
Jean-Michel Jacques, ancien commando marine, député de la 6e circonscription du Morbihan et président de la commission de la défense nationale et des forces armées, est l'invité du Carré, sur Horizons Marines. Il a servi 23 ans dans la Marine, dont 17 dans les forces spéciales, comme infirmier au sein des commandos Jaubert et Trépel. Il raconte comment un rêve de charpentier de marine l'a mené au béret vert, pourquoi il a quitté l'uniforme à 42 ans, et ce que la culture commando a changé dans sa manière de faire de la politique.
Infirmier et combattant chez les commandos
Jean-Michel Jacques, aujourd’hui président de la commission de la défense nationale et des forces armées, retrace dans Le Carré son parcours de marin. Engagé en 1988 avec une formation de menuisier, il voulait devenir charpentier de marine, une spécialité qui disparaît au moment où il signe. Une affiche de commando sautant d’un hélicoptère l’oriente vers les fusiliers marins, mais une visite médicale le déclare inapte au parachutisme. Sur le conseil de son instructeur, il passe par une formation d’infirmier de neuf mois, choisit l’hôpital maritime de Lorient, voisin de la base des commandos, puis un médecin-chef des commandos l’accueille : « nous on a besoin d’infirmiers sportifs et motivés ». Il rejoint le commando Jaubert avant même d’être breveté, enchaîne les missions, puis passe une année à la base sous-marine de Lorient où il devient plongeur. Il obtient son brevet de commando marine au sein d’un groupe de combat en milieu clos créé pour renforcer le commando Hubert, après une prise d’otages dans un avion qui avait fait craindre le même scénario sur un ferry. Il explique le rôle de l’infirmier commando : un combattant à part entière, qui monte à l’abordage avec deux armes et sa trousse de secours, et qui soigne quand il y a un blessé, loin de tout hôpital. Il évoque ses opérations en Afghanistan et au Mali, la valeur militaire reçue aux Invalides au nom de son groupe, et le cercueil d’un frère d’armes infirmier qu’il a porté.
Du stage commando, il retient une leçon de collectif : les instructeurs poussent chacun « aux limites de l’individualité », jusqu’à comprendre qu’on ne survit qu’en groupe.
De la mairie à la commission de la défense
À 42 ans, après la mort d’un frère d’armes lors d’une mission au Mali, il décide d’arrêter : il parle de « la mort du guerrier » en lui. Officier du service de santé des sapeurs-pompiers volontaires du Morbihan en parallèle de sa carrière, formateur en secours au combat après l’Afghanistan, il devient formateur en soins d’urgence dans la fonction publique hospitalière, puis s’ennuie. Il monte une liste municipale, mène sa campagne comme une mission planifiée par phases et devient maire de Brandérion en 2014, élu au premier tour. Député en 2017, il rejoint la commission de la défense à la demande de son groupe, en devient le président en 2024 après avoir été rapporteur de la loi de programmation militaire 2024-2030. Il dit avoir gardé une « agilité de commando » dans l’organisation de ses équipes et un refus de se survendre, mais reconnaît deux défis : apprendre à communiquer sur lui-même, lui qui vient d’un milieu où l’on ne se met pas en avant, et tenir physiquement un rythme de travail très lourd.
Il décrit le rôle de la commission : vérifier l’exécution de la politique de défense votée par le Parlement et « challenger » les institutions, y compris l’industrie de défense. Il voit le droit comme le prochain chantier, dans l’espace, le cyber et les grands fonds marins.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Commando Jaubert : le premier commando marine qu’a rejoint l’invité, comme infirmier.
- Commando Trépel : l’autre commando marine dans lequel il a servi.
- Commando Hubert : le commando que le groupe de combat en milieu clos devait renforcer pour les prises d’otages de masse.
- Commission de la défense nationale et des forces armées : la commission de l’Assemblée nationale qu’il préside depuis 2024.
