
Le capitaine Luc, officier de la 785e compagnie de guerre électronique de l'armée de Terre, répond au capitaine Brault dans Quartier Libre. Son métier : utiliser les ondes pour agir contre l'adversaire, en interceptant ses communications, en le localisant ou en le brouillant. Il explique ce que la guerre en Ukraine a changé, avec des brouilleurs jusqu'au fantassin, raconte une traque de plusieurs semaines au Sahel et décrit une unité où des soldats bricoleurs conçoivent eux-mêmes de nouveaux matériels.
Agir dans le spectre électromagnétique
Dans Quartier Libre, le podcast où le capitaine Brault interroge des militaires sur leur métier et leur vision du commandement, le capitaine Luc explique la guerre électronique, sa spécialité. Il la définit comme « l’action dans le spectre électromagnétique, mais contre l’adversaire » : on utilise les ondes pour l’écouter ou l’empêcher d’agir. L’armée distingue trois modes : la surveillance, c’est-à-dire l’interception des émissions et leur localisation, l’attaque, qui consiste à brouiller l’ennemi en émettant plus fort que lui sur la même fréquence, et la défense, pour se protéger soi-même. Il distingue aussi la guerre électronique de la cyberguerre, qui se joue « à coup de clavier » dans le milieu virtuel. Son unité, la 785e compagnie de guerre électronique, créée en 1958, expérimente le matériel existant pour orienter les achats de l’armée de Terre, de la Marine nationale et de l’armée de l’Air, et innove en concevant ses propres équipements. Il précise que, sur un champ de bataille saturé comme en Ukraine, une émission peut être localisée en quelques secondes, en croisant les directions relevées par deux capteurs ; le délai dépend ensuite de la transmission de la position à l’artillerie. Avec l’agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense, l’unité développe un outil capable de repérer un signal plus vite que l’oreille humaine dans un environnement très brouillé.
L’Ukraine n’a pas inventé de brouillage révolutionnaire, selon lui, mais l’a généralisé : il descend jusqu’au fantassin, équipé d’un brouilleur de poche, et vise surtout les drones, au point de voir apparaître des drones guidés par fibre optique. Il ajoute que l’armée travaille sur la question de Starlink, qu’elle ne sait pas encore brouiller.
Traquer un chef au Sahel
Lieutenant au Sahel, le capitaine Luc a été adjoint d’un centre d’interception, avec des analystes, des linguistes et des opérateurs capables d’aller sur le terrain. Les cibles étaient des chefs de groupes armés terroristes, dont on interceptait les messages et les métadonnées. Il raconte une traque d’environ un mois : le chef visé communiquait peu et passait par ses adjoints, que l’équipe suivait, jusqu’à ce qu’une émission apparaisse dans un lieu inattendu. Il décrit la salle qui « se fige », le drone envoyé pour confirmer la position, puis la fouille de la zone, où l’homme n’était plus. Il explique comment on rattache une onde à une personne : les numéros d’un téléphone ou la signature propre à un talkie-walkie. Fils d’un militaire du renseignement, d’un naturel discret, il dit vivre sans difficulté le secret de son métier. Il juge les transmissions françaises plutôt robustes, mais signale les objets connectés comme un point de vigilance, et rappelle que les communications civiles captées lors des essais sur le territoire national sont détruites, sous le contrôle de la loi.
Passé par cinq années de droit avant Saint-Cyr comme officier sur titre, il décrit un commandement fondé sur l’écoute et la confiance, et une unité d’un peu moins de 80 personnes où radioamateurs, développeurs et bricoleurs proposent leurs inventions. Il cite une application sur smartphone, reliée à une petite radio et à des antennes, qui indique sous forme de boussole d’où vient une émission : environ 1 000 euros, conçue en une ou deux semaines par un sous-officier développeur.
Pour aller plus loin
- S’engager dans l’armée de Terre
- Prendre rendez-vous avec un conseiller en recrutement
- Témoigner dans Quartier Libre
- Le capitaine Brault sur LinkedIn
- La chaîne YouTube du capitaine Brault
- Le capitaine Brault sur TikTok
- Le Discord pour poser ses questions sur l’engagement
Les références de l’épisode
- La 785e compagnie de guerre électronique, unité d’expérimentation et d’innovation de l’armée de Terre, créée en 1958.
- L’agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense, partenaire d’un projet de détection des signaux.
- Starlink, réseau de communication par satellite utilisé sur le champ de bataille ukrainien.
- Le PR4G, poste radio de l’armée française, dont l’invité évoque la sécurité.
- Les IMSI catchers, matériels qui ciblent les téléphones.
- Saint-Cyr, où l’invité est entré comme officier sur titre.
Au fil de l’épisode
- 00:00:23 : présentation du capitaine Luc et de son unité
- 00:00:55 : ce qu’est la guerre électronique
- 00:02:15 : analogique, numérique, électromagnétique et cyber
- 00:03:52 : la mission de la 785e compagnie de guerre électronique
- 00:05:10 : attaque, défense et renseignement électronique
- 00:07:08 : localiser une émission en quelques secondes
- 00:08:25 : l’intelligence artificielle face à la saturation
- 00:10:09 : le brouillage généralisé en Ukraine et la menace des drones
- 00:12:15 : Starlink et les drones à fibre optique
- 00:15:35 : une mission d’interception au Sahel
- 00:16:52 : un mois de traque d’un chef de groupe armé
- 00:21:46 : vivre avec le secret du renseignement
- 00:23:47 : objets connectés et sécurité des transmissions
- 00:27:56 : du droit à Saint-Cyr, commander comme officier sur titre
- 00:31:14 : commander des spécialistes
- 00:32:52 : des soldats bricoleurs et l’innovation par le bas
- 00:34:35 : la devise de l’unité et le style de commandement
- 00:36:06 : une application de goniométrie conçue en deux semaines
- 00:38:12 : message aux jeunes passionnés de technique
FAQ
Qu’est-ce que la guerre électronique ?
Selon le capitaine Luc, c’est l’action dans le spectre électromagnétique contre l’adversaire. Elle comprend trois modes : intercepter et localiser ses émissions, l’attaquer en brouillant ses communications ou ses drones, et se défendre. Elle se distingue de la cyberguerre, qui se joue dans le milieu virtuel, alors que la guerre électronique se joue sur le champ de bataille.
Combien de temps faut-il pour localiser une émission radio ?
D’après le capitaine Luc, cela dépend de la puissance de l’émetteur et du terrain, mais avec les bons outils et à portée de l’émission, la localisation peut être quasi instantanée. On croise les directions relevées par deux capteurs pour confirmer la position. Le délai tient surtout à la transmission de l’information à l’artillerie ou aux hélicoptères.
Comment la guerre en Ukraine a-t-elle changé le brouillage ?
Le capitaine Luc explique que le brouillage n’est pas nouveau, mais qu’il s’est répandu sur tout le champ de bataille depuis 2022, jusqu’au fantassin équipé d’un brouilleur de poche. Il vise désormais surtout les drones, ce qui a conduit à l’apparition de drones guidés par fibre optique et à des parades cinétiques.
Que fait la 785e compagnie de guerre électronique ?
Créée en 1958, cette unité de l’armée de Terre d’un peu moins de 80 personnes expérimente le matériel de guerre électronique pour orienter les achats des armées et développe ses propres équipements. Le capitaine Luc décrit des soldats radioamateurs, développeurs ou bricoleurs qui y proposent leurs inventions, et précise que l’unité recrute.
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