
Le contre-amiral François Guichard, chargé de la fonction Histoire de la Marine nationale, poursuit dans Horizons Marines la série consacrée aux 400 ans de la Marine. Il raconte deux opérations de la guerre de succession d'Espagne : la bataille de Malaga en 1704, victoire tactique qui ne reprend pas Gibraltar, et le raid de Duguay-Trouin sur Rio en 1711, préparé par une manœuvre de déception. Il en tire des leçons sur l'information, la surprise et le rôle de la mer dans la guerre.
Malaga, une victoire tactique sans lendemain
Le contre-amiral François Guichard, chargé de la fonction Histoire de la Marine nationale, revient dans Horizons Marines sur deux opérations navales de la guerre de succession d’Espagne (1701-1714), dans le cadre des 400 ans de la Marine. Il pose d’abord l’enjeu : la mort sans descendance de Charles II, dernier Habsbourg espagnol, ouvre une rivalité entre les Habsbourg et les Bourbons, et l’Europe redoute qu’un seul camp hérite de l’immense empire espagnol. Le tournant, selon lui, est la prise du rocher de Gibraltar par les Anglais, qui coupe la flotte du Levant de celle du Ponant et installe une présence anglaise durable en Méditerranée. Le 24 août 1704, au large de Malaga, la flotte du comte de Toulouse, fils de Madame de Montespan qui « n’est pas un marin » mais sait écouter ses amiraux, affronte celle de l’amiral Rooke : une cinquantaine de vaisseaux de ligne de chaque côté, plus de huit heures de canonnade, et la dernière grande bataille navale où des galères sont présentes. La Marine française la considère comme une victoire tactique ; l’amiral la juge sans portée stratégique, puisque Gibraltar n’est pas repris.
« La mer n’appartient pas au comte de Toulouse », résume-t-il : la bataille ne remet pas en cause l’arrivée des Anglais en Méditerranée.
Duguay-Trouin et le raid sur Rio
Sept ans plus tard, la guerre tourne mal pour la France et le commerce colonial devient décisif : l’or qui finance l’effort portugais arrive par Rio, base fortifiée défendue par plus de 12 000 hommes, où une tentative corsaire a échoué en 1710 en laissant plus de 500 prisonniers. François Guichard décrit la préparation minutieuse de Duguay-Trouin, Malouin et fils d’armateur, corsaire autant que marin du roi : une manœuvre de déception avec de fausses informations répandues jusque dans la presse, une flotte rassemblée à partir de plusieurs ports, des charpentiers de marine embarqués en surnombre pour construire des chaloupes. Arrivée le 12 septembre 1711 avec 18 vaisseaux, l’escadre force l’entrée de la baie, s’installe sur une île hors de portée des canons, bombarde la ville et l’occupe avec 3 700 hommes avant d’en tirer une rançon.
Pour l’amiral, les leçons valent encore : l’information et la surprise, la coordination entre la terre et la mer, et l’idée que lorsque la guerre ne se gagne pas vite à terre, « la solution se trouvera en mer ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- La guerre de succession d’Espagne (1701-1714) : conflit entre Habsbourg et Bourbons pour le trône d’Espagne.
- La prise de Gibraltar : selon l’amiral, le fait majeur du conflit, qui coupe les flottes du Levant et du Ponant.
- La bataille de Vélez-Malaga (24 août 1704) : affrontement entre la flotte du comte de Toulouse et celle de l’amiral Rooke.
- Le comte de Toulouse : fils de Madame de Montespan, commandant de la flotte française à Malaga.
- Duguay-Trouin : corsaire malouin, chef du raid sur Rio en 1711.
- Le raid sur Rio de Janeiro (12 au 21 septembre 1711) : prise et rançon de la principale base portugaise d’Amérique du Sud.
- Les batailles de Béveziers et de La Hougue : évoquées dans un épisode précédent de la série.
- La guerre de la Ligue d’Augsbourg : conflit où Duguay-Trouin a fait ses premières armes.
- Le Centre d’études stratégiques de la Marine : producteur d’Horizons Marines.
Au fil de l’épisode
- 00:01:40 : présentation de l’épisode et du contre-amiral François Guichard
- 00:02:47 : la mort de Charles II et l’enjeu de la succession d’Espagne
- 00:04:35 : Habsbourg contre Bourbons, la peur d’une puissance dominante
- 00:06:53 : les premières campagnes terrestres, en Espagne et aux Pays-Bas espagnols
- 00:07:52 : la prise de Gibraltar et la coupure entre les flottes du Levant et du Ponant
- 00:08:58 : pourquoi les flottes française et anglaise se rencontrent au large de Malaga
- 00:11:24 : le comte de Toulouse, un commandant qui n’est pas marin
- 00:12:59 : un combat par vent faible et la fin des galères
- 00:14:09 : la manœuvre française et la riposte anglaise
- 00:16:02 : victoire tactique, échec stratégique
- 00:17:36 : le second affrontement et l’échec sur Gibraltar
- 00:18:15 : la situation française en 1711 et le poids du commerce colonial
- 00:19:34 : Rio, base portugaise de l’or d’Amérique du Sud
- 00:21:35 : le portrait de Duguay-Trouin, corsaire et marin du roi
- 00:22:26 : déception et manipulation de l’information
- 00:25:06 : l’entrée en force dans la baie de Rio
- 00:27:24 : l’occupation de la ville et la rançon
- 00:30:08 : les conséquences stratégiques et la paix
- 00:32:15 : les enseignements des deux batailles
FAQ
Qui a gagné la bataille de Vélez-Malaga en 1704 ?
Selon le contre-amiral François Guichard, la Marine française considère cette bataille du 24 août 1704 comme une victoire tactique : le comte de Toulouse est resté sur zone après le départ des Anglais de l’amiral Rooke. Mais d’un point de vue stratégique, Gibraltar n’a pas été repris et la présence anglaise en Méditerranée n’a pas été remise en cause.
Comment Duguay-Trouin a-t-il pris Rio de Janeiro en 1711 ?
D’après l’amiral, Duguay-Trouin a misé sur la préparation : fausses informations pour cacher sa destination, flotte rassemblée depuis plusieurs ports, charpentiers embarqués pour construire des chaloupes. Arrivé le 12 septembre 1711 avec 18 vaisseaux, il force l’entrée de la baie, s’installe sur une île hors de portée des canons, puis occupe la ville avec 3 700 hommes face à 12 000 défenseurs.
Pourquoi la prise de Gibraltar a-t-elle tant compté ?
Pour François Guichard, la prise du rocher de Gibraltar par les Anglais est le fait majeur de la guerre de succession d’Espagne : elle coupe le lien entre la flotte française du Levant et celle du Ponant et installe une présence anglaise quasi permanente en Méditerranée, avec des répercussions stratégiques durables.
Quelles leçons la Marine tire-t-elle aujourd’hui de ces deux batailles ?
Le contre-amiral retient l’importance de l’information, de la déception et de la surprise, la nécessaire coordination entre manœuvre à terre et manœuvre en mer, et la minutie qu’exige une opération amphibie. Sur le plan stratégique, il estime que lorsqu’un conflit ne se gagne pas vite à terre, la mer offre la solution par la manœuvre et la pression sur le commerce.
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