
Le lieutenant Benjamin est data scientist dans le civil et réserviste à l'état-major interarmées de zone de défense et de sécurité Nord. Reçu dans Defcast, le podcast du ministère des Armées, il raconte ce qui l'a conduit, sans aucune tradition militaire familiale, à s'engager en 2020. Il décrit son travail de conduite, de l'appui aux autorités civiles à l'opération Sentinelle, les sigles qu'il faut apprivoiser, les vingt jours par an qu'il arrache à son activité d'indépendant et les rencontres qu'il dit ne pas regretter.
Des algorithmes au treillis
Data scientist dans le civil, le lieutenant Benjamin sert aussi comme réserviste à l’état-major interarmées de zone de défense et de sécurité Nord. Dans cet épisode de Defcast, le podcast du ministère des Armées, il explique son métier, raconte pourquoi il a rejoint la réserve opérationnelle en 2020 et ce qu’il y fait une vingtaine de jours par an. Pour présenter la data science, il prend l’exemple des recommandations d’un site de vente en ligne : des statistiques calculées sur l’historique de très nombreux clients. Il a lui-même travaillé pour Auchan. Sa reconversion part d’un séjour d’un an dans le Dakota du Nord, où il enseignait le français à l’université et se destinait à devenir enseignant-chercheur. En 2014 ou 2015, des collègues lui parlent de modèles capables de noter des dissertations ; curieux, il étudie les statistiques et constate que ces modèles, fiables à 90 %, associaient surtout les mots compliqués à une bonne note. Face aux « 40 doctorants pour un poste de maître de conférence », il change de voie. Il dit aujourd’hui être plus fier des quelque 800 professionnels de la data qu’il aide à progresser en Python ou en SQL que de son audience sur LinkedIn.
Rien ne le prédestinait à l’uniforme : il a grandi dans une famille monoparentale, sans militaire autour de lui. Un recueil de citations du général de Gaulle trouvé chez des amis, puis le respect des Américains pour leurs soldats, côtoyés sur le campus, l’ont décidé.
Conduite des opérations, sigles et fraternité
Son poste relève du « traitement J3 », la conduite des opérations. L’état-major a vocation à appuyer les autorités civiles en cas de catastrophe, inondation ou tornade, quand les moyens civils sont insuffisants, inadaptés ou inexistants. Depuis l’opération Sentinelle, explique-t-il, l’essentiel du travail consiste à négocier avec les autorités civiles un dispositif pour un événement, puis à le traduire en ordres pour les unités : qui va où, quand, avec quels effectifs et quelle logistique. Il s’efforce de faire au moins 20 jours par an, le minimum pour être noté. Il se souvient de sa fébrilité la première fois qu’on lui a mis un FAMAS dans les mains et de sa surprise devant les échanges entre chefs et subordonnés avant une décision. Le plus dur au début reste les sigles, et dans un état-major interarmées, les grades de la Marine. Il évoque le stage de formation initiale de l’officier de réserve à Saint-Cyr Coëtquidan, douze jours qui ont créé des amitiés durables, et une armée où se retrouvent « des gens de toute origine sociale, culturelle », où un colonel peut être issu du rang.
Il chiffre ce que la réserve coûte à un indépendant : un data scientist freelance facture en moyenne 500 euros par jour. D’où son appel à former les réservistes plutôt qu’à tout faire à leur place : « c’est plus une notion d’investissement ».
Le lieutenant Benjamin nous recommande…
« For What It’s Worth », le morceau qu’il cite de mémoire, entendu dans le film Lord of War avec Nicolas Cage, l’histoire d’un trafiquant d’armes.
Les références de l’épisode
- Opération Sentinelle : la mission sur le territoire national qui occupe aujourd’hui l’essentiel de son travail de conduite.
- Saint-Cyr Coëtquidan : où il a suivi le stage de formation initiale de l’officier de réserve.
- Général de Gaulle : un recueil de ses citations a éveillé son intérêt pour l’armée.
- Lord of War : le film avec Nicolas Cage dont il recommande la musique.
Au fil de l’épisode
- 00:00:55 : une année aux États-Unis et la place de l’armée dans la société américaine
- 00:01:38 : ce que fait un data scientist, l’exemple des recommandations en ligne
- 00:02:38 : de l’enseignement du français à la data science, les modèles qui notaient des dissertations
- 00:05:40 : pourquoi s’engager dans la réserve opérationnelle en 2020
- 00:07:26 : la première fois avec un FAMAS dans les mains
- 00:08:09 : l’écart entre l’idée d’un commandement par ordres et la réalité des échanges
- 00:09:18 : le plus difficile au début : les sigles et les grades de la Marine
- 00:10:31 : les missions de l’état-major interarmées de zone de défense et de sécurité Nord
- 00:12:20 : vingt jours par an, le minimum pour être noté
- 00:13:29 : le stage à Saint-Cyr Coëtquidan et les amitiés qui en sont nées
- 00:14:00 : les stages d’état-major et le rythme de progression choisi
- 00:15:32 : une armée où se retrouvent toutes les origines sociales
- 00:16:53 : le contexte international et les raisons de son engagement
- 00:18:54 : les conseils pour ne pas « passer pour un réserviste »
- 00:20:22 : ce que la réserve coûte à un indépendant et pourquoi former les réservistes
- 00:22:11 : sa recommandation musicale
- 00:23:54 : cybersécurité, intelligence artificielle et autres voies dans la réserve
FAQ
Combien de jours par an fait un réserviste de l’armée de Terre ?
Le lieutenant Benjamin s’efforce d’en faire au moins 20 par an : c’est, selon lui, le minimum pour être noté. On peut en faire moins sans être noté, ou davantage selon les budgets. Il explique qu’en dessous de ce seuil, il devient difficile de suivre les dossiers, et qu’une présence continue compte plus qu’une présence massive.
Que fait un réserviste dans un état-major interarmées de zone de défense ?
Il fait de la conduite, le « traitement J3 ». L’état-major appuie les autorités civiles en cas de catastrophe quand leurs moyens manquent. Depuis l’opération Sentinelle, le lieutenant Benjamin négocie surtout avec les autorités civiles le dispositif prévu pour un événement, puis le traduit en ordres pour les unités : lieux, horaires, effectifs et logistique.
Comment un data scientist devient-il officier de réserve ?
Le lieutenant Benjamin s’est engagé dans la réserve opérationnelle en 2020, après un stage de douze jours à Saint-Cyr Coëtquidan, la formation initiale de l’officier de réserve. Sans aucun militaire dans sa famille, il a été marqué par la lecture des citations du général de Gaulle et par l’estime dont les soldats jouissent aux États-Unis, où il a vécu un an.
Pourquoi est-il difficile de concilier réserve et activité indépendante ?
Selon le lieutenant Benjamin, un data scientist freelance facture en moyenne 500 euros par jour, bien plus que la solde d’un lieutenant. Chaque journée de réserve représente donc pour lui une perte de plusieurs centaines d’euros. Il ajoute que tous les réservistes renoncent à quelque chose, salaire ou vie de famille, et appelle les militaires d’active à les former plutôt qu’à tout faire seuls.
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