
Cyril Hofstein, grand reporter au Figaro, a embarqué avec Marie Détrée, peintre officielle de la Marine, sur un chalutier de Cherbourg pour une campagne de pêche au large du Cotentin. Il en a tiré « Haute mer : les derniers forçats de la pêche ». Dans Le Carré, il présente l'équipage, de Eddy, le patron pêcheur, à Lamine et Moussa, matelots venus du Sénégal, décrit un métier parmi les plus dangereux et regrette que la pêche reste si peu présente dans le regard des Français sur la mer.
Cinq marins sur le Marie-Catherine II
Dans cet épisode du Carré, la série de portraits d’Horizons Marines, le journaliste Cyril Hofstein, grand reporter au Figaro, revient sur le livre « Haute mer : les derniers forçats de la pêche », écrit avec Marie Détrée, peintre officielle de la Marine. Tous deux ont partagé une campagne de pêche au large du Cotentin à bord du Marie-Catherine II, un chalutier de plus de 25 mètres d’un armement de Cherbourg. « Un bateau, finalement, c’est un peu comme un théâtre », dit-il : Eddy, le patron pêcheur, Jean, le mécanicien qui faisait sa dernière marée après trente ans de mer, Alain, le bosco passé par la SNSM, Lamine, cuisinier et matelot, et Moussa, le calier chargé de ranger et de glacer le poisson. Il explique pourquoi l’ambiance était bonne à bord, sur un bateau sans alcool ni drogue, et rappelle la diversité des pêches, du grand chalutier hauturier au petit ligneur. Il défend les chalutiers de fond, souvent critiqués, et situe plutôt le gâchis dans la gestion des quotas : il raconte avoir vu rejeter à la mer des bars déjà pêchés, faute de quota.
Pour lui, le titre est volontairement fort : la pêche reste, avec la mine, l’un des derniers métiers où l’on accepte de partir n’importe quand, loin des siens, une forme de « servitude volontaire » qu’il rapproche de celle des militaires.
Huit jours de mer, trois mois d’écriture
Cyril Hofstein détaille la naissance du livre. Il voulait d’abord raconter le naufrage d’un coquillard de Cherbourg où trois marins sont morts, dont deux frères ; des amis pêcheurs l’en ont dissuadé, l’histoire restant trop douloureuse. C’est l’armement cherbourgeois qui a accepté de les embarquer, sans demander aucune garantie. Le projet a demandé trois mois de préparation, huit jours de vie commune à bord, un à deux mois de « digestion » et trois mois d’écriture, Marie Détrée finissant ses dessins après le texte. Il évoque le parcours de Lamine et de Moussa, arrivés clandestinement en Espagne après une traversée de l’Atlantique en embarcation de fortune, que leurs coéquipiers ignoraient. L’équipage a relu le livre avant publication ; l’armement n’a demandé de retirer qu’une phrase, sur le gâchis lié aux quotas européens.
Le reporter plaide enfin pour une consommation de poisson local et de saison, et pour que la mer ne soit plus seulement, aux yeux des Français, un espace de jeu ou de course.
Pour aller plus loin
- Se procurer le livre « Haute mer : les derniers forçats de la pêche »
- Le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM)
Les références de l’épisode
- « Haute mer : les derniers forçats de la pêche » : le livre de Cyril Hofstein et Marie Détrée, sorti en octobre 2025.
- Marie Détrée : peintre officielle de la Marine, qui a illustré le livre.
- Marie-Catherine II : le chalutier de Cherbourg à bord duquel les auteurs ont embarqué.
- SNSM : la Société nationale de sauvetage en mer, dont est issu Alain, le bosco.
- Tabarly : le navigateur, cité pour sa formule sur les Français qui, devant la mer, regardent la plage.
- José Manuel Lamarque : auteur des Chroniques littorales, invité de l’épisode précédent du Carré.
- Centre d’études stratégiques de la Marine : producteur d’Horizons Marines.
Au fil de l’épisode
- 00:00:54 : présentation de l’équipage, un bateau comme un théâtre
- 00:02:50 : Lamine et Moussa, cuisinier et calier, et le recrutement de matelots étrangers
- 00:04:14 : la dynamique de groupe et le rythme des filets
- 00:06:05 : le Marie-Catherine II et la bonne ambiance à bord
- 00:07:19 : un bateau sans alcool ni drogue
- 00:08:56 : des pêches et des marins pêcheurs, du grand chalutier au petit ligneur
- 00:10:42 : le chalut de fond critiqué et le gâchis des quotas
- 00:13:51 : pêche artisanale, chalutiers et droits de pêche vendus à l’étranger
- 00:14:46 : manger du poisson local et de saison
- 00:15:48 : un métier très dangereux
- 00:17:02 : pourquoi des « forçats » de la pêche
- 00:18:28 : la médiatisation des enjeux de la pêche
- 00:20:47 : la place de la mer pour la France
- 00:22:09 : la fabrique du livre, embarquer avec Marie Détrée
- 00:23:56 : le projet abandonné sur un naufrage à Cherbourg
- 00:25:33 : préparation, vie à bord et écriture
- 00:26:48 : le parcours de Lamine et de Moussa
- 00:28:11 : la relecture du livre par l’équipage
FAQ
Qui est Cyril Hofstein ?
Cyril Hofstein est grand reporter au Figaro. Avec Marie Détrée, peintre officielle de la Marine, il a écrit « Haute mer : les derniers forçats de la pêche », sorti en octobre 2025, après une campagne de pêche à bord d’un chalutier de Cherbourg. Il dit vouloir vivre le quotidien des gens sur lesquels il écrit, une règle qu’il applique au journalisme comme à l’écriture.
Pourquoi le livre parle-t-il de « forçats » de la pêche ?
Cyril Hofstein reconnaît un titre un peu exagéré, porté avec tendresse. Il y voit une forme de servitude volontaire : un métier où l’on accepte de ne pas voir sa famille, de partir n’importe quand et de ne pas dormir dans son lit. Il le range, avec la mine et les travaux publics, parmi les derniers métiers de ce type et le rapproche de celui des forces armées.
Pourquoi la pêche est-elle un métier dangereux ?
Selon Cyril Hofstein, un instant d’inattention suffit pour être emporté à l’eau par un filet ou une chaîne, ce qui est grave en hiver. Casques et gilets de sauvetage autogonflants limitent le risque, mais les blessures restent fréquentes : coupures lors de l’éviscération des poissons, glissades, fractures, portes de plusieurs kilos qui claquent avec le mouvement du bateau.
Comment le livre « Haute mer » a-t-il été préparé ?
Cyril Hofstein a cherché un armement prêt à embarquer deux auteurs ; c’est un armement cherbourgeois qui a accepté, sans garantie. Il compte trois mois de préparation, huit jours de vie commune à bord, un à deux mois de recul et trois mois d’écriture. Marie Détrée a terminé ses illustrations après le texte, et l’équipage a relu le livre avant sa publication.
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