
Le contre-amiral François Guichard, chargé de la fonction Histoire de la Marine nationale, inaugure la série d'Horizons Marines consacrée aux 400 ans de la Marine. Il raconte deux batailles de la guerre franco-espagnole : Getaria en 1638, où l'amiral de Sourdis incendie avec des brûlots une flotte espagnole enchaînée dans le port, et le cap de Gate en 1643, où le marquis de Brézé disperse la flotte adverse. Il en tire des leçons pour la Marine d'aujourd'hui, de l'offensive à la formation au combat.
Getaria, 1638 : la flotte espagnole incendiée au port
Le contre-amiral François Guichard, chargé de la fonction Histoire de la Marine nationale, ouvre sur Horizons Marines la série du Centre d’études stratégiques de la Marine consacrée aux 400 ans de la Marine, célébrés en 2026, avec deux batailles de la guerre franco-espagnole de 1635 à 1659 : Getaria et le cap de Gate. Il pose d’abord le contexte : la France, longtemps simple soutien financier dans la guerre de Trente Ans, entre en guerre en 1635 aux côtés de la Suède, du Danemark, de la Saxe, des Pays-Bas hollandais et de l’Angleterre, pour desserrer l’encerclement des Habsbourg. Les débuts sont mauvais : les fantassins espagnols, les tercios, malmènent les troupes françaises et l’Espagne s’empare d’îles françaises au large de Cannes. En 1638, Condé assiège Fontarabie, à l’entrée du Pays basque, avec 27 000 hommes, et une flotte commandée par l’amiral de Sourdis, d’environ 21 vaisseaux, 6 flûtes et 8 brûlots, vient bloquer le port. Une escadre de reconnaissance repère une flotte espagnole de ravitaillement réfugiée dans le port de Getaria. Les Espagnols, réputés meilleurs marins, refusent d’appareiller et « s’embossent » : ils relient leurs navires par des chaînes pour former une muraille contre l’abordage. L’amiral de Sourdis retourne cette proximité contre eux. Il attend un vent portant, envoie deux vagues de navires canonner la ligne espagnole pour créer un écran de fumée, et lance derrière elles ses brûlots, des navires chargés de matières incendiaires que l’équipage abandonne au dernier moment. Selon l’invité, 17 des 18 navires espagnols sont détruits en six heures à peine, et 4 000 à 5 000 marins espagnols meurent, contre 40 à 50 côté français.
Pour le contre-amiral, cette victoire n’a pas d’effet immédiat sur le siège de Fontarabie, mais elle marque une rupture : c’est la première victoire navale des alliés dans ce conflit, et 1638 devient une année noire pour la flotte espagnole. Il la relie aux réformes de 1626 du cardinal de Richelieu, qui unifient la marine du roi et lancent un programme de construction navale au lieu de louer des navires à l’étranger.
Cap de Gate, 1643 : la Méditerranée occidentale coupée
François Guichard explique ensuite comment la France, après Getaria, la bataille des Dunes et la bataille de galères de Vado au large de Gênes, coupe les lignes de ravitaillement espagnoles vers les Pays-Bas espagnols, par l’Atlantique et la Manche puis par la Méditerranée et l’Italie. Le 3 septembre 1643, au cap de Gate, dans le sud-est de l’Espagne, le marquis de Brézé, jeune amiral d’une vingtaine d’années et neveu de Richelieu, guette deux flottes espagnoles et attaque celle qui est en mer avant qu’elles ne se rejoignent. Avec une vingtaine de vaisseaux, deux frégates et douze brûlots face à 25 navires espagnols, il ne coule que trois navires, mais la flotte adverse se disloque et se réfugie dans plusieurs ports. Le combat dure plusieurs jours, fait d’abordages et d’actions isolées plutôt que d’une bataille en ligne. Avec Vado, il donne à la France une maîtrise temporaire de la Méditerranée occidentale. Le contre-amiral en tire trois enseignements pour aujourd’hui : une flotte au port est vulnérable et il faut « occuper la mer », l’offensive permet de choisir où porter son effort, et la formation au combat est essentielle, puisque de futurs grands marins ont été formés lors de ces batailles.
