
Horizons Marines, le podcast du Centre d'études stratégiques de la Marine, se rend à Brest au CEPPOL, le Centre d'expertises pratiques de lutte antipollution. Son directeur, le capitaine de vaisseau Gauthier Dupire, le capitaine de vaisseau Jean-Yves Billard, expert en stabilité, et l'ingénieur Bruno Lesven expliquent comment la Marine nationale se prépare aux pollutions accidentelles, du calcul de stabilité d'un navire avarié au choix des barrages, et ce que changeront les nouveaux carburants.
Né de l’Amoco Cadiz, expert de l’action de l’État en mer
Ce reportage du Carré, sur Horizons Marines, fait découvrir le Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (CEPPOL), installé à Brest et rattaché à la Marine nationale. Son directeur, le capitaine de vaisseau Gauthier Dupire, rappelle qu’il a été créé en 1979, après la marée noire de l’Amoco Cadiz de 1978 : 50 000 à 60 000 tonnes de pétrole et jusqu’à 375 kilomètres de côtes touchées, selon ses chiffres. Le centre lutte contre les pollutions maritimes accidentelles, hydrocarbures ou produits chimiques, mais pas nucléaires. Il définit les équipements achetés pour toutes les bases navales, forme les opérateurs, prépare les équipes d’évaluation et d’intervention et déploie ses experts auprès des préfets maritimes, sur toutes les façades françaises, de métropole et d’outre-mer, et parfois à l’étranger, comme à l’île Maurice pour le pétrolier Wakashio ou à Beyrouth après l’explosion du port. Militaires, ingénieurs civils, une docteure en océanographie physique et de nombreux réservistes y travaillent.
Le directeur décrit une chaîne d’alerte qui passe par les CROSS et associe le Cedre, et une coopération quotidienne avec l’Agence européenne pour la sécurité maritime (EMSA).
Calculer la stabilité d’un navire en détresse
Le capitaine de vaisseau Jean-Yves Billard, réserviste, coordonne le réseau d’assistance aux navires en difficulté (ANED), créé il y a deux ans, qui réunit des experts de la Direction générale de l’armement, de la marine marchande et des écoles de la Marine. Après une collision ou un échouement, son équipe construit en une à quatre heures un modèle approché du navire à partir de bases de données et des informations du bord et de l’armateur, puis évalue le risque de chavirement selon les critères de l’Organisation maritime internationale. « On ne prend pas les décisions », insiste-t-il : l’équipe du préfet maritime choisit d’évacuer ou de remorquer. Il désigne la Manche, au trafic très dense, et les détroits comme les zones les plus exposées.
Même un cargo sans cargaison pétrolière transporte plusieurs centaines de tonnes de combustible, rappelle-t-il.
Barrages, écrémeurs et pollutions de demain
Dans le hall d’exposition du centre, Bruno Lesven, ingénieur civil de la défense et chef de la division technique, présente le matériel : dispersants quand le pétrole s’y prête, barrages gonflables pour la haute mer, barrages plats près des côtes, écrémeurs oléophiles qui récupèrent un produit à 90 % de pétrole contre 50 à 60 % pour les anciens écrémeurs à seuil, filets confiés à des navires de pêche. Il a embarqué sur les interventions du TK Bremen, du Grande America et de la collision de l’Ulysse et du Virginia, et cite l’allègement préventif du porte-conteneurs Rokia Delmas échoué au large de l’île de Ré. Selon lui, chaque tonne récupérée en mer évite cinq à dix fois plus de déchets sur le littoral. Pour l’avenir, le capitaine de vaisseau Gauthier Dupire s’inquiète de la diversité des pollutions : produits chimiques en conteneurs, nouveaux carburants comme le gaz naturel liquéfié, l’hydrogène, l’ammoniaque ou le méthanol, parcs éoliens et routes arctiques.
Il annonce enfin le regroupement des missions de sauvegarde maritime de la Marine dans un centre unique, attendu pour l’été suivant.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (CEPPOL) : centre expert de la Marine nationale basé à Brest.
- Amoco Cadiz : marée noire de 1978 à l’origine de la création du CEPPOL en 1979.
- Wakashio : pétrolier à l’île Maurice, intervention citée par le directeur.
