
Massacre, ancien soldat de l'armée de Terre passé par un régiment de hussards, est connu pour ses sketchs sur les absurdités de la vie militaire. Le capitaine Brault le reçoit dans Quartier Libre, le podcast de l'Armée de Terre recrute. Il y raconte comment l'humour l'a aidé à s'intégrer, ce qu'il a vécu au Mali, la blessure invisible qui l'a poussé à quitter l'institution, puis la création de son entreprise et d'une association de soutien aux blessés. Avec une question en fil rouge : peut-on rire de ses chefs ?
Le vanneur de la chambrée
Dans cet épisode de Quartier Libre, le podcast de l’Armée de Terre recrute animé par le capitaine Nicolas Brault, Massacre, ancien soldat devenu humoriste et créateur de contenu, revient sur près de cinq ans d’engagement dans un régiment de hussards et sur la place de l’humour dans la vie militaire et dans le commandement. Il se décrit comme un soldat moyen, « 12,25 sur 20 », qui « voulait faire le taf ». La première vanne date de sa première semaine de classe : il imite dans la chambrée les cadres aux comportements atypiques, et l’un d’eux lui demande de recommencer devant lui. L’humour, explique-t-il, lui sert depuis l’enfance à se faire accepter : « J’ai compris que l’humour c’était un moyen de passage exceptionnel. L’autodérision, accepter la moquerie. » Il a aussi ses limites : un lieutenant le convoque pour lui demander de « canaliser » ses rires, à un moment où la mission à Djibouti était éprouvante (chaleur, fatigue, éloignement des familles, ennui et « saucisses volantes », ces petites missions qui ne le sont jamais). Au Mali, en 2020 et 2021, sa première mission opérationnelle, l’humour devient plus noir. Il décrit le silence, puis les engins explosifs improvisés (IED) sur les axes, les tirs à longue distance et un matin où le camp est pris pour cible sans faire de blessés. Il estime qu’on peut rire de tout à condition de l’approcher autrement, mais s’interdit d’évoquer la partie opérationnelle sérieuse et le traumatisme, par crainte des conséquences d’une blague mal reçue. Ses sketchs croquent des types, du caporal de la garde au « vieux caporal-chef », sans nommer personne : pour lui, l’armée est « un groupe de personnages » qui ont choisi de servir.
À ceux qui lui reprochent de dévaloriser l’institution, il répond par les messages qu’il reçoit : « grâce à toi, j’arrive à en parler et à montrer à ma famille ce qui se passe ». Le capitaine Brault y voit un sujet de communication pour l’armée, entre l’image de force qu’exige la dissuasion et la réalité du quotidien que veulent connaître les jeunes tentés par l’engagement.
Du retour du Mali à l’entreprise
Massacre parle ensuite de l’homme derrière le personnage. Il évoque un père très dur, qui lui avait dit à 17 ans qu’il n’irait « jamais dans l’armée », et une scolarité en rupture : l’armée, dit-il, l’a « reprogrammé » et a canalisé son immaturité. Le retour du Mali se passe mal : il ne parvient pas à reprendre pied, jusqu’à un excès d’alcool qui sert de déclic. Un capitaine le recadre puis lui dit que, si c’est lié au Mali, il faut en parler. Il consulte un psychologue militaire et prend conscience d’une blessure qu’il pensait réservée aux autres. Il quitte l’armée, devient assistant d’éducation dans un lycée de Marseille, puis ses vidéos prennent tant de place, jusqu’à trois heures de montage chaque soir, que le couple vend tout et part en Bretagne avec six valises pour lancer une marque de patchs et de t-shirts. Il raconte aussi, avec autodérision, une vache qui menace une piste d’atterrissage au Mali au moment où un avion décolle.
Il a cofondé une association de soutien aux blessés qui compte plus de vingt bénévoles, dont des psychologues et des juristes. De l’armée, il garde la cohésion et la fraternité ; il ne regrette pas l’attente.