Il rapproche aussi les brûlots, armes destructrices à faible coût, des drones actuels, et insiste sur le réalisme de l’entraînement pour une marine qui vit en paix depuis longtemps.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Guerre franco-espagnole (1635 à 1659) : conflit entre le royaume de France et les Habsbourg d’Espagne, en deux phases.
- Guerre de Trente Ans : conflit européen dans lequel s’inscrit la première phase de la guerre franco-espagnole.
- Bataille de Getaria (22 août 1638) : destruction par des brûlots de la flotte espagnole embossée dans le port.
- Bataille du cap de Gate (3 septembre 1643) : attaque de la flotte espagnole en mer par le marquis de Brézé.
- Bataille des Dunes : victoire hollandaise sur la flotte espagnole, citée comme la plus importante de cette série.
- Bataille de Vado : dernière grande bataille de galères, au large de Gênes, remportée par la flotte française.
- Siège de Fontarabie (1638) : siège mené par Condé, que la flotte de l’amiral de Sourdis devait compléter par la mer.
- Traité de Westphalie (1648) et traité des Pyrénées (1659) : traités qui bornent les deux phases du conflit.
- Fronde : révolte des nobles contre la monarchie, soutenue par l’Espagne après 1648.
Au fil de l’épisode
- 00:01:40 : les 400 ans de la Marine et la présentation de la série
- 00:02:51 : les deux phases de la guerre franco-espagnole
- 00:03:58 : l’entrée en guerre de la France contre les Habsbourg
- 00:07:20 : la Fronde et le basculement vers un conflit maritime
- 00:09:29 : le contexte de la bataille de Getaria
- 00:10:55 : le siège de Fontarabie et la flotte de l’amiral de Sourdis
- 00:13:04 : l’hégémonie maritime espagnole
- 00:13:56 : ce que les réformes de 1626 ont changé
- 00:15:58 : la flotte espagnole s’embosse à Getaria
- 00:18:23 : le plan des brûlots masqués par la fumée
- 00:21:16 : le bilan de Getaria
- 00:23:44 : les conséquences de la bataille sur la guerre
- 00:26:15 : le cap de Gate et le marquis de Brézé
- 00:27:13 : la bataille de Vado et la coupure des routes espagnoles
- 00:30:29 : le déroulement de la bataille du cap de Gate
- 00:34:58 : les enseignements pour la Marine d’aujourd’hui
FAQ
Qu’est-ce qu’un brûlot dans la marine du XVIIe siècle ?
Selon le contre-amiral François Guichard, un brûlot est un navire chargé de matériel incendiaire et explosif, manœuvré par un équipage en direction de l’ennemi, que les marins abandonnent au dernier moment pour être recueillis par une embarcation. À Getaria, huit brûlots masqués par la fumée des canons ont incendié la flotte espagnole embossée dans le port.
Pourquoi la bataille de Getaria est-elle importante ?
D’après l’invité, la bataille de Getaria, le 22 août 1638, détruit 17 des 18 navires espagnols présents dans le port et coûte la vie à 4 000 à 5 000 marins espagnols, contre 40 à 50 côté français. Sans effet immédiat sur le siège de Fontarabie, elle est la première victoire navale des alliés dans ce conflit et amorce le recul de l’hégémonie maritime espagnole.
Que s’est-il passé à la bataille du cap de Gate en 1643 ?
Le 3 septembre 1643, le marquis de Brézé attaque la flotte espagnole en mer avant qu’elle ne rejoigne celle restée au port. Il ne coule que trois navires sur 25, mais la flotte se disloque. Selon François Guichard, cette bataille, avec celle de Vado, donne à la France une maîtrise temporaire de la Méditerranée occidentale.
Quels enseignements la Marine nationale tire-t-elle de ces batailles ?
Le contre-amiral François Guichard retient qu’une flotte au port est vulnérable et qu’il faut occuper la mer, que l’offensive permet de choisir où porter son effort, et que la formation au combat est fondamentale. Il compare aussi les brûlots, armes destructrices à faible coût, aux drones d’aujourd’hui.
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