
Dans Les Lundis de l'IHEDN, l'Institut des hautes études de défense nationale consacre une fiche d'actualité à la coopération de défense entre la France et l'Allemagne. Du traité de l'Élysée de 1963 au traité d'Aix-la-Chapelle, l'épisode retrace une relation faite de relances et de crispations, détaille les difficultés des grands programmes d'armement communs, char du futur et système de combat aérien du futur, puis montre ce que la brigade franco-allemande apporte à la construction d'une défense européenne.
Du traité de l’Élysée à la brigade franco-allemande
Cette fiche d’actualité des Lundis de l’IHEDN, le podcast de l’Institut des hautes études de défense nationale, retrace la coopération de défense entre la France et l’Allemagne depuis 1963, puis en examine les difficultés industrielles et les réussites opérationnelles. Le traité de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963 par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle, scelle la réconciliation des « ennemis héréditaires » et prévoit des sommets réguliers. Pour la France, il s’agit de bâtir un bloc européen indépendant des deux superpuissances ; mais le Bundestag ajoute à la ratification un préambule qui réaffirme l’ancrage atlantique de la RFA, et la coopération se tourne alors vers d’autres champs, comme l’Office franco-allemand pour la jeunesse. Les tandems Giscard-Schmidt puis Mitterrand-Kohl relancent la relation ; le protocole additionnel de 1988 crée un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, et le traité d’Aix-la-Chapelle du 22 janvier 2019 fixe 15 projets prioritaires. La fiche relève aussi les tensions récentes : le discours d’Olaf Scholz sur le changement d’époque prononcé à Prague et non à Paris en 2022, les abstentions allemandes surnommées « German vote » à Bruxelles, puis la volonté de renouveau affichée par Friedrich Merz depuis mai 2025, avec le 25e Conseil des ministres franco-allemand réuni à Toulon en août 2025. Sur le plan industriel, l’avion de transport A400M Atlas, mené à six pays, a connu retards et surcoûts avant sa certification militaire en août 2013. Deux grands programmes concentrent aujourd’hui les difficultés : le char du futur MGCS, qui doit remplacer les Leopard et les Leclerc et dont la première unité est attendue en 2045, et le système de combat aérien du futur (SCAF), où Dassault revendique la priorité sur un pilier avion qui pèse selon la fiche 60 à 80 % du projet, alors que la France n’en paie que 33 %.
Le versant opérationnel est plus solide. La brigade franco-allemande, créée en 1989 à l’initiative de François Mitterrand et Helmut Kohl, compte 5 400 soldats, 40 % de Français et 60 % d’Allemands, a été engagée en Bosnie, en Afghanistan et au Kosovo, et passe sous commandement de l’OTAN. Un escadron de transport franco-allemand est stationné à Évreux depuis 2021.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Traité de l’Élysée (22 janvier 1963) : cadre de la coopération franco-allemande, signé par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle.
- Office franco-allemand pour la jeunesse : acteur clé des échanges entre jeunes des deux pays.
- Conseil franco-allemand de défense et de sécurité : créé par le protocole additionnel de 1988.
- Traité d’Aix-la-Chapelle (22 janvier 2019) : complète le traité de l’Élysée autour de 15 projets prioritaires.
- A400M Atlas : avion de transport militaire mené par six pays, certifié en août 2013.
- MGCS : programme franco-allemand de char du futur, coordonné par l’Allemagne.
- SCAF : système de combat aérien du futur, réunissant la France, l’Allemagne et l’Espagne.
- Brigade franco-allemande : unité binationale créée en 1989, engagée en Bosnie, en Afghanistan et au Kosovo.
- Escadron de transport franco-allemand : unité créée en 2021, stationnée à Évreux.
