
Le contre-amiral Jacques Mallard, commandant du groupe aéronaval, a dirigé la mission Clemenceau 25 depuis l'état-major du Charles de Gaulle : plus de cinq mois de mer entre Toulon, la mer Rouge, l'océan Indien et le Pacifique. Dans cet épisode d'Horizons Marines, il explique ce qu'est un groupe aéronaval, comment il s'est défendu en zone de danger missile, ce que les exercices avec l'Inde et les partenaires de l'Asie du Sud-Est ont apporté, et quelles innovations, de la donnée tactique au ravitaillement en mer, la Marine compte garder.
Cinq mois de mer, de Toulon à l’Indo-Pacifique
Le contre-amiral Jacques Mallard, commandant de la force aéromaritime de réaction rapide et du groupe aéronaval, revient dans Echo, le format d’entretien d’Horizons Marines, sur la mission Clemenceau 25, qu’il a dirigée depuis l’état-major du porte-avions Charles de Gaulle. Parti de Toulon en novembre 2024, le groupe aéronaval (le porte-avions et les bâtiments qui l’accompagnent) a traversé pendant plus de cinq mois la Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et le Pacifique. L’amiral en décrit d’abord la composition : une vingtaine de Rafale Marine et deux avions de guet aérien, trois frégates d’escorte spécialisées chacune dans un domaine de lutte (sous la mer, au-dessus et à la surface), un sous-marin nucléaire d’attaque envoyé en avant pour éclairer et protéger, deux avions de patrouille maritime Atlantique 2 opérant depuis des bases à terre, et le bâtiment ravitailleur de forces, qu’il appelle à la fois « station service », épicerie, magasin de pièces et soute à munitions. Pour lui, un groupe aéronaval est « une force maritime qui développe une volonté politique » : un outil de projection de puissance vers la terre comme en mer, et un « agrégateur de partenariats ». Il raconte aussi ce qu’a appris l’équipage dans des zones peu fréquentées : des flottilles de 500 pêcheurs et des filets dérivants de plusieurs nautiques, un contrôle aérien aux usages différents, et au large de l’Indonésie une houle de 4 à 5 mètres qui change la façon d’apponter et de catapulter.
La planification reposait sur deux mots, souplesse et robustesse : à la chute du régime syrien, le groupe est resté quelques semaines de plus en Méditerranée orientale pour observer et renseigner.
Mer Rouge, exercices alliés et donnée tactique
Plus de 2 700 marins ont parcouru près de 40 000 nautiques, rappelle le journaliste. L’amiral détaille les séquences : en Méditerranée orientale, la surveillance d’une zone très dense et des vols jusqu’en mer Noire et en Roumanie ; puis la traversée de la mer Rouge, devenue selon lui une « zone de danger missile », sous un dispositif de défense en couches successives (aéronefs au loin, missiles d’autodéfense, escorteurs au plus près) et des patrouilles aériennes de combat tenues parfois une douzaine d’heures. Dans l’océan Indien, l’exercice Varuna, à sa 42e édition, a réuni pour la première fois le dernier porte-avions de la marine indienne autour de la lutte anti-sous-marine. Plus à l’est, l’exercice La Pérouse a rassemblé des partenaires régionaux autour de la sécurité des détroits indonésiens, dont celui de Malacca, par lequel transite selon lui plus de 60 % du produit intérieur brut mondial. Deux innovations ont marqué la mission : pour la première fois, les data hubs embarqués de plusieurs bâtiments ont été mis en réseau pour fusionner les données des capteurs, avec l’aide de réservistes venus de l’industrie ; et le ravitailleur de la force a été lui-même ravitaillé en mer par un pétrolier civil américain, ce qui permet selon l’amiral de tenir cinq à six semaines d’opération sans retourner dans un point d’appui.
