
Denis Créach, chargé de mission au Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM), répond aux questions d'Echo, le format d'entretien d'Horizons Marines produit avec le journal Le Marin, sur la place de la France dans la course aux drones navals. Il explique ce qui distingue drones de surface et sous-marins, pourquoi la mer reste un milieu difficile pour eux, ce que la Marine en attend pour la lutte contre les mines et l'hydrographie de combat, et ce que le nouveau drone DRIX H8 change pour le SHOM.
Drones de surface, drones sous-marins et gliders
Dans cet épisode d’Echo, le format d’entretien d’Horizons Marines réalisé avec le journal Le Marin, Denis Créach, chargé de mission sur la transformation de la capacité hydro-océanographique française au Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM), dresse un état des lieux des drones navals français. Il distingue deux grandes familles : les drones de surface (USV) et les drones sous-marins (AUV), les gliders n’étant selon lui que de petits drones sous-marins d’endurance. Leur force tient à l’agilité et à la massification : des systèmes légers, idéalement peu coûteux, qui démultiplient la présence sur un théâtre, comme l’ont montré en Ukraine les drones de surface utilisés contre des infrastructures en Crimée. Depuis les années 2010, la miniaturisation et les progrès des communications ont levé une partie des obstacles du milieu marin, où un drone sous-marin ne communique presque qu’en acoustique. Il raconte une expérience de 2021 : un drone sous-marin de 6 000 mètres, testé sur le talus au large de Brest, a heurté le fond en évitant une première paroi de canyon. Il cite aussi le risque des filets de pêche et celui des compétiteurs, et explique que les constellations de satellites comme Starlink permettent désormais de piloter un drone de surface à des milliers de kilomètres.
Le développement des drones sous-marins, souligne-t-il, est d’abord tiré par le civil, notamment l’industrie pétrolière et gazière et la surveillance des sites de stockage de carbone ; la défense adapte ensuite ces bases. Il évoque un projet déposé auprès du Fonds européen de défense pour un réseau de surveillance sous-marin mêlant drones et câble « intelligent », au profit des approches de Brest et de Toulon.
Ce que les drones changent pour la Marine et pour le SHOM
Pour Denis Créach, le drone est une évolution, pas une rupture : la Marine s’approprie un nouvel outil, entre opportunité et menace. Il cite le programme de lutte contre les mines du futur, lancé il y a une quinzaine d’années, dont la composante de drones de surface mettant en œuvre des drones sous-marins permet d’écarter le marin du risque, et l’hydrographie de combat, qui consiste à connaître les fonds dans le tempo des opérations, éventuellement sous le feu. Il pointe trois difficultés : former et fidéliser des marins très qualifiés que le civil attire, réussir la mise à l’eau et surtout la récupération des engins (le système appelé LARS), et maîtriser à bord le risque d’emballement thermique des batteries lithium-ion, le feu étant le danger majeur sur un bateau. Il mentionne aussi la menace de drones adverses capables de rester posés au fond pendant des mois avant de se réveiller.
La dernière partie porte sur le DRIX H8, drone de surface livré au SHOM en septembre et construit à La Ciotat : 7 mètres de long, 80 centimètres de large, avec une quille immergée à 2 mètres qui porte les capteurs acoustiques sous la couche de bulles. La qualité des données réduit le temps de traitement, alors que le SHOM doit fournir l’information deux fois plus vite sur une zone d’intérêt passée, selon lui, de 40 à 80 millions de kilomètres carrés, et avec la maîtrise des fonds marins comme nouveau domaine.
Pour aller plus loin
- Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM)
- Publications
- Le Marin, le site de l’économie maritime
Les références de l’épisode
- SHOM : Service hydrographique et océanographique de la Marine, établissement public depuis 2007 chargé de la connaissance de l’environnement physique marin.
- DRIX H8 : drone de surface conçu pour l’hydrographie, livré au SHOM en septembre.
- Le Marin : journal partenaire de cette série d’épisodes d’Echo.
- Fonds européen de défense : instance auprès de laquelle le SHOM a déposé un projet de réseau de surveillance sous-marin.
- Guerre en Ukraine : exemple d’emploi offensif de drones de surface contre des infrastructures en Crimée.
Au fil de l’épisode
- 00:01:13 : présentation de Denis Créach et du SHOM
- 00:01:41 : drones de surface, drones sous-marins et gliders
- 00:02:56 : l’exemple ukrainien et la massification
- 00:04:38 : miniaturisation et communications depuis les années 2010
- 00:07:35 : l’expérience de 2021 sur le talus au large de Brest
- 00:09:57 : communications par satellite et pilotage à distance
- 00:11:39 : des drones tirés par le civil, du pétrole au stockage de carbone
- 00:14:15 : un projet de réseau de surveillance sous-marin
- 00:16:39 : surveillance maritime et supériorité informationnelle
- 00:18:06 : évolution plutôt que rupture, la lutte contre les mines
- 00:19:58 : former et fidéliser les marins
- 00:22:38 : mise à l’eau, récupération et risque des batteries
- 00:25:26 : hydrographie de combat et menace des drones adverses
- 00:28:23 : le DRIX H8 et les nouveaux besoins du SHOM
FAQ
Quels sont les différents types de drones navals ?
Selon Denis Créach, on distingue surtout les drones de surface (USV), qui disposent d’antennes et peuvent communiquer par satellite, et les drones sous-marins (AUV), qui communiquent presque uniquement en acoustique. Les gliders, plus petits et endurants, sont pour lui une forme réduite du drone sous-marin et ne relèvent pas de la même catégorie réglementaire.
Qu’est-ce que l’hydrographie de combat ?
C’est, d’après l’invité, la capacité des forces engagées à connaître les fonds et leur environnement par des moyens hydrographiques dans le tempo des opérations, éventuellement sous le feu. Elle repose de plus en plus sur des drones de surface et sous-marins, avec un fort besoin de discrétion, pour faire naviguer les forces au bon endroit au bon moment.
Pourquoi la récupération des drones pose-t-elle problème à la Marine ?
Denis Créach explique que l’industriel qui conçoit le drone et le chantier naval qui construit le navire se renvoient souvent la question du système de mise à l’eau et de récupération. Or un drone qu’on n’est pas sûr de pouvoir remonter à bord ne sera pas mis à l’eau. Il appelle à rapprocher les fabricants de drones et les chantiers navals.
Qu’apporte le drone DRIX H8 au SHOM ?
Ce drone de surface de 7 mètres porte ses capteurs acoustiques dans une quille immergée à 2 mètres, sous la couche de bulles qui perturbe les mesures. Selon Denis Créach, la qualité des données obtenues réduit nettement le temps de traitement et aide le SHOM à fournir l’information deux fois plus vite, comme le lui demande le ministère des Armées.
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