Au fil de l’épisode
- 00:00:26 : le traité de l’Élysée de 1963 et ses objectifs
- 00:01:33 : le préambule du Bundestag et l’ancrage atlantique de la RFA
- 00:02:07 : l’Office franco-allemand pour la jeunesse et les tandems des années 1970 et 1980
- 00:03:04 : le protocole additionnel de 1988 et le Conseil de défense et de sécurité
- 00:03:55 : échanges d’officiers et traité d’Aix-la-Chapelle
- 00:05:17 : les tensions nées de la guerre en Ukraine
- 00:06:17 : la relance voulue par Friedrich Merz
- 00:06:45 : une coopération industrielle difficile, l’exemple de l’A400M
- 00:07:18 : le char du futur MGCS
- 00:08:58 : le système de combat aérien du futur et ses tensions
- 00:10:28 : la brigade franco-allemande, vecteur d’intégration européenne
- 00:11:31 : l’escadron de transport d’Évreux et l’interopérabilité
FAQ
Qu’est-ce que le traité de l’Élysée ?
Signé le 22 janvier 1963 par le chancelier Konrad Adenauer et le président Charles de Gaulle, il définit le cadre de la coopération entre la France et l’Allemagne en matière de relations internationales, de défense et d’éducation. Il visait à entériner la confiance entre deux anciens ennemis et prévoyait des sommets militaires et intergouvernementaux réguliers.
Pourquoi le SCAF est-il difficile à mener ?
Selon la fiche de l’IHEDN, les industriels français et allemands s’opposent sur la répartition des tâches : Dassault veut la priorité sur le pilier avion, qui représente 60 à 80 % du projet, alors que la France paie 33 %. La France veut aussi un appareil capable d’opérer depuis un porte-avions et de porter l’arme nucléaire.
Qu’est-ce que la brigade franco-allemande ?
C’est une unité créée en 1989 à l’initiative de François Mitterrand et d’Helmut Kohl, qui réunit unités françaises, allemandes et mixtes. Elle compte 5 400 soldats, a été engagée en Bosnie, en Afghanistan et au Kosovo, et est désormais placée sous commandement de l’OTAN, au sein du corps multinational nord-est.
Qu’est-ce que le programme MGCS ?
Le Main Ground Combat System, surnommé char du futur, doit remplacer les Leopard allemands et les Leclerc français. Coordonné par l’Allemagne, il prévoit une série de systèmes autour d’un véhicule. Selon la fiche, la production française est garantie à 50 % et la première unité devrait sortir de la chaîne en 2045.
La Hongrie : Entre continuités stratégiques et changement politique
22 Oct
La Roumanie : État pivot du flanc sud-est de l’OTAN
22 Oct
De la manette au treillis : la grande alliance du jeu vidéo et de la défense
19 Oct
Lutte contre la désinformation
12 Oct
Ces Français qui ont libéré l’Amérique
28 Sep
La pédagogie de l’IHEDN, une exigence d’excellence au service de la cohésion nationale
24 Sep
Sandra Chenu Godefroy : « La photographie documentaire conserve une valeur particulière »
24 Sep
1826 – 2026 : Quand la photographie raconte la guerre
24 Sep
Pierre Lévy : « La Russie est toujours forte de nos faiblesses, divisions, errements »
7 Sep
La « guerre de la langouste » vue par deux chercheurs brésilien et français
23 Juil
La « guerre de la langouste » : quand la souveraineté se joue sur le plateau continental
23 Juil
« Ce qui tirait les États-Unis vers l’ouverture les pousse désormais vers la fermeture »
17 Juil
Inde-Pakistan : quels équilibres stratégiques après l’opération Sindoor ?
23 Oct
Le Vatican insolite – Caroline Pigozzi
23 Oct
Gaza : dialogue entre un humanitaire et une rabbine. Avec Jean-François Corty et Nava Hefetz | Entretiens géopo
21 Oct
MGCS, SCAF… L’heure des autopsies [Le Casque et la plume #22]
20 Oct
Géopolitique de Paris
20 Oct
Israël : la culture du combat – Gil Mihaely
16 Oct
Echo – Episode 102 #2: ASPIDES : Immersion au coeur d’une opération européenne en mer Rouge
15 Oct
La Chine a-t-elle plié le match ? Avec Sylvie Bermann | Entretiens géopo
14 Oct
Retours d’Ukraine #3 : une armée qui change, un arrière qui souffre
13 Oct
Atlas Conflits : un atlas pour décrypter le monde – Jean-Baptiste Noé
13 Oct
Combattants africains en Ukraine : enquête auprès de prisonniers
12 Oct
Indice Conflits de la défense
9 Oct
