casquets : zone de voies obligatoires pour les navires, surveillée par le CROSS.
- Sémaphores : postes de surveillance optique qui appuient le CROSS par des informations visuelles et des relais radio.
- JRCC Tahiti : centre de coordination du sauvetage où la maître Tatiana a servi quatre ans.
- Centre d’études stratégiques de la Marine : producteur du podcast Horizons Marines.
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 : surveillance des côtes et action de l’État en mer en Manche et mer du Nord
- 00:00:28 : les CROSS, créés dans les années 1960
- 00:01:19 : le rôle d’une opératrice passerelle
- 00:02:17 : la zone couverte par le CROSS de Jobourg
- 00:02:45 : un centre ouvert jour et nuit, organisé en quarts
- 00:03:14 : le dispositif de séparation du trafic des Casquets
- 00:04:11 : radars, sémaphores et différence entre CROSS et sémaphore
- 00:06:01 : gendarmerie maritime, douanes et autres interlocuteurs
- 00:07:04 : une journée type au CROSS
- 00:08:31 : un métier qui passe de zéro à cent en quelques secondes
- 00:09:20 : comment se déclenche une intervention
- 00:10:14 : l’exemple du kitesurfeur et le choix des moyens
- 00:11:13 : de nuit ou dans le brouillard, tracer une zone de recherche
- 00:12:06 : la décision du chef de bord
- 00:12:32 : renseignement à la mer et traversées de la Manche
- 00:13:31 : les effectifs du CROSS de Jobourg
- 00:15:01 : de Tahiti à l’engagement dans la Marine
- 00:17:23 : quatre ans sur le porte-avions et le changement de spécialité
- 00:19:34 : le JRCC de Tahiti
- 00:20:07 : l’arrivée à Jobourg
- 00:21:01 : différences entre Tahiti et la Manche
- 00:22:27 : le brevet supérieur en perspective
- 00:23:54 : le navire qui a heurté une baleine
- 00:25:03 : les réflexes avant de partir en mer
- 00:26:26 : son conseil à ceux qui veulent s’engager
FAQ
Que fait une opératrice passerelle dans un CROSS ?
Selon la maître Tatiana, l’opératrice passerelle assure par quarts une veille continue de la navigation et du sauvetage sur la zone du centre. Elle surveille radars et capteurs satellitaires, répond aux appels de détresse et engage les moyens de secours, aérien ou nautique, en fonction de la météo, de la saison et de la situation de la personne en difficulté.
Quelle différence entre un CROSS et un sémaphore ?
Le CROSS, explique la maître Tatiana, relève des affaires maritimes et coordonne les opérations avec la gendarmerie maritime, le SAMU ou les douanes. Il travaille sur radars, sans surveillance optique. Les sémaphores assurent cette surveillance visuelle et soutiennent le CROSS en fournissant des informations sur zone ou en relayant les communications radio VHF.
Que faut-il faire avant de partir en mer ?
La maître Tatiana conseille de connaître le numéro du CROSS, de prévenir une personne de l’heure de départ, de retour et de l’itinéraire prévu, et de consulter la météo. Elle insiste sur la vérification de la radio, du carburant, car beaucoup d’appels pour panne moteur sont des pannes de gazole, et sur l’emport d’une balise.
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