
Le lieutenant-colonel Boffa dirige le bureau innovation et capacitaire de l'état-major de la 11e brigade parachutiste. Au micro de Combats futurs, le podcast du Commandement du combat futur de l'armée de Terre, il explique pourquoi la frugalité imposée par le saut en parachute fait de l'innovation une seconde nature chez les paras. Sac de récupération de matériel, drones logistiques et FPV, mines modulaires, impression 3D, poste de commandement hybride : il passe en revue les projets en cours et la manière dont la brigade se prépare au champ de bataille de 2030-2035.
Se débrouiller avec ce qu’on a largué
Le lieutenant-colonel Boffa, chef du bureau innovation et capacitaire (le « B5 ») de l’état-major de la 11e brigade parachutiste, présente une brigade à double visage : interarmes comme les autres, mais légère et aéroportée, capable de larguer des troupes « au plus près, voire derrière les lignes ennemies ». Dans le cadre de l’échelon national d’urgence, elle est seule à tenir l’échelon aéroporté, avec des premiers éléments qui partent en quelques heures sur décision politique. Il énumère ses régiments, du 1er RCP au 35e RAP, en passant par le 2e REP en Corse, ainsi que l’École des troupes aéroportées de Pau. C’est cette contrainte du saut qui, selon lui, forge une culture de l’innovation : le matériel emporté est limité et, une fois l’opération lancée, rien n’arrive vite par camion. « Il faut se débrouiller avec ce qu’on a. » Le bureau compte deux officiers d’active et quatre réservistes venus de l’industrie, de la Direction générale de l’armement (DGA) ou des forces. Il fait la synthèse des projets des régiments pour éviter les doublons, donne un cap à l’horizon 2030-2035 et fait le lien avec la Section technique de l’armée de Terre (STAT), le Laboratoire du combat futur et la DGA. Officier venu du génie, passé par l’École de guerre puis par un master spécialisé en imagerie spatiale à Supaero, il s’appuie aussi sur l’écosystème aéronautique toulousain : entreprises locales, clusters animés par la DGA, et un partenariat signé avec Supaero qui a déjà confié à des étudiants un projet de drone logistique.
Le bureau doit bientôt devenir une « division du combat futur », pour faire écho au commandement et au laboratoire du même nom.
Des drones filaires au poste de commandement hybride
Les premiers projets décrits sont modestes et concrets. Le sac de récupération de matériel aéroporté, porté par l’École des troupes aéroportées, fait gagner plusieurs minutes au parachutiste qui se regroupe après le saut, un délai « très loin d’être négligeable » derrière les lignes ennemies. La mule largable et démontable sert à tirer les colis collectifs. Côté drones, l’officier évoque les drones logistiques, capables de passer quand les routes sont coupées, mais limités en charge et exposés au brouillage, puis les drones FPV (vue à la première personne), qui volent autour de 200 km/h et sur lesquels le 1er RHP de Tarbes a un mandat d’études pour en faire des munitions téléopérées. Il cite aussi les drones reliés par un fil, qui se protègent du brouillage et peuvent servir de point d’observation au-dessus d’un véhicule. Le 17e RGP travaille sur le franchissement de « coupures humides » (le terme militaire pour les rivières) avec une embarcation transportée par le Fardier, petit véhicule aérolargable, et a fait breveter des mines modulaires. L’impression 3D, explique-t-il, n’est pas toujours moins chère mais apporte de la polyvalence : produire ou réparer des drones près des combats, tester une pièce, la modifier, la refaire. Enfin, le poste de commandement hybride répond à un constat tiré de l’Ukraine, où les PC sont ciblés très vite : combiner VHF, UHF, 4G, 5G et satellite selon la menace, et des sources d’énergie plus discrètes et moins gourmandes en carburant.
Sur l’avenir, il rappelle que l’Ukraine montre « déjà la guerre d’aujourd’hui, voire d’hier » et pose la question de l’insertion des parachutistes face aux défenses antiaériennes, en passant « très haut, très bas ».