L’entretien s’achève sur deux souvenirs : une commémoration de la libération de Manille, et la rencontre en Inde d’un amiral indien, pilote comme lui, avec qui il avait participé à l’une des premières éditions de Varuna.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Mission Clemenceau 25 : déploiement du groupe aéronaval de novembre 2024 à 2025, de la Méditerranée au Pacifique.
- Porte-avions Charles de Gaulle : épine dorsale du groupe aéronaval et siège de l’état-major de la mission.
- Atlantique 2 : avion de patrouille maritime qui a éclairé la force depuis des bases à terre.
- Exercice Varuna : exercice bilatéral avec la marine indienne, à sa 42e édition.
- Exercice La Pérouse : exercice multinational consacré à la sécurité maritime des détroits indonésiens.
- Détroit de Malacca : artère du commerce maritime entre le Pacifique et l’océan Indien.
- Centre d’études stratégiques de la Marine : producteur du podcast Horizons Marines.
Au fil de l’épisode
- 00:01:26 : hommage à un marin de l’équipage porté disparu et présentation de l’invité
- 00:01:54 : à quoi sert un groupe aéronaval
- 00:03:22 : la composition de la force, du porte-avions au bâtiment ravitailleur
- 00:05:40 : les objectifs stratégiques de la mission
- 00:06:57 : ce que la mission a appris de l’Indo-Pacifique : pêche, contrôle aérien, houle
- 00:09:25 : planifier avec souplesse et robustesse, l’exemple de la chute du régime syrien
- 00:11:01 : niveau tactique et commandements régionaux
- 00:13:02 : les grandes séquences opérationnelles, de la Méditerranée orientale à la mer Rouge
- 00:15:06 : l’exercice Varuna avec la marine indienne
- 00:16:36 : l’exercice La Pérouse et la sécurité des détroits indonésiens
- 00:18:44 : l’intégration des bâtiments alliés et partenaires
- 00:20:03 : la défense du groupe en mer Rouge
- 00:21:32 : les missions du groupe aérien embarqué
- 00:24:34 : la mise en réseau des data hubs embarqués
- 00:27:25 : le ravitaillement du ravitailleur par un pétrolier civil
- 00:28:55 : le groupe aéronaval face à la haute intensité
- 00:30:27 : le bilan de la mission
- 00:32:02 : deux souvenirs, Manille et une rencontre en Inde
FAQ
Qu’est-ce que la mission Clemenceau 25 ?
C’est le déploiement du groupe aéronaval français parti de Toulon en novembre 2024 pour plus de cinq mois, à travers la Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et le Pacifique. Le contre-amiral Jacques Mallard, qui l’a commandée, y voit une mission de projection de puissance, de connaissance des zones lointaines et de renforcement des partenariats de la France.
Comment le groupe aéronaval s’est-il protégé en mer Rouge ?
Selon le contre-amiral Jacques Mallard, la force avait adopté un dispositif en couches : des aéronefs au loin pour repérer la menace, des systèmes de missiles d’autodéfense à moyenne distance, puis les escorteurs et leurs armes de petit calibre au plus près. Des patrouilles aériennes de combat ont assuré cette protection pendant des périodes d’une douzaine d’heures.
Qu’est-ce que l’exercice Varuna ?
Varuna est un exercice bilatéral entre la Marine nationale et la marine indienne, organisé depuis une trentaine d’années et arrivé à sa 42e édition lors de Clemenceau 25. Selon l’amiral, cette édition a pour la première fois associé le plus récent porte-avions indien et a porté en particulier sur la lutte anti-sous-marine.
Comment un groupe aéronaval peut-il durer loin de ses bases ?
Pendant Clemenceau 25, le bâtiment ravitailleur de forces a été lui-même ravitaillé par un pétrolier civil américain, au plus près des opérations. D’après le contre-amiral Jacques Mallard, cette capacité évite au ravitailleur de rejoindre des points d’appui éloignés et permet de tenir cinq à six semaines d’opération d’affilée.
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