
Au musée de l'Armée, une conférencière compare le retour des prisonniers de guerre français à la fin des deux guerres mondiales : 565 000 hommes en 1918, 1,8 million en 1945. Rapatriements par fleuve, par camion ou par avion, formalités d'accueil, combats pour le statut de combattant et la médaille des Évadés, retour dans des familles changées : une histoire de captifs longtemps restés en marge de la mémoire des guerres.
Rentrer en France : deux rapatriements comparés
Dans cette conférence du musée de l’Armée, une conférencière compare le retour des prisonniers de guerre français à la fin des deux guerres mondiales. Elle pose d’abord les chiffres qu’elle retient : 565 000 prisonniers pendant la Première Guerre mondiale, soit 6 à 8 % des mobilisés, et 1 800 000 pendant la Seconde, capturés pour l’essentiel pendant les six semaines de la campagne de France, dont la moitié entre la demande d’armistice du 17 juin et le 25 juin 1940. Environ 440 000 rentrent en 1918 et 950 000 en 1945 à la fin de la captivité. Premier point commun, la rapidité : deux mois en 1918, huit mois en 1945. En 1918, dans une Allemagne en révolution, les camps sont abandonnés et la grippe espagnole frappe ; la mission militaire française du général Dupont organise l’évacuation par les fleuves, par la mer depuis Hambourg ou Stettin, puis par train depuis huit camps de regroupement sur le Rhin. En 1945, le plan est préparé dès novembre 1943 par Henri Frenay, à la tête du commissariat puis du ministère des Prisonniers, déportés et réfugiés, mais il dépend des Alliés. Les prisonniers libérés par l’armée soviétique passent par la Pologne ou par Odessa, ceux libérés par les Britanniques par l’Italie, et les Américains en ramènent dans leurs camions de ravitaillement vides puis, selon elle, 116 000 par avion dans des forteresses volantes.
Le ministre de l’Air Charles Tillon crée une flotte française, le Groupement des moyens militaires du transport aérien (GMMTA), avec à bord des infirmières pilotes secouristes de l’air (IPSA). À Paris, les rapatriés passent par des centres de transit comme le Grand Rex, le Gaumont-Palace, la gare d’Orsay ou la piscine Molitor.
Revenir dans la communauté nationale
Après 1918, les prisonniers ne représentent que 10 % des démobilisés et restent à l’écart des commémorations de la victoire : le vrai soldat est alors le poilu des tranchées, et la question demeure de savoir pourquoi un homme non blessé a été pris. Leurs combats sont longs : Fédération nationale des anciens prisonniers de guerre créée seulement en 1921, reconnaissance comme morts pour la France en 1922, nécropole de Sarrebourg où reposent 13 389 prisonniers, médaille interalliée en 1926, qui fait d’eux des anciens combattants, et médaille des Évadés, qui assimile l’évasion à un fait d’armes. En 1945, avec près d’un million d’hommes, l’accueil est une priorité et leur fédération existe avant même que tous soient rentrés. Mais l’Union française des associations de combattants (UFAC) s’accroche à la règle des 90 jours en unité combattante : il faut un décret de François Mitterrand en 1948, ministre et ancien prisonnier, une manifestation de 80 000 anciens prisonniers à Paris, puis un nouveau décret le 23 décembre 1949 pour qu’ils soient reconnus combattants. La conférencière décrit aussi le retour dans les familles : des épouses qui ont travaillé, à 80 % selon elle, des enfants qui ne connaissent pas leur père, environ 10 % de séparations, et une enquête de 1948 qui établit chez eux une morbidité supérieure de 60 % à celle des hommes du même âge.
Elle conclut, avec une phrase du général de Gaulle et un extrait de Georges Hyvernaud, que ces hommes ne sont jamais totalement rentrés de la captivité.
Les références de l’épisode
- Henri Frenay : prisonnier évadé et fondateur du réseau Combat, chargé du rapatriement des prisonniers, déportés et réfugiés en 1945.
- Le général Dupont : chef de la mission militaire française en Allemagne chargée du rapatriement de 1918.