Massacre nous recommande…
« Il faut sauver le soldat Ryan » : le film avec lequel il a grandi et qui l’a, dit-il, un peu guidé vers l’armée.
Pour aller plus loin
- Les métiers de l’armée de Terre sur sengager.fr
- Prendre rendez-vous avec un conseiller en recrutement
- Proposer un invité pour Quartier Libre
- Le capitaine Nicolas Brault sur LinkedIn
- La chaîne YouTube du capitaine Brault
- Le compte TikTok du capitaine Brault
Les références de l’épisode
- Djibouti : mission éprouvante où son humour sert à soutenir le moral du groupe.
- Mali : sa première mission opérationnelle, en 2020 et 2021.
- Engin explosif improvisé (IED) : menace principale décrite au Mali.
- Véhicule blindé léger (VBL) : véhicule de sa section au Mali.
- Il faut sauver le soldat Ryan : le film qu’il emporterait sur le front.
Au fil de l’épisode
- 00:01:13 : quel soldat il était au début de son engagement
- 00:02:06 : la première vanne, en première semaine de classe
- 00:02:57 : l’humour pour s’intégrer depuis l’enfance
- 00:03:52 : convoqué par le lieutenant pour avoir trop ri
- 00:04:59 : Djibouti, la cohésion et les « saucisses volantes »
- 00:06:46 : être enfermé dans le rôle du déconneur de service
- 00:09:06 : le Mali, sa première mission opérationnelle
- 00:10:14 : le silence, les IED et le camp pris pour cible
- 00:12:02 : peut-on rire de tout
- 00:13:38 : ses limites : le trauma et l’opérationnel
- 00:14:18 : croquer les personnages de l’armée sans cruauté
- 00:15:33 : le « théâtre aux armées » et les contre-ordres
- 00:17:31 : les critiques et les messages de soutien
- 00:20:07 : comment les chefs voient l’humour sur l’armée
- 00:22:07 : l’humour pour faire remonter ce qui ne va pas
- 00:23:32 : un père dur et la décision de s’engager
- 00:26:32 : ce que l’armée lui a apporté
- 00:28:04 : la vache sur la piste d’atterrissage au Mali
- 00:32:11 : ce qui lui manque et ce qui ne lui manque pas
- 00:34:04 : le retour du Mali et la blessure invisible
- 00:37:00 : de l’éducation à l’entreprise
- 00:40:21 : la création d’une association de soutien aux blessés
- 00:42:25 : le questionnaire final
FAQ
Qui est Massacre ?
Massacre est un ancien soldat de l’armée de Terre, passé par un régiment de hussards et engagé à Djibouti puis au Mali, devenu humoriste et créateur de contenu. Ses sketchs, suivis par des centaines de milliers de personnes, moquent les petites absurdités de la vie militaire à travers des personnages types, sans nommer personne.
Pourquoi l’humour est-il important dans un groupe de soldats ?
Selon Massacre, l’humour soutient la cohésion dans les moments éprouvants, comme une mission marquée par la chaleur, la fatigue et l’éloignement des familles. Il permet aussi aux soldats de partager leur quotidien avec leurs proches, alors que le monde militaire leur paraît souvent trop séparé du monde civil pour être raconté.
Pourquoi Massacre a-t-il quitté l’armée ?
Après son retour du Mali, il ne parvient pas à reprendre pied et un excès d’alcool lui fait comprendre qu’il doit s’arrêter. Un capitaine l’invite à parler si son mal-être est lié au Mali. Il consulte alors un psychologue militaire et prend conscience d’une blessure invisible, avant de quitter l’institution.
Peut-on rire de tout dans l’armée selon Massacre ?
Il pense qu’on peut rire de tout, à condition de l’aborder autrement, mais il fixe ses propres limites : il n’évoque jamais la partie opérationnelle sérieuse ni le traumatisme, parce qu’une blague peut avoir des conséquences graves. Il préfère rester sur la cohésion et les travers du quotidien.
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