
Le médecin en chef Nicolas, anesthésiste-réanimateur, dirige le Centre de traitement des brûlés de l'hôpital Percy. Le 2 janvier 2026, il part en Suisse avec une équipe militaire pour aider les hôpitaux débordés par l'afflux de blessés de l'incendie du Constellation, à Crans-Montana. Il raconte le tri des patients, l'accueil de six blessés à Percy, et son quotidien auprès des grands brûlés, entre technique de réanimation, travail d'équipe et préparation aux blessés de guerre.
Quarante-huit heures en Suisse pour trier les blessés
Dans Defcast, le podcast du ministère des Armées, le médecin en chef Nicolas, anesthésiste-réanimateur et chef du Centre de traitement des brûlés de l’hôpital national d’instruction des armées (HNIA) Percy, à Clamart, raconte la mobilisation du Service de santé des armées après l’incendie du Constellation, un bar de Crans-Montana, en Suisse, dans la nuit du 1er janvier 2026. Le bilan cité dans l’épisode fait état de 41 morts et de près de 120 blessés graves. En permission ce jour-là, il suit les bilans s’alourdir : « vers 11 h, on se rend bien compte qu’un pays aussi organisé et bien doté, quel qu’il soit, ne peut pas faire face seul à ce type d’afflux massif de victimes ». Son équipe d’évaluation des victimes, entièrement militaire (un chirurgien, un anesthésiste-réanimateur, une infirmière spécialisée dans les brûlés et un officier de liaison), part le lendemain, pendant que les services de grands brûlés de Percy et de l’hôpital Sainte-Anne à Toulon libèrent des lits. Sur place, de Sion à Lausanne, elle passe dans les hôpitaux pour dresser la liste des patients les plus graves et vérifier s’ils peuvent être transportés, liste soumise deux fois par jour au mécanisme multinational qui répartit les évacuations par avion vers les centres européens. Le dispositif est né, explique-t-il, après l’incendie d’une discothèque de Bucarest au milieu des années 2010, et a été conçu notamment par son prédécesseur.
Percy accueille six blessés en deux vagues, vers 2 h du matin, tous en réanimation, « en coma artificiel, avec un support ventilatoire ».
Soigner les grands brûlés, se préparer aux blessés de guerre
Le médecin en chef décrit ensuite son métier. Le centre de Percy, créé au début des années 1960 et reconstruit en 2017, compte 12 lits où l’on peut faire réanimation ou soins continus ; la France dispose selon lui d’une douzaine de centres et d’une centaine de lits de réanimation pour brûlés en métropole. Un grand brûlé, c’est au-delà de 20 à 30 % de la surface du corps, ou une zone à risque comme le visage. Chaque pansement mobilise quatre à cinq soignants et se fait d’abord sous anesthésie générale, tant la douleur est intense. Né en Alsace, il raconte avoir choisi la médecine militaire pour « soigner ceux qui se battent pour mon pays », passé par le 1er régiment d’hélicoptères de combat à Phalsbourg, où il pratiquait les évacuations sanitaires en Super Puma. L’hôpital militaire soigne surtout des civils d’Île-de-France, de Normandie et de Bourgogne : c’est, dit-il, la meilleure façon d’être prêt à recevoir des blessés de guerre brûlés en nombre. Il parle aussi de la charge émotionnelle, partagée en équipe, de la brûlure comme « maladie de la misère sociale » et du long parcours de rééducation qui suit le passage en réanimation.
« Tout seul, l’anesthésiste-réanimateur que je suis, il ne fait rien », résume ce joueur de rugby, qui met de la musique électro pendant les pansements.
Les références de l’épisode
- Hôpital national d’instruction des armées Percy : à Clamart, abrite le Centre de traitement des brûlés dirigé par l’invité.
- Service de santé des armées : a mobilisé son équipe d’évaluation des victimes et ses services de grands brûlés après le drame.
- Incendie du Constellation : bar de Crans-Montana, en Suisse, ravagé par un incendie dans la nuit du 1er janvier 2026.
- Hôpital d’instruction des armées Sainte-Anne : à Toulon, l’autre service militaire de grands brûlés mis en alerte.
- Hôpital de Sion et centre hospitalier universitaire de Lausanne : établissements suisses visités par l’équipe d’évaluation.
- 1er régiment d’hélicoptères de combat : à Phalsbourg, première affectation de l’invité comme médecin d’unité.
Au fil de l’épisode
- 00:00:26 : présentation du médecin en chef Nicolas et de son goût pour le rugby
- 00:01:13 : l’incendie du Constellation et l’alerte du 1er janvier
- 00:03:04 : l’équipe d’évaluation des victimes et la mise en alerte des services de brûlés
- 00:04:25 : sur place, repérer les patients graves et évacuables
- 00:06:01 : Bucarest et la naissance du plan européen pour les afflux massifs de brûlés
- 00:07:00 : 48 heures de Sion à Lausanne
- 00:07:44 : l’arrivée de six blessés à Percy
- 00:09:12 : le Centre de traitement des brûlés de Percy
- 00:10:33 : qu’est-ce qu’un grand brûlé
- 00:12:18 : une prise en charge qui mobilise toute une équipe
- 00:13:13 : de l’Alsace à la médecine militaire
- 00:16:09 : ce qui change dans un hôpital militaire
- 00:17:41 : la brûlure, un monde à part
- 00:19:16 : prendre du recul face aux drames
- 00:23:48 : une maladie de la misère sociale
- 00:24:52 : la vie après le centre, rééducation et séquelles
- 00:28:09 : la musique pendant les pansements
FAQ
Quel a été le rôle du Service de santé des armées après l’incendie de Crans-Montana ?
Une équipe militaire d’évaluation des victimes est partie en Suisse le 2 janvier 2026. Pendant 48 heures, elle a visité les hôpitaux de Sion à Lausanne pour lister les brûlés les plus graves pouvant être évacués vers d’autres pays européens. L’hôpital Percy a ensuite accueilli six blessés en réanimation.
Qu’est-ce qu’un grand brûlé ?
Selon le médecin en chef Nicolas, on parle de grand brûlé au-delà de 20 à 30 % de la surface du corps atteinte. Chez l’adulte, au-delà de 20 %, l’organisme ne parvient plus à s’adapter et le pronostic vital peut être engagé. Une surface plus petite peut suffire sur une zone à risque, comme le visage.
Pourquoi un hôpital militaire soigne-t-il des brûlés civils ?
Le Centre de traitement des brûlés de Percy accueille surtout des civils d’Île-de-France, de Normandie et de Bourgogne. Pour le médecin en chef, c’est la meilleure façon de s’entraîner chaque jour afin d’être prêt à prendre en charge des blessés de guerre brûlés en nombre si les armées françaises sont engagées dans un conflit.
Combien de centres de traitement des brûlés y a-t-il en France ?
D’après l’invité, la France compte environ une douzaine de centres de traitement des brûlés, soit un peu moins de 200 places, dont une centaine de lits de réanimation en métropole. Le centre de Percy, livré en 2017, dispose de 12 lits.
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