
Morgane Mignot, chargée de la conduite des études et des essais au CEPPOL, le centre de lutte antipollution de la Marine nationale, est l'invitée d'Echo, sur Horizons Marines. Elle explique pourquoi la décarbonation du transport maritime passe par plusieurs carburants, du GNL à l'ammoniac, et comment la Marine se prépare à des pollutions chimiques plus difficiles à détecter et à combattre que les marées noires.
Décarboner le transport maritime : aucune solution miracle
Dans cet épisode d’Echo, Horizons Marines, la chaîne de podcasts du Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM), reçoit Morgane Mignot, chargée de la conduite des études et des essais au Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (CEPPOL) de la Marine nationale, pour parler des nouveaux carburants du transport maritime et des pollutions qu’ils pourraient provoquer. Elle rappelle les objectifs de l’Organisation maritime internationale (OMI) : réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 % en 2030, de 80 % en 2040, pour atteindre zéro émission en 2050. Pour elle, « aucune solution miracle n’existe » : le choix dépend du type de transport. L’ammoniac, toxique et odorant, ne sera pas utilisé pour des navires à passagers ; l’hydrogène, le méthanol, les batteries ou la propulsion vélique sont d’autres pistes. Le gaz naturel liquéfié (GNL), déjà maîtrisé, reste selon elle une option dominante de transition, avec 79 installations de soutage dans le monde, dont 33 en Europe, et environ 7,4 % du tonnage mondial en service. Elle insiste sur la filière de production : la « couleur » de l’hydrogène (gris pour le fossile, noir pour la gazéification du charbon, vert pour le renouvelable, jaune pour le nucléaire) détermine son bilan réel. Les ports devront s’adapter, et certains navires pourraient suivre des circuits prédéfinis selon leur carburant.
Le coût, l’industrialisation et les infrastructures portuaires restent, selon elle, les principaux freins.
Se préparer aux pollutions chimiques en mer
La lutte contre les pollutions maritimes accidentelles est confiée à la Marine nationale, rappelle l’animateur, qui cite un arrêté du Premier ministre de 1972. Morgane Mignot explique que la pollution par hydrocarbures est connue, visible à la surface et traitée avec un matériel éprouvé, alors que les produits chimiques se comportent de façon très diverse : certains s’évaporent vite, d’autres se dissolvent dans la colonne d’eau, et beaucoup sont invisibles une fois à l’eau. Depuis près de vingt ans, le CEPPOL étudie chaque année deux ou trois produits en conditions réelles, en eau de mer, avec vagues et vent, pour rédiger des fiches d’intervention d’urgence chimique en mer, en s’appuyant sur le Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (CEDRE), basé à Brest. Le centre explore aussi l’usage de robots sous-marins pour prélever avant d’engager des plongeurs. Elle détaille enfin un exercice mené fin janvier qui a reproduit les quatre phases d’une intervention : prélèvement par robots sous-marins et drone aérien, analyse par le laboratoire d’analyse, de surveillance et d’expertise de la Marine (LASEM) et le CEDRE, intervention des plongeurs démineurs de l’Atlantique sur un fût fuyard, puis décontamination par les marins-pompiers de Brest.
Ce type d’exercice doit devenir annuel pour entretenir cette expertise.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- CEPPOL : Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution de la Marine nationale, où travaille l’invitée.
- Organisation maritime internationale (OMI) : elle fixe l’objectif de zéro émission de gaz à effet de serre en 2050.
- CEDRE : centre d’expertise sur les pollutions accidentelles des eaux, basé à Brest, partenaire des études du CEPPOL.
- LASEM : laboratoire d’analyse, de surveillance et d’expertise de la Marine, qui a analysé les prélèvements de l’exercice.
- ENSTA : École nationale supérieure de techniques avancées, associée au volet robots sous-marins.
- Plongeurs démineurs de l’Atlantique : unité spécialisée dans l’intervention en eau polluée.
- Marché carbone européen : il intègre le transport maritime depuis 2024.