- Cedre : association née après l’Amoco Cadiz, chargée d’évaluer les pollutions et de mener des études.
- Agence européenne pour la sécurité maritime (EMSA) : partenaire qui entretient une flotte de navires sous contrat.
- Centres régionaux opérationnels de surveillance et de secours en mer (CROSS) : premiers alertés en cas de pollution.
- Réseau d’assistance aux navires en difficulté (ANED) : réseau d’experts coordonné par le capitaine de vaisseau Jean-Yves Billard.
- Organisation maritime internationale (OMI) : elle fixe les critères de stabilité des navires et vise la décarbonation du transport maritime.
- TK Bremen, Grande America, Rokia Delmas : accidents sur lesquels Bruno Lesven est intervenu ou qu’il cite.
- Erika et Prestige : accidents pétroliers historiques cités par l’ingénieur.
Au fil de l’épisode
- 00:00:58 : le capitaine de vaisseau Gauthier Dupire présente le CEPPOL
- 00:01:42 : pollutions accidentelles et création en 1979 après l’Amoco Cadiz
- 00:02:30 : les missions ajoutées, de l’assistance aux navires aux équipes d’évaluation
- 00:04:10 : une compétence sur toutes les façades et à l’étranger
- 00:05:01 : militaires, civils et réservistes au CEPPOL
- 00:05:47 : la chaîne d’alerte, des CROSS au Cedre
- 00:06:56 : la coopération avec l’EMSA
- 00:08:03 : la place de la Marine dans l’action de l’État en mer
- 00:08:30 : les conséquences d’une marée noire
- 00:09:35 : le capitaine de vaisseau Jean-Yves Billard et le réseau ANED
- 00:12:22 : qu’est-ce que la stabilité d’un navire ?
- 00:15:29 : une à quatre heures pour livrer une expertise
- 00:20:45 : la Manche et les détroits, zones les plus à risque
- 00:22:05 : Bruno Lesven, achats de matériel et formation des opérateurs
- 00:24:52 : dispersants et barrages de confinement
- 00:27:52 : le fioul lourd, polluant historique
- 00:29:58 : pourquoi on ne récupère jamais toute une nappe
- 00:32:19 : des écrémeurs à seuil aux écrémeurs oléophiles
- 00:33:14 : navires de pêche et filets antipollution
- 00:35:03 : nouveaux carburants et pollutions chimiques
- 00:36:55 : la pollution comme arme détournée
- 00:37:38 : éoliennes, routes arctiques et futur centre de sauvegarde maritime
FAQ
Qu’est-ce que le CEPPOL ?
Le Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution est un centre expert de la Marine nationale basé à Brest, créé en 1979 après l’Amoco Cadiz. Il prépare la lutte contre les pollutions maritimes accidentelles (hydrocarbures et produits chimiques) : choix et achat du matériel, formation des opérateurs, conseil aux préfets maritimes en cas de crise.
Comment évalue-t-on le risque de chavirement d’un navire avarié ?
Selon le capitaine de vaisseau Jean-Yves Billard, l’équipe construit un modèle approché du navire à partir de bases de données et des informations du bord : déplacement, tirant d’eau, plan des compartiments, zone touchée. Elle calcule la stabilité résiduelle selon les critères de l’OMI et transmet un pronostic, avec sa marge d’erreur, à l’équipe de crise du préfet maritime.
Quel matériel utilise-t-on contre une marée noire ?
D’après Bruno Lesven, on vérifie d’abord si le pétrole peut être dispersé chimiquement. Sinon, on le confine avec des barrages gonflables en haute mer ou plats près des côtes, tractés en U ou en J par deux bateaux, puis on le pompe avec des écrémeurs. Des filets tractés par des navires de pêche servent pour les pétroles très visqueux.
Pourquoi les nouveaux carburants compliquent-ils la lutte antipollution ?
Le capitaine de vaisseau Gauthier Dupire explique que l’hydrocarbure flotte, alors que chaque produit chimique se comporte différemment : certains s’évaporent, d’autres se diluent ou coulent. Avec la décarbonation voulue par l’OMI (gaz naturel liquéfié, hydrogène, ammoniaque, méthanol), le CEPPOL fait étudier par le Cedre le comportement de ces produits en mer.
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