
Le lieutenant-colonel Éric, pilote d'A400M de l'armée de l'Air et de l'Espace, est l'invité de Defcast, le podcast du ministère des Armées. En 2025, il a conduit la campagne d'expérimentation de l'avion de transport en conditions « temps froid », dans l'Arctique, par des températures descendues jusqu'à moins 45 degrés. Aucun A400M ne s'était encore posé sur une piste couverte de neige ou de glace. Le pilote raconte la préparation pas à pas, le premier atterrissage dans le jour blanc, les imprévus techniques, et ce goût de l'expérimentation hérité d'une famille d'aviateurs.
Se poser là où aucun A400M ne s’était posé
Pilote d’A400M et membre de l’équipe de marque avion de transport rattachée au Centre d’expertise aérienne militaire, le lieutenant-colonel Éric raconte dans Defcast la campagne d’expérimentation « temps froid » menée en 2025 dans le Grand Nord. Il présente d’abord l’avion : un cargo militaire de dernière génération, capable de se poser sur des terrains sommairement préparés et de larguer hommes et matériel de jour comme de nuit. Cette campagne prolonge, explique-t-il, une dizaine d’années de travail sur les posés en terrain sommaire, menés avec le 25e régiment du génie de l’air : d’abord à Gao, au Mali, plateforme de l’opération Barkhane dont la piste principale a fermé pour travaux, puis sur des pistes de 20 mètres de large, au lieu des 27,40 mètres du manuel, pour atteindre les îles Éparses du canal du Mozambique, avec l’appui de la Direction générale de l’armement (DGA). Pensée en 2021 pour les possessions françaises en Antarctique, l’étude s’est tournée vers l’Arctique avec la guerre en Ukraine. Faute d’avoir pu la confier à Airbus, l’armée de l’Air et de l’Espace l’a conduite elle-même.
La démarche se veut progressive : une première étape au Canada, auprès d’experts du milieu, sur quatre pistes aux enneigements différents, puis une seconde au Groenland, au-delà du cercle polaire.
Le jour blanc de Station Nord
Le pilote décrit l’arrivée sur Station Nord, au Groenland : soleil à peine au-dessus de l’horizon, murs de neige près de deux mètres de haut et piste presque invisible, « du blanc sur du blanc ». L’équipage engage une approche de précision guidée par les GPS militaires de l’avion, qui permet un guidage horizontal et vertical à quelques mètres près. La piste n’apparaît qu’à une soixantaine de mètres de hauteur. Après le posé, le pilote de sécurité danois qui les accompagnait leur confie qu’il ne se serait jamais posé dans ces conditions. Le lieutenant-colonel en retient une leçon d’humilité face à un milieu mal connu, illustrée par un capteur de rampe de soute mis en défaut par le froid, qui empêchait de voler pressurisé ; un retour d’expérience partagé avec les équipes d’Airbus présentes. Il revient aussi sur son parcours : un grand-père pilote de Spitfire, l’esprit d’équipage, le Transall en opérations extérieures au Tchad et en Afghanistan, le Falcon 900 et un échange à l’Empire Test Pilot School en Angleterre.
Prochaines étapes, selon lui : se poser sur la banquise et sur des glaciers, larguer jusqu’à plus de 11 000 mètres d’altitude, et donner à la France une capacité d’opérer dans tous les environnements froids.
Les références de l’épisode
- A400M : avion de transport tactique de l’armée de l’Air et de l’Espace.
- Centre d’expertise aérienne militaire : le centre chargé de rendre opérationnelles les capacités livrées par les industriels.
- 25e régiment du génie de l’air : partenaire chargé de caractériser, entretenir et déneiger les pistes.
- Opération Barkhane : l’opération au Sahel dont Gao était le principal hub.
- Îles Éparses : îles du canal du Mozambique dont certaines pistes font 20 mètres de large.
- Station Nord : station du Groenland où a eu lieu le premier posé sur neige compactée.
- Empire Test Pilot School : l’école d’essais anglaise où le pilote a effectué un échange.
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 : Présentation du lieutenant-colonel Éric, pilote d’A400M
- 00:02:06 : L’A400M, un avion de transport tactique de dernière génération
- 00:03:25 : Le rôle de l’équipe de marque et du Centre d’expertise aérienne militaire
- 00:04:19 : Dix ans de posés en terrain sommaire, de Gao aux îles Éparses
- 00:07:18 : De l’Antarctique à l’Arctique, l’origine du projet
- 00:08:34 : Une préparation incrémentale avec le 25e régiment du génie de l’air
- 00:09:55 : Première étape au Canada
- 00:11:35 : Au-delà du cercle polaire, le risque et l’appréhension
- 00:13:35 : Le premier posé à Station Nord dans le jour blanc
- 00:17:21 : L’esprit pionnier de l’armée de l’Air et de l’Espace
- 00:18:01 : La leçon d’humilité
- 00:19:17 : La rampe de soute et le capteur gelé
- 00:20:40 : Une vocation familiale de pilote
- 00:22:29 : L’esprit d’équipage
- 00:23:25 : Du Transall au Falcon 900, puis l’école d’essais
- 00:24:48 : Banquise, glaciers et largage à très haute altitude
FAQ
Pourquoi l’A400M a-t-il été testé dans l’Arctique ?
Selon le lieutenant-colonel Éric, la réflexion a commencé en 2021 pour les possessions françaises en Antarctique, puis s’est tournée vers l’Arctique avec la guerre en Ukraine. Aucun A400M ne s’était encore posé sur une piste couverte de neige ou de glace, et Airbus n’ayant pas pu prendre en charge l’étude, l’armée de l’Air et de l’Espace l’a menée elle-même en 2025.
Comment s’est passé le premier atterrissage à Station Nord ?
L’équipage est arrivé dans des conditions de jour blanc, avec une piste presque invisible. Il a réalisé une approche de précision grâce aux GPS militaires de l’avion et n’a vu la piste qu’à une soixantaine de mètres de hauteur. Le pilote de sécurité danois leur a ensuite dit qu’il ne se serait jamais posé dans ces conditions.
Quel rôle a joué le 25e régiment du génie de l’air ?
D’après le pilote, le régiment est un pilier de la capacité nationale : ses experts caractérisent la piste (nature du sol, état de la neige, friction), l’entretiennent, la déneigent et sécurisent ses abords. L’équipe de l’A400M travaille avec lui depuis une dizaine d’années sur les posés en terrain sommaire.
Quels sont les prochains défis pour l’A400M en milieu froid ?
Le lieutenant-colonel Éric veut aller plus loin dans le grand froid : se poser sur la banquise, au risque de la voir céder sous l’avion, et sur des glaciers, comme le font d’autres nations. Il évoque aussi des largages jusqu’au niveau 380, un peu plus de 11 000 mètres, et de nouveaux standards pour emporter plus de charge plus loin.
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