
Le général de corps d'armée Bruno Baratz dirige le Commandement du combat futur de l'armée de Terre depuis août 2023. Dans cet entretien des Lundis de l'IHEDN, il détaille ce que l'intelligence artificielle apporte aux systèmes de commandement. Décider plus vite que l'adversaire, contrôler plusieurs capteurs à la fois, prévoir la maintenance : les gains sont réels selon lui, mais l'IA ne change ni la nature du combat ni la responsabilité du chef. Il pointe aussi les risques, de la confiance aveugle dans l'algorithme à la consommation d'énergie sur le terrain.
Un appui à la décision, pas un décideur
Dans cet épisode des Lundis de l’IHEDN, version audio d’un entretien écrit, le général de corps d’armée Bruno Baratz, commandant du combat futur, explique comment l’intelligence artificielle transforme les systèmes de commandement et de contrôle (C2) de l’armée de Terre. Passé par le 1er régiment parachutiste d’infanterie de marine de Bayonne, la Bosnie, l’Afghanistan et la Guyane, chef de l’opération Barkhane au Sahel en 2022, il dirige depuis août 2023 le Commandement du combat futur, chargé de la cohérence capacitaire et doctrinale de l’armée de Terre. Pour lui, l’IA est « avant tout un impératif » : elle aide le chef à gérer la masse de données du champ de bataille pour décider plus vite que l’adversaire. Il en attend trois gains : la vitesse de l’analyse, de la décision et du ciblage ; la démultiplication des effets, un même opérateur pouvant contrôler plusieurs capteurs ou effecteurs ; la résilience, grâce à la maintenance et à la logistique prédictives. La boucle observer, s’orienter, décider, agir s’en trouve accélérée, jusqu’au ciblage dynamique. Mais il prévient que le principal risque est « la confiance absolue dans le résultat produit par l’algorithme », qui fragiliserait la capacité à décider en mode dégradé face à un brouillage électromagnétique. Il cite aussi l’empoisonnement des données et une contrainte propre au combat terrestre : l’énergie, car un algorithme qui traite de grandes masses de données est énergivore, d’où l’enjeu de la frugalité. L’analyse humaine reste indispensable pour ce qui se modélise mal, comme l’état d’esprit du chef adverse ou la culture militaire de l’ennemi, et il juge nécessaire de s’entraîner avec ces outils par la simulation et les jeux de guerre. Il cite enfin la création de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) le 1er mai 2024 comme signe de l’ambition française.
Sa conclusion tient dans le titre de l’entretien : « Le chef militaire restera toujours responsable de son action, avec ou sans utilisation d’IA », et la guerre restera « un affrontement de volonté avant d’être un sujet technique ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Commandement du combat futur : organisme de l’armée de Terre dirigé par l’invité depuis août 2023, placé sous la tutelle du chef d’état-major.
- Opération Barkhane : opération au Sahel que l’invité a commandée en 2022.
- 1er régiment parachutiste d’infanterie de marine : régiment de Bayonne où il a débuté.
- Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) : créée le 1er mai 2024 pour organiser le passage à l’échelle de l’IA de défense.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : l’IA, pivot de la transformation du commandement
- 00:00:51 : le parcours du général Bruno Baratz
- 00:01:42 : l’IA dans les systèmes de commandement, un impératif
- 00:03:22 : l’accélération de la boucle de décision et ses risques
- 00:04:15 : ce que l’IA change au rôle du chef
- 00:05:10 : fiabilité, empoisonnement des données et énergie
- 00:07:09 : préserver l’analyse humaine
- 00:07:59 : la question de la responsabilité
- 00:09:12 : IA, souveraineté et équilibre des puissances
- 00:11:09 : données, énergie et éthique, les défis à venir
FAQ
Qui est le général Bruno Baratz ?
Le général de corps d’armée Bruno Baratz dirige depuis août 2023 le Commandement du combat futur de l’armée de Terre. Issu du 1er régiment parachutiste d’infanterie de marine, expert du combat en jungle, il a servi en Bosnie, en Afghanistan et en Guyane, et a commandé l’opération Barkhane au Sahel en 2022.
Que change l’intelligence artificielle pour le commandement militaire ?
Selon le général Bruno Baratz, l’IA accélère l’analyse, la décision et le ciblage, permet à un opérateur de contrôler plusieurs capteurs ou effecteurs et rend la maintenance prédictive. Elle allège la charge cognitive du chef, mais ne modifie pas la nature du combat, qui reste l’art de la tactique, de la surprise et de l’affrontement des volontés.
Qui est responsable en cas d’erreur d’une IA militaire ?
Le chef militaire, répond le général Bruno Baratz : il reste toujours responsable de son action, avec ou sans IA. C’est pourquoi l’usage de ces outils doit être cadré en amont. Même lorsque l’homme est moins dans la boucle, pour des systèmes d’autodéfense ou des essaims de drones, il supervise et répond des missions confiées.
Pourquoi l’énergie est-elle une limite de l’IA sur le champ de bataille ?
D’après le général, un algorithme qui traite de grandes masses de données consomme beaucoup d’énergie. Or le combat terrestre impose la discrétion et une logistique légère, sans générateurs thermiques. Il faut donc trier en amont les données vraiment utiles et développer des IA frugales, capables de fonctionner sur un champ de bataille déstructuré.
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