
Horizons Marines, le podcast du Centre d'études stratégiques de la Marine, consacre le deuxième grand reportage de « Marine des Territoires » au lin et au chanvre, matières des voiles et des cordages des navires de guerre, à l'approche des 400 ans de la Marine. De Brest à Rochefort, en passant par Nantes et Landerneau, un administrateur de musée, un historien, une présidente d'association et un médiateur de la Corderie royale racontent comment ces fibres ont façonné les campagnes, les fleuves et les arsenaux.
Le chanvre, troisième matériau du navire de guerre
Pour ce deuxième grand reportage de la série « Marine des Territoires », réalisée par le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM) en vue des 400 ans de la Marine en 2026, Horizons Marines suit le lin et le chanvre, des champs aux voiles et aux cordages des navires de guerre, du XVIIe au XIXe siècle. Jean-Yves Besselièvre, administrateur du musée national de la Marine à Brest, explique que le chanvre est, après le bois et le fer, le troisième matériau principal d’un navire : il fournit les toiles à voile, les cordages et l’étoupe qui assure l’étanchéité des coques. Résistant à la traction et à la pourriture, il devient stratégique avec les marines de guerre permanentes. La Marine achète des toiles produites en Bretagne, autour de Noyal-sur-Vilaine et dans le sud du Finistère, et des fibres dont les meilleures viennent de Russie et des pays baltes, ce qui pose problème en cas de blocus anglais. Un vaisseau de 74 canons porte, selon lui, 2 000 à 3 000 mètres carrés de voile, assemblée en lés de 40 à 50 centimètres. Il décrit le rouissage, le teillage, le peignage, le filage et le tissage, les manufactures des arsenaux confiées à des investisseurs privés, et jusqu’à 1 400 ouvriers dans les deux corderies de Brest, dont des femmes et des forçats.
Au XIXe siècle, la vapeur réduit le besoin de voiles, et la Bretagne, explique-t-il, ne parvient pas à industrialiser sa production toilière.
Fleuves, sous-traitance et territoires
David Plouviez, maître de conférences en histoire moderne à l’université de Nantes, montre que la voie d’eau est le mode de transport majeur : la Loire et ses affluents drainent les matières premières vers Nantes, grand entrepôt d’où elles repartent vers Rochefort, Brest et Lorient, tandis que le Rhône les achemine jusqu’à Arles puis Toulon. Il insiste sur la sous-traitance, présente dès le XVIIe siècle à tous les niveaux de la construction navale militaire, qui permet à la Marine d’imposer ses normes de qualité, et sur une administration qui aménage le territoire et désenclave des provinces. À Landerneau, Andrée Le Gall Sanquer, présidente de l’association « Lin et chanvre en Bretagne », décrit le lin des terres limoneuses de la côte nord et le chanvre de l’intérieur, les milliers de routoirs du Trégor, le filage pratiqué par toutes les femmes et la société textile mécanisée fondée à Landerneau en 1845, dont le plus gros client était la Marine.
À la Corderie royale de Rochefort, Arnaud Dautricourt explique pourquoi le bâtiment mesure 374 mètres : on y « commet au tiers » des cordages qui, filés sur 300 mètres, donnent une encablure d’environ 200 mètres. La production y cesse vers 1862.
Pour aller plus loin
- Musée national de la Marine à Brest
- La Corderie Royale, Centre International de la Mer
- Lin et Chanvre en Bretagne
- « La Marine française et ses réseaux économiques au XVIIIe siècle », de David Plouviez
- « Les corsaires nantais pendant la Révolution française », de David Plouviez
- Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM)
- Les épisodes complets de Marine des Territoires
Les références de l’épisode
- Musée national de la Marine à Brest : musée administré par Jean-Yves Besselièvre.
- Corderie royale de Rochefort : manufacture d’État de cordages longue de 374 mètres, créée entre 1666 et 1669 selon l’épisode.
- Lin et chanvre en Bretagne : association basée à Landerneau, présidée par Andrée Le Gall Sanquer.
- Arsenal de Brest : siège de manufactures de toiles et de deux corderies royales.
- Toiles de Noyal : toiles à voile produites entre Rennes et Vitré, les plus recherchées par la Marine.
Au fil de l’épisode
- 00:00:04 : présentation de la série Marine des Territoires et des 400 ans de la Marine
- 00:02:47 : à Brest, le lin et le chanvre présentés par Jean-Yves Besselièvre
- 00:04:01 : les qualités du chanvre pour la marine
- 00:05:17 : les bassins de production et l’approvisionnement de la Marine
- 00:07:27 : les voiles d’un vaisseau, leurs règlements et leur assemblage
- 00:10:29 : hamacs, prélarts, tentes, cordages et étoupe
- 00:13:45 : du champ à la voile, les étapes de fabrication
- 00:15:53 : routoirs, maisons de tisserands et hôtels de négociants
- 00:17:56 : manufactures, corderies et ouvriers de l’arsenal de Brest
- 00:21:04 : le XIXe siècle, la vapeur et le déclin de la toile bretonne
- 00:22:21 : à Nantes, David Plouviez et le transport par voie d’eau
- 00:24:21 : le Rhône, Arles et Toulon
- 00:27:10 : la sous-traitance dans la construction navale militaire
- 00:29:36 : une Marine qui aménage le territoire
- 00:31:56 : à Landerneau, avec l’association Lin et chanvre en Bretagne
- 00:36:18 : le patrimoine des routoirs et des blanchisseries
- 00:39:13 : la société textile de Landerneau et la mécanisation
- 00:40:49 : la Corderie royale de Rochefort et les cordages des navires
- 00:43:58 : pourquoi un bâtiment de 374 mètres
- 00:46:06 : la fin de la production de cordages à Rochefort
- 00:47:18 : l’approvisionnement de l’arsenal de Rochefort
- 00:51:45 : Rochefort, une ville façonnée par la Marine
FAQ
À quoi servait le chanvre dans la marine à voile ?
Selon Jean-Yves Besselièvre, le chanvre fournissait les toiles à voile, les cordages et l’étoupe, fibre goudronnée qui rendait les coques étanches. C’était le troisième matériau d’un navire après le bois et le fer. Il servait aussi aux hamacs, aux prélarts et aux tentes des troupes de marine.
Pourquoi la Corderie royale de Rochefort mesure-t-elle 374 mètres ?
Arnaud Dautricourt explique qu’à Rochefort, on « commet au tiers » : en tordant les fils ensemble, le cordage perd un tiers de sa longueur. Des fils de 300 mètres donnent donc un cordage d’environ 200 mètres, la longueur d’une encablure, standard de la Marine. Avec ses deux pavillons, le bâtiment atteint 374 mètres.
Comment le chanvre et le lin arrivaient-ils dans les arsenaux ?
D’après David Plouviez, par la voie d’eau autant que possible, le transport terrestre étant lent et coûteux. La Loire et ses affluents menaient les matières vers Nantes, d’où des navires les acheminaient vers Rochefort, Brest et Lorient ; le Rhône les conduisait jusqu’à Arles, puis vers Toulon. Le transport était confié par contrat à des bateliers.
Pourquoi la production de toiles à voile a-t-elle décliné en Bretagne ?
Les intervenants citent deux causes : l’arrivée de la vapeur, qui réduit le besoin de voiles au XIXe siècle, et la difficulté des acteurs bretons à industrialiser leur production et à diversifier leurs marchés face au coton. La société textile fondée à Landerneau en 1845 dépendait surtout de la Marine.
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