Podcast Défense.
Le Collimateur16 mars 202524 min

Ukraine : qui veut d’un cessez-le-feu ? [Zone d’opérations #1]

avec Joseph Henrotin

Joseph Henrotin, guerre en Ukraine, Koursk et cessez-le-feu en mars 2025

Joseph Henrotin, rédacteur en chef du magazine Défense et sécurité internationale, ouvre avec Alexandre Jubelin un nouveau rendez-vous du Collimateur consacré à l'actualité militaire. Enregistré le 12 mars 2025, alors que les États-Unis parlent de cessez-le-feu, l'entretien fait le point sur le front ukrainien : l'évacuation de la poche de Koursk, l'essoufflement russe dans le Donbass, les frappes de drones sur les villes et les raffineries. Il rappelle qu'un cessez-le-feu n'est pas la paix.

Koursk, Donbass, raffineries : lire le front avant un cessez-le-feu

Joseph Henrotin, rédacteur en chef de Défense et sécurité internationale (DSI), analyse avec Alexandre Jubelin l’état de la guerre en Ukraine au moment où l’on parle d’un cessez-le-feu. L’entretien, enregistré le 12 mars 2025, ouvre un rendez-vous régulier entre Le Collimateur et DSI. Joseph Henrotin distingue trois évolutions. La première est l’évacuation par les Ukrainiens de la poche de Koursk, conquise lors de l’offensive surprise de l’été en territoire russe. Il rappelle que cette offensive ne faisait pas consensus dans l’armée ukrainienne : certains voulaient tenir le Donbass, d’autres prendre un gage territorial à échanger lors de négociations ou attirer des forces russes loin du front. Les Russes ont répondu en y concentrant leurs troupes et celles de la Corée du Nord. Reste à savoir, dit-il, si le retrait autour de Soudja s’est fait en bon ordre. La deuxième évolution est le ralentissement des gains russes dans le Donbass, qu’il relie à la notion de point culminant d’une offensive, le moment où l’effort s’épuise, en le comparant à un coureur qui doit faire une pause avant d’être « dans le rouge ». La troisième est stratégique : les campagnes de frappes à longue distance. Les drones d’attaque russes obligent l’Ukraine à masser sa défense aérienne autour des villes, au détriment du front ; les drones ukrainiens, capables selon lui de frapper à plus de 1 000 km avec 15 à 20 kilos d’explosif, visent les raffineries et les stations de pompage, qu’il présente comme le centre de gravité de la Russie, puisque « l’argent est le nerf de la guerre ».

Sur le cessez-le-feu, il rappelle les huit années de trêves violées dans le Donbass après les accords de Minsk et distingue la paix négative, simple absence de guerre, de la paix positive. Pour lui, « ce ne sont pas les gens à l’extérieur qui décident » : la volonté des belligérants reste déterminante.

Les références de l’épisode

  • Défense et sécurité internationale (DSI) : le magazine dont Joseph Henrotin est rédacteur en chef, qui annonce un hors-série consacré à la défense sol-air.
  • Offensive ukrainienne dans la région de Koursk : la prise d’un territoire russe à l’été, dont l’évacuation est analysée dans l’épisode.
  • Accords de Minsk : les trêves dans le Donbass dont l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) relevait les violations quotidiennes.
  • Starlink : l’un des soutiens américains suspendus à l’Ukraine juste avant les discussions sur le cessez-le-feu, selon l’invité.
  • La flak autour de Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale : le précédent qu’il cite pour expliquer le repli des défenses aériennes vers la capitale.

Au fil de l’épisode

  • 00:01:12 : la relance d’un partenariat régulier entre Le Collimateur et DSI
  • 00:02:52 : un cessez-le-feu, mais des champs de bataille toujours actifs
  • 00:03:39 : l’évacuation de la poche de Koursk et les débats sur l’offensive ukrainienne
  • 00:04:32 : ce que désigne l’échelon opératif, entre tactique et stratégie
  • 00:07:58 : un retrait en bon ordre ou non, et la pression sur les lignes de communication
  • 00:09:05 : le ralentissement russe dans le Donbass et la notion de point culminant
  • 00:10:49 : les campagnes de frappes russes sur les villes et l’effet sur la défense aérienne ukrainienne
  • 00:12:52 : les frappes ukrainiennes sur les raffineries et le centre de gravité de la Russie
  • 00:14:52 : les frappes vers Moscou et le repositionnement des défenses aériennes
  • 00:16:37 : la perspective d’un cessez-le-feu et la volonté des belligérants
  • 00:19:41 : les leçons des accords de Minsk, paix négative et paix positive
  • 00:21:30 : le prochain hors-série de DSI sur la défense sol-air

FAQ

Pourquoi l’Ukraine a-t-elle lancé une offensive dans la région de Koursk ?

Selon Joseph Henrotin, l’offensive ne faisait pas consensus dans l’armée ukrainienne. Ses partisans y voyaient un gage territorial à échanger lors de futures négociations, ou un moyen d’attirer des forces russes hors du Donbass pour y créer une occasion de contre-attaque. La Russie a répondu en concentrant ses troupes dans la zone, avec le renfort de soldats nord-coréens.

Qu’est-ce que le point culminant d’une offensive ?

C’est le moment où une offensive qui ne perce pas s’use et s’épuise, faute de pouvoir être alimentée indéfiniment. Joseph Henrotin le compare à l’effort d’un coureur : au-delà d’un certain seuil, il devient contre-productif. Il se demande si le ralentissement russe dans le Donbass marque ce point culminant ou une simple pause opérationnelle avant une reprise.

Pourquoi l’Ukraine frappe-t-elle les raffineries russes ?

Pour Joseph Henrotin, les raffineries et les stations de pompage forment le centre de gravité stratégique de la Russie : les produits pétroliers financent la guerre et alimentent les véhicules et les avions. Les frappes répétées, menées avec des drones bricolés à longue portée, usent cette capacité et peuvent aussi devenir une monnaie d’échange dans une négociation.

Un cessez-le-feu en Ukraine signifierait-il la paix ?

Non, selon Joseph Henrotin. Il rappelle qu’après les accords de Minsk, l’OSCE relevait chaque jour des violations dans le Donbass. Il distingue la paix négative, simple absence de guerre, de la paix positive, qui suppose une trêve respectée et la reprise des liens diplomatiques. Au mieux, il envisage une paix négative et fragile.

Le Collimateur

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