
Le contre-amiral François Guichard, chargé de la fonction Histoire de la Marine nationale, raconte dans Horizons Marines, le podcast du Centre d'études stratégiques de la Marine, deux batailles de la guerre de succession d'Autriche. Au cap Sicié en 1744, l'amiral La Bruyère force le blocus de Toulon par la manœuvre plus que par le feu. Au cap Finisterre en 1747, le marquis de L'Estenduère se bat à un contre deux pour sauver un convoi de 252 navires. Deux épisodes de la série des 400 ans de la Marine, entre stratégie, commerce colonial et innovation navale.
Cap Sicié, 1744 : l’art de la manœuvre
Le contre-amiral François Guichard, chargé de la fonction Histoire de la Marine nationale, revient dans ce cinquième épisode de la série consacrée aux 400 ans de la Marine sur deux batailles navales de la guerre de succession d’Autriche. Il rappelle que ce conflit, né en 1740 de la mort de l’empereur Habsbourg et de la contestation des dispositions prises pour que sa fille lui succède, s’est greffé sur la guerre de l’oreille de Jenkins, commencée deux ans plus tôt entre le Royaume-Uni et l’Espagne, et qu’il est devenu « le premier conflit qui met un peu à feu et à sang les colonies ». Louis XV ne voulait pas la guerre : la paix profitait davantage au commerce colonial français, et la Marine ne comptait qu’une cinquantaine de navires face aux 120 de la Royal Navy. Le 22 février 1744, environ trois semaines avant la déclaration de guerre officielle entre la France et le Royaume-Uni, la flotte française du Levant sort de Toulon pour forcer le blocus britannique et protéger une escadre espagnole bloquée depuis des mois. À sa tête, l’amiral La Bruyère, 78 ans, formé auprès de Tourville et déjà auteur en 1741 d’une action à Cadix « sans livrer un seul coup de canon ». Face à 29 vaisseaux britanniques, sa stratégie est de s’interposer plutôt que de livrer bataille. L’amiral anglais finit par percer la ligne française, mais une partie de son escadre ne le suit pas : selon l’historien, le combat est tactiquement nul mais stratégiquement gagné, la flotte britannique se retirant dispersée et cessant d’intervenir en Méditerranée.
Les deux amiraux britanniques passeront ensuite en cour martiale, et l’amiral en chef sera condamné, rappelle François Guichard.
Cap Finisterre, 1747 : huit vaisseaux pour sauver un convoi
La seconde bataille illustre la politique de convois escortés mise en place par le ministre de la Marine Maurepas. Un convoi, explique le contre-amiral, représente l’équivalent de trois années de budget du ministère de la Marine, et la cargaison d’un navire vaut trois à quatre fois le prix d’un vaisseau. En réponse, les Britanniques bloquent directement les ports. Le 25 octobre 1747, le marquis de L’Estenduère, ancien mousse formé à l’école des gardes de la Marine de Rochefort et spécialiste de la course, escorte avec 8 vaisseaux un convoi de 252 navires parti de la rade de l’île d’Aix. Face à 14 vaisseaux britanniques qui s’attendent à le voir fuir, il forme une ligne de file pour retarder l’ennemi et laisser le convoi se disperser. Le combat dure sept heures ; à la nuit, six navires français sont perdus et le navire amiral se bat « à 1 contre 5 » avant d’être pris en remorque par le dernier vaisseau encore en état. Défaite tactique, reconnaît François Guichard, mais de 150 à 200 navires du convoi atteignent leur destination.
Pour l’historien, la guerre montre la réussite économique de la France entre 1720 et 1750, et la bataille marque la première utilisation du vaisseau de 74 canons, une invention française ensuite copiée par les Britanniques.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Guerre de succession d’Autriche : conflit ouvert en 1740, d’abord continental puis mondial.
- Guerre de l’oreille de Jenkins : guerre entre le Royaume-Uni et l’Espagne commencée deux ans plus tôt.
- Bataille du cap Sicié (22 février 1744) : la flotte franco-espagnole force le blocus britannique de Toulon.
- Bataille du cap Finisterre (25 octobre 1747) : 8 vaisseaux français couvrent un convoi de 252 navires face à 14 vaisseaux britanniques.
- L’amiral La Bruyère : commandant de la flotte du Levant au cap Sicié, formé auprès de Tourville.
- Le marquis de L’Estenduère : commandant de l’escorte au cap Finisterre.
- Maurepas : ministre de la Marine, artisan de la politique des convois escortés.
- Vaisseau de 74 canons : navire à deux ponts d’invention française, utilisé pour la première fois dans cette guerre.
- Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM) : producteur du podcast Horizons Marines.
