
Bénédicte Vergez-Chaignon, historienne de la Seconde Guerre mondiale et biographe de Philippe Pétain, raconte au musée de l'Armée l'année 1944 du maréchal. Chef d'un régime de Vichy qui s'effondre, surveillé par les Allemands, il tente encore de peser. De la visite improvisée à Paris en avril au départ forcé de Vichy en août, puis à l'exil au château de Sigmaringen, elle suit un homme qui refuse de renoncer à son titre et prépare déjà sa défense devant l'histoire.
Un chef de l’État sans pouvoir
Dans cette conférence donnée au musée de l’Armée, l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et biographe de Philippe Pétain, raconte l’année 1944 du maréchal, celle où le régime de Vichy s’effondre et où son chef passe du sommet de l’État à l’exil. Elle découpe ces douze mois en trois temps : la déshérence, « l’été de tous les dangers » et l’exil. Au début de l’année, explique-t-elle, Pétain est très démuni : les Allemands ont mis fin à ses tentatives de reprendre le pouvoir cédé à Pierre Laval, fait le ménage dans son entourage et imposé des ministres acquis à la collaboration, comme Philippe Henriot à l’Information ou Marcel Déat au Travail. Il accepte Joseph Darnand au maintien de l’ordre, pensant pouvoir le contrôler. Vichy se vide au profit de Paris, l’hôtel du Parc vit sous surveillance allemande. La visite improvisée à Paris du 26 avril 1944, avec la foule qui chante la Marseillaise devant Notre-Dame et l’hôtel de ville, crée selon elle « un bref espace de communion nationale ». Pétain en revient persuadé que sa popularité est intacte et prononce un discours écrit par Philippe Henriot qui contient la phrase la plus lourde de conséquences : « Cette prétendue libération est le plus trompeur des mirages. »
L’historienne suit ensuite le maréchal au château de Voisins près de Rambouillet, puis dans sa tournée des villes bombardées de l’Est, et cite le journal de Paul Morand, qui dîne à sa table le 4 juin 1944 : « un Vichy fini, un régime mort ».
De Vichy à Sigmaringen
Après le débarquement de Normandie, Pétain diffuse un discours préenregistré à la demande des Allemands, puis appelle à « une stricte neutralité », irrité par les événements d’Oradour-sur-Glane du 10 juin. Hanté par la guerre civile, il désavoue par écrit la Milice au début du mois d’août et prépare déjà, selon Bénédicte Vergez-Chaignon, le récit de ce qu’il entend laisser dans l’histoire. Le 20 août 1944, son départ de Vichy est mis en scène comme un enlèvement : les SS doivent fracturer les portes de l’hôtel du Parc. Par Belfort et le château de Morvillars, il est conduit en Allemagne, jusqu’au château de Sigmaringen, où il refuse de cautionner la commission gouvernementale de Fernand de Brinon. Elle évoque aussi un sondage de l’IFOP d’octobre 1944, où 58 % des personnes interrogées ne souhaitaient pas qu’une peine lui soit infligée.
L’exposé s’arrête au seuil de 1945 : le retour en France à la fin d’avril, le procès du 23 juillet au 15 août 1945, la condamnation pour trahison et la détention jusqu’à sa mort en 1951.
Les références de l’épisode
- Régime de Vichy : le régime dirigé par Philippe Pétain de 1940 à 1944, dont la conférence raconte l’effondrement.
- Hôtel du Parc : résidence et lieu de travail du chef de l’État à Vichy.
- Pierre Laval : chef du gouvernement, au profit duquel Pétain s’était défait d’une partie de son pouvoir.
- Philippe Henriot : secrétaire d’État à l’Information, auteur du discours sur la « prétendue libération ».
- Joseph Darnand : chef de la Milice, chargé du maintien de l’ordre.
- Paul Morand : écrivain et diplomate, qui décrit dans son journal un dîner chez le maréchal le 4 juin 1944.
- Château de Voisins : propriété près de Rambouillet où Pétain est installé en mai 1944.
- Oradour-sur-Glane : les événements du 10 juin 1944 sont à l’origine de l’appel de Pétain à la neutralité.
- Château de Sigmaringen : lieu d’exil du maréchal et des collaborationnistes en Allemagne.
- Fernand de Brinon : à la tête de la commission gouvernementale de Sigmaringen.
- Sondage de l’IFOP d’octobre 1944 : la question de la peine à infliger au maréchal Pétain.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : les photographies diffusées par le ministère de l’Information
- 00:03:33 : 1944 en trois temps, la déshérence, l’été de tous les dangers et l’exil
- 00:04:18 : un chef de l’État démuni au début de 1944
- 00:07:13 : Vichy vidée et sous contrôle allemand
- 00:10:38 : la visite à Paris du 26 avril 1944
- 00:15:24 : le discours écrit par Philippe Henriot
- 00:17:18 : le départ de Vichy le 7 mai 1944 et le château de Voisins
- 00:19:16 : la tournée dans les villes de l’Est
- 00:20:03 : le dîner avec Paul Morand
- 00:21:31 : le débarquement de Normandie et le discours préenregistré
- 00:22:50 : l’appel à la neutralité et Oradour-sur-Glane
- 00:24:18 : le refus de quitter Vichy
- 00:27:03 : le départ forcé du 20 août 1944
- 00:28:27 : le trajet jusqu’à Belfort
- 00:29:58 : le château de Morvillars et la commission de Fernand de Brinon
- 00:32:38 : l’exil à Sigmaringen
- 00:35:40 : le départ du docteur Ménétrel
- 00:38:06 : le sondage de l’IFOP d’octobre 1944
- 00:40:52 : le retour en France et le procès de 1945
FAQ
Qui est Bénédicte Vergez-Chaignon ?
Bénédicte Vergez-Chaignon est une historienne de la Seconde Guerre mondiale, auteure d’une biographie de référence sur Philippe Pétain. Au musée de l’Armée, elle a consacré une conférence à l’année 1944 du maréchal, de la déshérence du régime de Vichy jusqu’à l’exil en Allemagne.
Pourquoi Pétain a-t-il quitté Vichy en août 1944 ?
Selon Bénédicte Vergez-Chaignon, ce sont les Allemands qui imposent son départ, en menaçant de bombarder Vichy s’il refuse. Le 20 août 1944, son entourage met en scène un enlèvement : les SS fracturent les portes de l’hôtel du Parc et la garde personnelle a reçu l’ordre de ne pas s’opposer.
Qu’est-ce que Sigmaringen pour Pétain ?
Sigmaringen est le château allemand où Pétain est conduit à l’automne 1944 avec ce qui reste de la collaboration. L’historienne raconte qu’il y vit à part, se déclare prisonnier et refuse de renoncer à son titre de chef de l’État, sans cautionner la commission gouvernementale de Fernand de Brinon.
Que pensaient les Français de Pétain à la fin de 1944 ?
Bénédicte Vergez-Chaignon cite un sondage de l’IFOP d’octobre 1944 : 32 % des personnes interrogées souhaitaient qu’une peine soit infligée au maréchal, 10 % étaient indécises et 58 % y étaient opposées, en invoquant surtout son incapacité mentale ou son âge.
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