Au fil de l’épisode
- 00:00:15 : le transport maritime face à la transition énergétique
- 00:01:16 : présentation de Morgane Mignot et du CEPPOL
- 00:01:37 : les objectifs de l’OMI pour 2030, 2040 et 2050
- 00:03:01 : ce que décarboner une flotte signifie pour les armateurs
- 00:04:27 : plus de 90 % de la flotte encore aux énergies fossiles : la diversification des carburants
- 00:05:52 : hydrogène, méthanol, ammoniac, batteries et propulsion vélique
- 00:07:17 : le GNL, carburant de transition
- 00:09:38 : les carburants de long terme et les couleurs de l’hydrogène
- 00:12:34 : coûts et infrastructures portuaires, les freins au déploiement
- 00:15:07 : la lutte antipollution face aux nouveaux carburants
- 00:16:21 : pollution par hydrocarbures et pollution chimique : les différences
- 00:19:28 : les études du CEPPOL et les fiches d’intervention d’urgence chimique
- 00:21:47 : robots sous-marins et plongeurs spécialisés
- 00:23:39 : l’exercice de fin janvier et ses quatre phases
FAQ
Quels sont les objectifs de l’OMI pour décarboner le transport maritime ?
Selon Morgane Mignot, l’Organisation maritime internationale vise une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre du transport maritime en 2030, de 80 % en 2040, puis zéro émission en 2050. Ces objectifs obligent les armateurs à diversifier les modes de propulsion, aucune solution unique ne s’imposant.
Pourquoi une pollution chimique est-elle plus difficile à combattre qu’une marée noire ?
D’après l’invitée, les hydrocarbures ont un comportement connu et restent visibles à la surface. Les produits chimiques, eux, sont très divers : certains s’évaporent, d’autres se dissolvent dans la colonne d’eau, beaucoup sont invisibles. Leur état physique et leur transport varient, ce qui complique l’équipement des équipes et le choix de la technique de lutte.
Qu’est-ce que le CEPPOL ?
Le CEPPOL est le Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution de la Marine nationale. Selon Morgane Mignot, il étudie chaque année des produits chimiques en conditions réelles pour rédiger des fiches d’intervention d’urgence, explore l’usage de robots sous-marins et organise des exercices réunissant tous les acteurs d’une intervention.
400 ans de la Marine – Episode 9 : La guerre franco-chinoise : la bataille de Fuzhou et le combat de Shipu
29 Oct
Le Carré #30 : Marine nationale et septième art
22 Oct
Echo – Episode 102 #2: ASPIDES : Immersion au coeur d’une opération européenne en mer Rouge
15 Oct
Echo – Episode 102 #1: ASPIDES : Immersion au coeur d’une opération européenne en mer Rouge
8 Oct
Le Carré #29 : Au cœur des fusiliers marins : immersion au sein de la CFM Bernier
1 Oct
Le Carré #28 : L’ADN des fusiliers marins : 170 ans d’histoire, de traditions et de formation
24 Sep
400 ans de la Marine – Episode 8 : La guerre de Crimée : le débarquement d’Eupatoria et la bataille de Kinbourn
17 Sep
Hors-série CESM X Musée national de la Marine – Les écrivains de la mer#3 : Sylvain Tesson, Sybille Montagne
30 Juil
Hors-série CESM X Musée national de la Marine – Les écrivains de la mer#2 : Isabelle Autissier, Philibert Humm, Jean-Luc Coatalem
23 Juil
Hors-série CESM X Musée national de la Marine – Les écrivains de la mer#1 : Erik Orsenna, Arnaud de la Grange, Patrick Deville
16 Juil
Le Carré #27 : Service national : découvrir la Marine de l’intérieur
9 Juil
400 ans de la Marine – Episode 7 : Les guerres de la Révolution française : les batailles de Prairial et d’Aboukir
2 Juil
Le fond des mers et ses usages stratégiques
27 Oct
Dans la peau d’un militaire du rang
22 Oct
De la manette au treillis : la grande alliance du jeu vidéo et de la défense
19 Oct
Entretien avec le chef de la mission Pégase 26
19 Oct
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely
16 Oct
#49 – La musique militaire : transmettre, rassembler, faire vivre l’histoire
15 Oct
L’homme qui murmure à l’oreille des chefs
1 Oct
Général Salvan : deux blessures et une vie de combat
1 Oct
#48 – Patrice Franceschi : aventurier, écrivain et soldat
1 Oct
Sandra Chenu Godefroy : « La photographie documentaire conserve une valeur particulière »
24 Sep
1826 – 2026 : Quand la photographie raconte la guerre
24 Sep
Ce que le Jaguar a dans le ventre
22 Sep