Au fil de l’épisode
- 00:01:39 : présentation de l’épisode et du contre-amiral François Guichard
- 00:02:28 : la guerre de succession d’Autriche et la guerre de l’oreille de Jenkins
- 00:04:19 : la succession contestée et les deux camps
- 00:06:08 : un conflit qui devient mondial et gagne les colonies
- 00:08:28 : le contexte de la bataille du cap Sicié, en février 1744
- 00:10:49 : le blocus britannique de Toulon
- 00:11:53 : 29 vaisseaux britanniques face à la flotte franco-espagnole
- 00:12:26 : portrait de l’amiral La Bruyère
- 00:13:56 : 50 navires français contre 120 britanniques
- 00:16:09 : le déroulement du combat et la ligne française percée
- 00:18:14 : une victoire stratégique et la cour martiale des amiraux britanniques
- 00:19:09 : vers la paix et la bataille du cap Finisterre
- 00:21:10 : la politique des convois escortés de Maurepas
- 00:22:48 : le blocus britannique devant Rochefort
- 00:24:11 : portrait du marquis de L’Estenduère
- 00:27:12 : sept heures de combat à un contre deux
- 00:29:49 : défaite tactique, réussite stratégique
- 00:31:31 : les conséquences de la bataille sur la guerre
- 00:33:10 : le vaisseau de 74 canons et les enseignements de la guerre
FAQ
Qu’est-ce que la bataille du cap Sicié ?
Livrée le 22 février 1744 au large de Toulon, avant la déclaration de guerre officielle entre la France et le Royaume-Uni, elle oppose 29 vaisseaux britanniques à une flotte franco-espagnole. Selon le contre-amiral François Guichard, le combat est tactiquement nul mais stratégiquement gagné : la flotte britannique se retire et n’intervient plus en Méditerranée.
Pourquoi la bataille du cap Finisterre de 1747 est-elle une réussite stratégique ?
Le marquis de L’Estenduère y perd six vaisseaux sur huit face à 14 navires britanniques, mais en retardant l’ennemi pendant sept heures il permet au convoi de 252 navires de se disperser. D’après François Guichard, de 150 à 200 navires arrivent à destination, un succès économique majeur.
Qu’est-ce que le vaisseau de 74 canons ?
C’est une invention française utilisée pour la première fois pendant la guerre de succession d’Autriche, explique le contre-amiral. Les vaisseaux passent de trois à deux rangs de canons, abaissés et allongés, sans en perdre le nombre, et deviennent beaucoup plus résistants. Les Britanniques copieront ensuite cette architecture navale.
400 ans de la Marine – Episode 9 : La guerre franco-chinoise : la bataille de Fuzhou et le combat de Shipu
29 Oct
Le Carré #30 : Marine nationale et septième art
22 Oct
Echo – Episode 102 #2: ASPIDES : Immersion au coeur d’une opération européenne en mer Rouge
15 Oct
Echo – Episode 102 #1: ASPIDES : Immersion au coeur d’une opération européenne en mer Rouge
8 Oct
Le Carré #29 : Au cœur des fusiliers marins : immersion au sein de la CFM Bernier
1 Oct
Le Carré #28 : L’ADN des fusiliers marins : 170 ans d’histoire, de traditions et de formation
24 Sep
400 ans de la Marine – Episode 8 : La guerre de Crimée : le débarquement d’Eupatoria et la bataille de Kinbourn
17 Sep
Hors-série CESM X Musée national de la Marine – Les écrivains de la mer#3 : Sylvain Tesson, Sybille Montagne
30 Juil
Hors-série CESM X Musée national de la Marine – Les écrivains de la mer#2 : Isabelle Autissier, Philibert Humm, Jean-Luc Coatalem
23 Juil
Hors-série CESM X Musée national de la Marine – Les écrivains de la mer#1 : Erik Orsenna, Arnaud de la Grange, Patrick Deville
16 Juil
Le Carré #27 : Service national : découvrir la Marine de l’intérieur
9 Juil
400 ans de la Marine – Episode 7 : Les guerres de la Révolution française : les batailles de Prairial et d’Aboukir
2 Juil
Le fond des mers et ses usages stratégiques
27 Oct
Dans la peau d’un militaire du rang
22 Oct
De la manette au treillis : la grande alliance du jeu vidéo et de la défense
19 Oct
Entretien avec le chef de la mission Pégase 26
19 Oct
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely
16 Oct
#49 – La musique militaire : transmettre, rassembler, faire vivre l’histoire
15 Oct
Général Salvan : deux blessures et une vie de combat
1 Oct
L’homme qui murmure à l’oreille des chefs
1 Oct
#48 – Patrice Franceschi : aventurier, écrivain et soldat
1 Oct
Sandra Chenu Godefroy : « La photographie documentaire conserve une valeur particulière »
24 Sep
1826 – 2026 : Quand la photographie raconte la guerre
24 Sep
Ce que le Jaguar a dans le ventre
22 Sep