- Charles Tillon : ministre de l’Air qui lance une flotte aérienne de rapatriement en 1945.
- Marcel Paul : ministre de la Production industrielle, déporté rapatrié, qui fait valoir l’urgence du rapatriement aérien.
- Les infirmières pilotes secouristes de l’air (IPSA) : infirmières de la Croix-Rouge présentes dans les avions de rapatriement.
- La nécropole de Sarrebourg : cimetière des prisonniers de la Première Guerre mondiale, achevé en 1926.
- La nécropole de Montauville, en Meurthe-et-Moselle : lieu de mémoire des prisonniers de la Seconde Guerre mondiale, achevé en 1961.
- Le mémorial du Mont-Valérien : sa crypte accueille la dépouille d’un prisonnier de guerre fusillé.
- L’Union française des associations de combattants (UFAC) : elle s’est opposée à la reconnaissance des prisonniers comme combattants.
- Le général Giraud : capturé en 1914 puis en 1940, évadé les deux fois.
- Georges Hyvernaud : écrivain et ancien prisonnier, cité pour La Peau et les Os (1949).
- L’école des 20 000 pierres : école près d’Amiens financée par les prisonniers du Stalag II B.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : les prisonniers de guerre dans le cycle Figures et symboles de la guerre
- 00:01:04 : stalags, oflags et commandos
- 00:02:14 : les chiffres de la captivité en 1914-1918 et en 1939-1945
- 00:05:07 : évadés, rapatriés et internés : les retours précoces
- 00:07:20 : les morts en captivité
- 00:08:18 : la rapidité des rapatriements
- 00:10:00 : l’Allemagne de 1918, camps abandonnés et grippe espagnole
- 00:11:37 : Henri Frenay et le commissariat aux prisonniers, déportés et réfugiés
- 00:12:43 : la mission du général Dupont et l’évacuation de 1918
- 00:16:04 : préparer le rapatriement de 1945 sous contrôle allié
- 00:18:18 : les formalités d’accueil et les centres de transit
- 00:23:02 : prisonniers, déportés et requis rapatriés ensemble
- 00:24:08 : les voies de retour soviétique, britannique et américaine
- 00:27:27 : le rapatriement aérien français, le GMMTA et les IPSA
- 00:31:06 : l’accueil des prisonniers en 1918
- 00:33:43 : l’accueil des prisonniers en 1945
- 00:35:43 : revendications morales et financières après 1918
- 00:41:35 : le combat pour le statut de combattant après 1945
- 00:47:55 : le retour dans les familles
- 00:50:55 : le retour à la vie professionnelle
- 00:52:54 : sont-ils vraiment revenus de la captivité ?
FAQ
Combien de prisonniers de guerre français y a-t-il eu en 1914-1918 et en 1939-1945 ?
Selon les chiffres retenus par la conférencière, la France compte 565 000 prisonniers de guerre pendant la Première Guerre mondiale et 1 800 000 pendant la Seconde. Environ 440 000 rentrent à la fin de la captivité en 1918 et 950 000 en 1945. Entre 25 000 et 40 000 meurent en captivité lors du premier conflit, entre 30 000 et 40 000 lors du second.
Comment les prisonniers de guerre sont-ils rentrés en France en 1945 ?
Le plan d’Henri Frenay devait attendre le feu vert des Alliés. Les prisonniers libérés par les Soviétiques rentrent par la Pologne ou par Odessa, ceux libérés par les Britanniques par l’Italie, et les Américains en ramènent par camion et par avion. Une flotte française, le GMMTA, fonctionne à partir du 21 mai 1945, avec des infirmières à bord.
Quand les prisonniers de guerre ont-ils été reconnus anciens combattants ?
Ceux de 1914-1918 obtiennent en 1926 la médaille interalliée, qui les reconnaît comme anciens combattants. Ceux de 1939-1945 se heurtent à l’UFAC et à la règle des 90 jours en unité combattante ; après un décret de François Mitterrand en 1948 et une manifestation de 80 000 anciens prisonniers, ils sont reconnus combattants par un décret du 23 décembre 1949.
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