- Loi de programmation militaire 2024-2030 : dont il a été le rapporteur.
- Service de santé des sapeurs-pompiers volontaires du Morbihan : où il a servi comme officier.
- Hôtel des Invalides : où il a reçu la valeur militaire au nom de son groupe parti en Afghanistan.
- Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM) : qui produit le podcast Horizons Marines.
Au fil de l’épisode
- 00:00:15 : Présentation de l’invité et de son parcours
- 00:01:59 : Pourquoi s’engager dans la Marine à 18 ans
- 00:02:58 : Le rêve de devenir charpentier de marine
- 00:04:17 : L’affiche du commando et la formation de fusilier marin
- 00:06:33 : Déclaré inapte au parachutisme, il devient infirmier
- 00:08:45 : L’hôpital maritime de Lorient et l’arrivée chez les commandos
- 00:10:35 : Au commando Jaubert avant d’être breveté
- 00:11:07 : Le rôle de l’infirmier dans un groupe commando
- 00:12:55 : Base sous-marine de Lorient et brevet de plongeur
- 00:13:56 : Le groupe de combat en milieu clos et le stage commando
- 00:15:12 : Ce que le stage commando enseigne sur le collectif
- 00:16:33 : Contre-terrorisme, Afghanistan et Mali
- 00:18:31 : La valeur militaire reçue aux Invalides
- 00:21:16 : Porter le cercueil d’un frère d’armes
- 00:21:51 : Quitter la Marine à 42 ans
- 00:23:52 : Sapeur-pompier volontaire et formateur en soins d’urgence
- 00:25:44 : La campagne municipale menée comme une mission
- 00:27:34 : Député et membre de la commission de la défense
- 00:28:27 : Ce que la culture militaire apporte en politique
- 00:30:46 : Les défis : communiquer et tenir le rythme
- 00:34:31 : Le rôle de la commission de la défense
- 00:35:29 : Le droit face aux nouveaux espaces de conflictualité
FAQ
Qui est Jean-Michel Jacques ?
Jean-Michel Jacques est un ancien commando marine, député de la 6e circonscription du Morbihan depuis 2017 et président de la commission de la défense nationale et des forces armées depuis 2024. Il a servi 23 ans dans la Marine, dont 17 dans les forces spéciales, comme infirmier au sein des commandos Jaubert et Trépel, avant d’être maire de Brandérion.
Quel est le rôle d’un infirmier chez les commandos marine ?
Selon Jean-Michel Jacques, l’infirmier commando est d’abord un combattant à part entière, qui maîtrise armes et techniques de franchissement et monte à l’abordage avec son équipement. Les opérations se déroulant souvent loin de tout hôpital, notamment en mer, il assure les soins d’urgence quand un équipier est blessé, y compris en situation de combat.
Comment Jean-Michel Jacques est-il devenu commando marine ?
Déclaré inapte au parachutisme lors de ses classes à Cherbourg, il passe par une formation d’infirmier de la Marine, choisit l’hôpital maritime de Lorient pour être près des commandos et se fait recruter par leur médecin-chef. Il sert au commando Jaubert sans être breveté, puis obtient son brevet après environ cinq ans.
À quoi sert la commission de la défense nationale et des forces armées ?
D’après son président, la commission vérifie que la politique publique de défense définie par le gouvernement et votée par le Parlement est bien exécutée. Elle sert aussi d’aiguillon pour stimuler les institutions, l’institution militaire comme l’industrie de défense, avec pour boussole l’intérêt de la nation et de ses militaires.
Pourquoi Jean-Michel Jacques a-t-il quitté la Marine ?
Il explique avoir décidé d’arrêter à 42 ans, après la mort au combat d’un frère d’armes lors de sa dernière mission au Mali, « le mort de trop ». Il décrit ce moment comme « la mort du guerrier » en lui : il ne se sentait plus prêt à aller jusqu’au bout de ce qu’exige la mission.
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