Les références de l’épisode
- 11e brigade parachutiste (11e BP) : brigade aéroportée de l’armée de Terre, au sein de la 3e division, dont l’invité dirige le bureau innovation.
- Commandement du combat futur (CCF) : grand commandement de l’innovation et de la pensée militaire de l’armée de Terre, qui produit le podcast.
- Laboratoire du combat futur : interlocuteur du bureau innovation de la brigade.
- Section technique de l’armée de Terre (STAT) : son bureau coordination de l’innovation gère la plateforme qui fait remonter les projets des régiments.
- Direction générale de l’armement (DGA) : partenaire ponctuel et animatrice de clusters d’entreprises au niveau local.
- École des troupes aéroportées : école de Pau qui forme les parachutistes et a porté le sac de récupération de matériel.
- 1er RHP : régiment de cavalerie de la brigade, à Tarbes, chargé d’études sur les drones FPV.
- 17e RGP : régiment du génie de la brigade, qui travaille sur le franchissement et les mines modulaires.
- Supaero : école d’ingénieurs liée à la brigade par un partenariat sur un projet de drone logistique.
- Fardier : petit véhicule aérolargable de la brigade parachutiste.
Au fil de l’épisode
- 00:00:08 : les rôles et spécificités de la 11e brigade parachutiste
- 00:01:15 : l’échelon aéroporté et la culture de l’alerte
- 00:01:49 : les régiments et écoles de la brigade
- 00:03:02 : le rôle du bureau innovation et capacitaire
- 00:04:36 : le parcours de l’invité, du génie à l’imagerie spatiale
- 00:06:20 : pourquoi l’innovation est dans l’ADN des troupes aéroportées
- 00:07:51 : un bureau au sein de l’état-major de brigade, en lien avec la STAT et la DGA
- 00:10:31 : l’ancrage toulousain, les entreprises et le partenariat avec Supaero
- 00:12:45 : le sac de récupération de matériel et la mule largable
- 00:14:21 : drones logistiques, drones FPV et drones filaires
- 00:17:02 : franchissement et mines modulaires au 17e RGP
- 00:18:40 : l’impression 3D
- 00:21:10 : le poste de commandement hybride
- 00:23:15 : la vision du champ de bataille futur et le défi de l’insertion aéroportée
FAQ
Pourquoi l’innovation est-elle si présente chez les parachutistes ?
Selon le lieutenant-colonel Boffa, tout vient du saut : le parachutiste n’emporte qu’un matériel limité et, une fois l’opération lancée, rien n’arrive rapidement par la route. Il faut donc anticiper, puis s’adapter avec ce qu’on a. Cette contrainte crée une culture de l’adaptation qu’il décrit comme l’ADN des troupes aéroportées.
Que fait le bureau innovation de la 11e brigade parachutiste ?
Le bureau, composé de deux officiers d’active et de quatre réservistes, fait la synthèse des projets innovants des régiments pour éviter les doublons et coordonner les efforts. Il fixe un cap à l’horizon 2030-2035 et assure le lien avec la Section technique de l’armée de Terre, le Laboratoire du combat futur, la DGA et les entreprises locales.
Quels drones la 11e brigade parachutiste étudie-t-elle ?
L’invité cite des drones logistiques, pour livrer des colis quand les routes sont impraticables, des drones FPV très rapides, sur lesquels le 1er RHP étudie des munitions téléopérées, et des drones reliés par un fil, protégés du brouillage. L’impression 3D doit permettre de produire ou de réparer certains drones près des zones de combat.
Qu’est-ce qu’un poste de commandement hybride ?
C’est un PC qui peut passer d’un réseau à l’autre, VHF, UHF, 4G, 5G ou satellite, selon les besoins et la menace de brouillage ou d’écoute, tout en restant sécurisé. Il cherche aussi des sources d’énergie plus discrètes et moins dépendantes du carburant, car l’Ukraine montre, d’après l’officier, que les postes de commandement sont très vite ciblés.
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